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DÉPENDANCES DE LA SCÈNE

Les dépendances de la scène occupent aux différents étages un espace considérable. Ce n'est pas une petite affaire que de pourvoir aux besoins du service pour un personnel aussi nombreux que celui de l'Opéra.

Si la porte de communication placée à l'avant-scènc ne s'ouvre que pour un public restreint, en revanche, de l'autre côté, c'est à des centaines d'artistes et d'employés de toute sorte que s'ouvre la porte du théâtre, située au fond de la cour de l'administration.

En nous y plaçant, avant la représentation, nous allons assister au défilé de tout le personnel qui passe peu à peu sous l'œil attentif du concierge. Ce poste demande une vigilance de tous les instants, une grande sûreté de coup d'œil, une fermeté inflexible dans l'application d'une consigne que tant de fois et sous tant de prétextes on cherche à éluder !

Tout d'abord arrivent les machinistes, qui viennent achever la mise en état de la décoration. Il y en a soixante-dix, et souvent ce nombre est augmenté. Dans Y Africaine, à l'acte du vaisseau, la manœuvre des dessous exigeait l'adjonction de quarante charpentiers.

Avec les machinistes viennent les tapissiers de la scène, spécialement chargés de la pose et de l'arrangement des tapis, draperies, etc., qui peuvent faire partie du décor; puis les gaziers, les lampistes qui se ré-

pandent dans toutes les parties de la scène et de la salle pour allumer des milliers de becs de gaz. Leur travail ne commence qu'après l'arrivée du détachement de sapeurs-pompiers spécialement chargé du service de la représentation. Ceux-ci vérifient si tous les appareils sont en bon état et se placent chacun à leur poste. On éclaire alors le théâtre, où de simples becs entourés d'une toile métallique ne jetaient qu'une lueur incertaine.

Des hommes se présentent à l'entrée des artistes. Ils passent par groupes de cinq, un billet à la main, sous la surveillance du concierge et d'un personnage qui n'est autre que le chef de claque. Les claqueurs introduits dans la salle bien avant le public vont occuper leur place au centre du parterre, tout prêts à faire éclater leur enthousiasme au signal de leur chef.

Voici venir les garçons de théâtre, les avertisseurs, qui doivent aller dans les loges prévenir les artistes lorsque approche le moment de leur entrée. — Les ustensiliers, qui doivent disposer les objets de toute sorte nécessaires à la mise en scène : les dés et les cornets avec lesquels va jouer Robert le Diable, les coupes et les mets dressés sur les tables de Y Empereur Sigismond, les livres de magie de Faust, et tant d'autres accessoires dont Ténumération emplirait un volume.

Les habilleuses, les tailleurs, les coiffeurs montent dans les loges des artistes ou dans les postes qui leur sont réservés. Dans la journée, on a fait ce qu'on appelle la mise en loge, c'est-à-dire que Ton a rangé dans

chaque armoire toutes les parties du costume que chacun, depuis le premier artiste jusqu'au dernier comparse, doit trouver sous sa main quand viendra le moment de s'habiller. Coiffures, barbes, moustaches, maillots, vêtements de toute sorte, chaussures, armures, etc., etc., ce sont des milliers d'objets qu'il faut disposer méthodiquement. Quand une indisposition survenant au dernier moment nécessite un changement de spectacle, tout ce travail doit être fait à nouveau, tout doit être méthodiquement déplacé et remplacé ; aux pourpoints, aux toques des Huguenots, il faut substituer les robes de moine, les manteaux de la Favorite, ou les péplum etles voiles d'Alceste, pendant qu'en même temps sur le théâtre les machinistes remplacent le château de Chenonceaux par les jardins de VAlcazar ou par le temple d'Apollon.

Voici des gens les uns en veste, les autres en blouse, qui entrent en remettant un jeton de cuivre au concierge, et défilent, ainsi que les claqueurs, sous la surveillance de leur chef. Ce sont les comparses. Il y en a un certain nombre qui sont payés à l'année. Les femmes comparses en font partie, mais la masse des hommes est recrutée au dernier moment. Ce sont pour la plupart des ouvriers qui, une fois leur journée finie, viennent chercher au théâtre un supplément de paye. Ils connaissent les exigences de chaque spectacle et suivent les indications de l'affiche. Quand il faut peu de peuple ou peu de soldats, ils viennent en petit nombre. Quand la Juive est annoncée, ils viennent en foule

se présenter au chef, qui les choisit pour grossir les rangs du cortège. C'est une des industries spéciales de Paris. Ils entrent, ils s'habillent et manœuvrent ensuite sous la conduite de chefs de peloton qui sont au courant de la mise en scène. On affirme que, pendant les premières représentations de Y Africaine, des amateurs intrépides, ne pouvant à aucun prix trouver placedans la salle, se firent comparses pour entendre l'œuvre de Meyerbeer; et en effet, à cette époque, on put souvent, sous le costume d'un figurant, entrevoir du linge dont la finesse et la blancheur inaccoutumées semblaient attester que le recrutement de la figuration s'était opéré dans d'autres classes de la population.

