III
La salle d'où les comédiens venaient d'être expnk'v, où Molière avait joué ses pièces, où il avait perdu connaissance au milieu de la cérémonie du Malade imaginaire, occupait l'aile droite du Palais- Royal, à peu près à la place où est percée aujourd'hui la rue de Valois. Lemercier avait construit cette salle d'après les ordres du cardinal de Richelieu, qui y avait fait représenter sa tragédie de Mirante. C'était alors une salle de fêtes où le public n'était pas admis. Vingt-sept degrés sur lesquels on plaçait des sièges en occupaient presque toute la longueur et formaient une sorte d'amphithéâtre terminé au fond par un portique composé de trois arcades. Des galeries avec balcon régnaient sur les côtés. Tous les auteurs du temps font l'éloge de cette construction, dans laquelle on admirait surtout la charpente, soutenue par huit poutres de dix-huit mètres de long, amenées à grand'peine des forêts de Moulins. Une galerie conduisait directement du palais dans cette salle. Quand il fut permis aux comédiens de s'y établir, on y fit des modifications indispensables. La communication avec le palais fut fermée et remplacée de l'autre côté du théâtre par un escalier droit, élevé dans le cul-de-sac appelé alors
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6 LES AXfîlEXXRS SALLES
Court-Orry, et dont chaque palier donnait successivement accès a chacun des trois étapes de la salle. On éleva le niveau de la scène, qui n'avait aucun dessous, on construisit un amphithéâtre et le plancher du parterre au-dessus des degrés, et Ton transforma les galeries en deu\ étages de loges, le troisième étage restant sans séparation et formant une espèce <le promenoir où Ton se plaçait à son gré.
En n'installant au Palais-Royal , Lully fit faire quelques nouveaux changements, mais l'ensemble resla à peu près ce qu'il était. On trouve dans tous les écrits du temps les plaintes les plus vives contre ce théâtre, dont les abords étaient difficiles, Où le public était mal à l'aise, où la place manquait sur la scène pour les machines et les corléges. L'Opéra n'en resta pas moins quatre-vingt-dix ans dans celle même salle, et il est probable qu'il y lut resté plus longtemps encore, si un incendie qui éclata le 6 avril 1763, à huit heures du matin, n'avait consumé tout h la fois et le théâtre et une partie du Palais-Roval.
Cet incendie avait été causé par l'imprudence d'un balayeur qui, travaillant dans le dessous, déposa sa chandelle sur le contre-poids du rideau; le feu pril à la corde, par suite, le contre-poids se détachant, la corde remonta enflammée dans le dessus, où elle communiqua le feu aux toiles, et de là au reste du bâtiment.
1)K i/OPKRA.
Des mesures furent prises pour que la troupe ne se dispersât pas. On donna d'abord des concerts dans la salle des concerts spirituels située aux Tuileries, dans le pavillon de Flore.
De l'autre côté du palais, dans la partie de l'aile nord qui s'étendait entre le pavillon de Marsan et les constructions élevées par Catherine de Médicis, il existait un vaste théâtre construit en 1661 pour les grandes fêtes données par Louis XIY. En 1716 on y avait représenté des ballets pour l'amusement de Louis XV enfant; plus tard Servandoni y avait donné des spectacles en décorations. Cette salle se trouvait vacante au moment de l'incendie de l'Opéra. Soufflot fut chargé d'y installer un théâtre provisoire. La scène et la salle furent établies sur le seul emplacement de l'ancienne scène, profonde de vingt toises. Cette salle reproduisait à peu près, avec plus d'élégance, les dispositions de celle qui venait d'être détruite. L'ouverture eut lieu le 5 janvier 1764. L'Opéra y donna ses représentations jusqu'au 23 janvier 1770.
La salle des Tuileries fut occupée ensuite par la Comédie française, puis par l'Opéra italien. En 1792 elle fut transformée en salle de séances pour la Convention nationale.
Dans l'intervalle de 1763 à 1770 une salle d'Opéra avait été construite par Moreau au Palais-Royal, en partie sur l'emplacement de la salle incendiée.
Cette nouvelle salle, dont nous reproduisons ici l'é"
Salle construite par Moreau au Palais-Royal.
lévation, s'étendait, comme on le voit, depuis l'aile droite du Palais-Royal jusqu'à la maison qui porte actuellement le n° 200 dans la rue Saint-Honoré.
