‹ Le nouvel OpéraChapitre 15 sur 41 · LA LOGGIA · texte numérisé non relu

LA LOGGIA

Cinq grandes portes vitrées séparent la loggia de la partie centrale du foyer ; mais ces portes, par lesquelles on peut apercevoir la place de l'Opéra, sont condam-

nées et ne doivent servir qu'à éclairer le foyer pendant le jour et laisser voir, le soir, les groupes de curieux qui, n'ayant pu pénétrer dans l'édifice, en seront réduits à le contempler de loin. Garnier a tenu à empêcher qu'une de ces portes, subitement ouverte, et laissant pénétrer l'air avec violence, ne vînt désagréablement refroidir les promeneurs du foyer. Il a pensé en même temps à ceux qui veulent respirer l'air frais du dehors et a ménagé aux deux extrémités du foyer deux sorties convenablement munies de tambours préservateurs, par lesquelles on peut aller sur la loggia sans gêner personne, et passer quelques instants dans cette magnifique galerie, accoudé sur les balcons, ou se promenant sur le dallage en marbre qui en forme le sol.

Cependant les portes centrales ne sont pas tellement condamnées qu'elles ne puissent être ouvertes et. dans les jours caniculaires, lorsque l'on verra tout le monde accablé par la chaleur, une clef bienfaisante donnera la liberté aux vantaux de ces baies.

La description technique de cette partie de l'Opéra ne sera pas longue, et elle pourra se résumer par ces mots : portes monumentales ornées de colonnes de marbres somptueux et couronnées par un cartouche et des enfants modelés par Gumery, meneaux en fonte de grande élégance, candélabres originaux portés sur des consoles en pierre sculptée, et] plafond en platesbandes de diverses nuances contenant des médaillons en mosaïque d'émaux qui représentent des masques an-

tiques au milieu de divers attributs. Ce sont les premières mosaïques extérieures qui aient été faites en France. Déjà, depuis plusieurs années, on a pu les apercevoir des marches du perron. Au jour elles produisent le plus harmonieux effet. Le soir, elles sont piquetées par les lumières des candélabres et scintillent au-dessus de la tête des promeneurs. Lès cinq médaillons du centre ont été exécutés à Venise par M. Salviati ; les médaillons extrêmes et leurs entourages ont été faits à Paris par M. Facchina.

Des balcons de la loggia, on voit le commencement de l'avenue qui devait, à travers la Butte-des-Moulins, relier le nouvel Opéra aux Tuileries et au Louvre. Pour le moment, cette avenue s'arrête à la rue Louis-le- Grand; on distingue seulement au-dessus des maisons les pavillons du Louvre et le bâtiment du Théâtre- Français qui, une fois le percement achevé, termineront la perspective.

En attendant que ce percement se fasse, il y a déjà au devant de la loggia une vue très-pittoresque et très-animée : la place de l'Opéra, les boulevards, les amorces des rues adjacentes, tout cela mouvementé, éclairé, sillonné de voitures et de passants, offre un tableau des plus curieux et des plus parisiens. Aussi, lorsque les jours seront cléments et dès qu'on pourra se promener sur les balcons, plus d'un spectateur oubliera pendant quelques instants les malheurs de Léonore et le désespoir de Valentine ou de Marguerite, pour rêver tout éveillé devant ce tableau curieux et mouvant.

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