C'était la première salle monumentale qui eût été construite spécialement et définitivement pour l'Opéra. Le thédtre était vaste et bien machiné. La salle, d'une
courbe élégante et décorée avec goût, avait quatre rangs de loges. Pour la première fois on avait réservé au public un foyer avec balcon sur la rue Saint-Honoré. Celte innovation témoignait, de la part de l'architecte, d une prévenance d'autant plus grande, * qu'à cette époque il n'y avait d'entr'acte qu'entre l'opéra et le ballet. Tous les décors changeaient à vue, et, ainsi que cela eut lieu du reste jusqu'en 1829, le rideau ne baissait qu'à la lin d'un ouvrage.
La dépense s'éleva à 2 381 553 livres, somme qui équivaut à peu près à cinq millions de nos jours. Moreau, dont l'œuvre eut l'approbation générale, reçut une gratification de 50 000 livres.
C'est dans cette salle que furent représentés les opéras de Gluck, de Piccini, etc.
Le vendredi 8 juin 1781, à huit heures et demie du soir, au moment où la représentation allait finir, le feu prit à une des toiles du cintre. Le maître de balle!s, Dauberval, s'en aperçut; il fit baisser le rideau et le public se retira, trouvant que le divertissement final était un peu court, et sans se douter de ce qui se passait sur la scène. Les progrès de l'incendie ne purent être arrêtés. Les réservoirs étaient pleins, mais il n'y avait ni pompes, ni pompiers. Vers neuf heures et demie la charpente s'écroula. Il ne restait plus rien de la salle de Moreau. Parmi les danseurs et les machinistes, quatorze personnes ne purent se sauver à temps et périrent au milieu des llammes.
Le théâtre des Tuileries, occupé alors par les comédiens français, ne pouvait de nouveau donner asile à l'opéra. 11 fallut se contenter d'une petite salle qui existait dans les bâtiments des Menus-Plaisirs du roi, rue Bergère, et qui est devenue depuis la salle des concerts du Conservatoire. Sur cette scène exiguë où aucun développement de mise en scène n'était possible, l'opéra joua les ouvrages qui n'exigeaient qu'un petit nombre d'artistes. Les représentations recommencèrent le 14 août par le Devin de village; V Inconnue persécutée, d'Anfossi, Echo et Narcisse, de Gluck, furent donnés ensuite. Du reste le séjour de l'Opéra aux Menus-Plaisirs ne fut pas d'une longue durée. Le 27 octobre 1781 une nouvelle sallo fut livrée au public.
On a souvent cité, comme un exemple de rapidité, la construction de la salle d'opéra sur le boulevard Saint-Martin, achevée par Lenoir en soixante jours. En réalité les travaux, commencés le 2 août, durèrent quatre-vingt-six jours; de plus, il faut dire que l'on se servit des bois, des fers et des machines de l'ancien
Opéra, qui, se trouvant on magasin, avaient échappé à l'incendie, et qu'on put conserver les gros murs des magasins de l'Opéra, sur l'emplacement desquels on élevait la salle provisoire. L'importance de cette construction était du reste assez minime, la salle de la Porte-Saint-Martin et les dépendances n'ayant guère en cube que le huitième des dimensions du nouvel Opéra.
Quoi qu'il en soit, rien ne fut négligé pour gagner du temps, et on rapporte qu'au dernier moment les échafaudages, sapés par un détachement de gardes françaises, furent abattus d'un seul coup.
Lenoir reçut des mains de la Reine le cordon de Saint Michel et un brevet de pension de 6000 livres.
Il y avait dans la salle incendiée deux mille trois cents places; celle-ci n'en contenait que deux mille cent soixante et onze, bien qu'elle eût un étage de plus que la salle du Palais-Royal. On y comptait cent soixante-neuf loges. Du reste, dans les années qui suivirent l'ouverture, on y apporta des modifications importantes pour augmenter aussi bien l'étendue de la scène que le nombre des places.
Cette salle provisoire, dont la durée avait été garantie pendant trente ans et qui, après quatre-vingtdix ans, n'a été détruite que par un incendie volontaire, suffisait parfaitement au service de l'opéra, lorsque en 1794 les administrateurs de ce théâtre conçurent le projet de s'emparer d'une autre salle qui venait d'être construite et qui leur semblait plus convenable.
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Au milieu de l'un des plus beaux quartiers «le Paris, dans la rue de Richelieu qu'on appelait alors rue de la Loi, la citoyenne Montansier avait fait élever, en 1793, un vaste théâtre, le Théâtre-National. L'architecte était Louis, qui s était déjà signalé par la construction du théâtre de Bordeaux et par celle du Théâtre-Français à Paris. La salle surtout en était admirée, et le plus bel éloge que l'on puisse faire de ses dispositions est de rappeler que le même parti, conservé dans la salle Lepeletier, a été aussi adopté en principe dans la nouvelle salle, du moins en ce qui touche la plantation des colonnes, qui , suivant Garnier, est réellement une œuvre de génie. - Le Théâtre-National, placé a l'alignement de la rue de Richelieu, occupait toute l'étendue du square Louvois.
Tel était l'objet des convoitises du comité de l'Opéra. Voici le prétexte dont on se servit pour déposséder la citoyenne Montansier : on l'accusa d'avoir élevé son théâtre en face de la Bibliothèque dans le dessein d'incendier le dépôt des connaissances humaines; en conséquence elle fut incarcérée, son théâtre fut fermé et presque immédiatement rouvert pour les représentations de l'Opéra, conformément à un décret du 27 germinal an II. L'Opéra prit alors le titre de Théâtre des Arts.
C'est dans cette salle que les spectateurs de f l'Opéra furent pour la première fois assis au parterre.
Le théâtre était parfaitement installé et le bâtiment \le la rue de Richelieu répondait à tous ses besoins. Un vaste magasin de décors qui existe encore au n° 6 de la place Louvois, communiquait avec la scène par un pont en fer. Bien que dans la plupart des projets d'achèvement du Louvre les architectes eussent coinpris l'édification d'une salle d'opéra, rien ne faisait
prévoir de nouveaux changements, lorsque, le 13 février 1820, le duc de Berry, qui avait reconduit la duchesse jusqu'à sa voiture, fut mortellement frapf)é par Louvel. Le prince expira dans une des salles de l'administration où l'on avait dressé un lit à la hâte. A la suite de cet attentat il fut décidé que Ton ne donnerait plus de représentations théâtrales dans cet édifice, qu'il serait détruit et qu'à la place s'élèverait un monument expiatoire.
*S La salle Favart, construite en 178' pour les comédiens italiens et actuellement occupée par le théâtre de rOpéra-Comiquc, se trouvait vacante à ce moment. L'Opéra y donna des représentations du 19 avril 1820 au 11 mai 1821.
Quelques concerts et quelques représentations furent aussi donnés du mois de mai au mois d'août 1821 dans la salle Louvois construite, en 1791, par Brongniart. Ce théâtre a été démoli depuis. C'est sur son emplacement qu'a été élevée la maison qui porte le n° 8 dans la rue Louvois.
Le 16 août 1821 fut inaugurée une salle provisoire d'Opéra rue Lepeletier. Elle avait été construite par M. Debrct. Elle contenait à l'origine 2000 places, qui plus tard, par suite de diverses améliorations, furent réduites à 1780.
Les souvenirs qui se rattachent à ce théâtre sont trop récents pour que nous ayons à le décrire. Pour la même raison nous ne ferons que mentionner l'incendie qui dans la nuit du 28 au 29 octobre 1873 le détruisit en quelques heures et dont les causes n'ont pu être exactement connues.
Les pertes matérielles furent considérables. Les décors des quinze ouvrages au répertoire, les parties
d'orchestre de ces mômes ouvrages, les costumes déposés dans les loges des artistes, choristes et figurants furent anéantis. Le magasin des costumes, situé du côté de la rue Drouot, ne fut pas atteint par le feu, mais dans la précipitation du sauvetage un grand nombre de costumes furent mis hors de service.
On put sauver les papiers de l'administration et les archives. Quant aux pertes artistiques, elles se bornèrent à la destruction des bustes qui ornaient le foyer du public et devaient être placés dans les couloirs du nouvel Opéra. Parmi ceux qu'on doit le plus regretter, le buste de Gluck par Houdon et un buste de Lully avaient pu être sauvés lors de l'incendie de 1781 . — Il y avait aussi dans le foyer du chant les portraits de Donizetti, de Lays dans son rôle d'Anacréon chez Polycrate^ et de madame Branchu. — Ils y ont péri.
Quant au bâtiment en lui-même, construit provisoirement en 1821, il menaçait ruine et était une source d'inquiétudes pour l'architecte du nouvel Opéra, qui, dès le début de l'année 1868, signalait un tassement général et le mauvais état des constructions.
La salle Venladour, construite en 1828 par MM. Hervé ol Guerchy, avait été successivement occupée par le théâtre de l'Opéra-Comique, le théâtre Nautique, la
Renaissance et le théâtre Italien. En 1868, le théâtre Lyrique y avait aussi donné des représentations aux jours laissés libres par la troupe Italienne.
La même combinaison permit au théâtre de l'Opéra de s'y installer provisoirement du 19 janvier 1874 jusqu'à l'ouverture de la nouvelle salle.
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