Tout le personnel des choristes, hommes, femmes et enfants, arrive à son tour et monte s'habiller. C'est encore une centaine de personnes; puis, pour les ouvrages où le ballet est en scène dès le commencement, comme Guillaume Tell, Faust, etc., on voit entrer tout le personnel des danseuses, personnel doublé par la présence des mères, qui ont le droit d'accompagner leurs filles, et des caméristes qui suivent les premiers et les seconds sujets.

A leur heure sont arrivés les régisseurs, les chefs du chant, des chœurs, le souffleur.

Les régisseurs delà danse, les chefs et sous-chefs des chœurs ont à constater les absences, à pourvoir aux remplacements. Les tailleurs et les habilleuses en sont immédiatement prévenus, afin d'ajuster pour l'un le costume qui devait servir pour l'autre.

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Les artistes du chant sont montés dans leur loge. La plupart tiennent à arriver d'avance afin de s'habiller, de faire leur figure à loisir et de pouvoir poser leur voix et s'exercer convenablement avant d'entrer en scène; femmes de chambre ou valets de chambre sont venus avec eux et partagent avec l'habilleur ou l'habilleuse le soin de préparer le costume et de l'ajuster.

Le défilé n'est pas terminé. Les musiciens de V orchestre^ à leur tour, se rendent à leur poste, jetant dans la cour, avant d'entrer, le reste de leur cigarette. Ils montent dans leur foyer, prennent leurs instruments dans leur armoire, mettent une cravate blanche et passent à l'orchestre.

Est-ce tout? Non, et, selon les différents ouvrages, des employés spéciaux passent encore devant la loge du concierge.

Les écuyers amenant leurs chevaux, qu'un ascenseur va hisser au niveau de la scène.

Les électriciens, chargés de disposer les piles électriques, d'en diriger la lumière suivant des indications précises et conformément aux exigences de la mise en scène.

Leshydrauliciens pour les ouvrages comme la Source, par exemple, où il est fait usage de l'eau naturelle. Il faut disposer les appareils, brancher les tuyaux, s'assurer que tout sera prêt à fonctionner au moment où l'eau doit jaillir du rocher.

Les artificiers, allant préparer l'incendie du Prophète, les flammes du bûcher d'Azucena, ou les rangées de

pétards qui, au dénoûment des Huguenots, produisent le bruit des fusillades.

Il y a encore le mécanicien et ses aides. C'est lui qui est chargé de préparer la coupe de Faust 9 dont la liqueur doit paraître s'enflammer, au moment où un ressort pressé par l'artiste met une substance chimique en contact avec un acide. C'est lui qui, dans la Favorite, donne à Femand l'épée qu'il va briser au pied du roi; c'est lui encore, dans les ballets où les danseuses sont costumées en abeilles, en oiseaux, en insectes divers, qui ajuste sur les corsages les ailes transparentes.

11 y a aussi les fleuristes, qui viennent garnir de fleurs artificielles le parterre du jardin de Marguerite....

Il y a.... il y a enfin tous ceux qui peuvent concourir à l'exécution et réaliser pour le public les conceptions de l'auteur, les fantaisies du metteur en scène, personnel qui varie à l'infini, car on peut dire qu'il n'est pas d'industrie, pas de science même à laquelle on ne puisse avoir recours.

Pour le service de cet immense personnel il existe au nouvel Opéra :

80 loges destinées aux sujets du Chant et de la Danse.

Ces loges, réparties dans l'étendue de deux étages, se composent chacune d'une petite antichambre, de la loge proprement dite et d'un petit cabinet de toilette.

La loge est garnie de deux glaces, dont une, placée à

peu de hauteur du sol, permet de se voir des pieds à la tête; de quatre becs de gaz, placés de chaque côté des glaces; deux de ces becs, ajustés à un tube souple, glissent le long d'une tringle, où ils peuvent être main-

Luge d artiste.

tenus à telle hauteur qu'on le désire. Enfin il y a dans chaque loge une cheminée et une bouche de calorifère, afin que l'artiste puisse choisir à son gré la chaleur sèche ou la chaleur humide.

Outre les loges des sujets, il existe :

Une grande loge de 60 places avec autant d'armoires pour les chœurs hommes.

Une loge de 50 places avec 50 toilettes pour les chœurs dames.

Une loge de 12 places pour les élèves du chant.

Une loge de 12 places pour les enfants de chœurs.

Une loge de 34 places avec autant d'armoires pour le corps de ballet (hommes).

Une loge de 20 places avec autant de toilettes pour les danseuses coryphées.

Une loge de 20 toilettes pour les danseuses du premier quadrille.

1 Une loge de 20 toilettes pour les danseuses du deuxième quadrilie.

Une loge de 20 toilettes pour les danseuses élèves.

Une loge de 20 toilettes pour les marcheuses.

Une loge de 190 places pour les comparses.

C'est, comme on le voit, un total de 538 personnes, pour lesquelles est organisé le service de l'habillement.

Les musiciens de l'orchestre ont aussi un foyer garni de 100 armoires, dans lesquelles ils peuvent déposer leurs instruments.

Un foyer vestiaire a été de même réservé pour les musiciens de la bande militaire.

A proximité des loges se trouvent deux postes pour les coiffeurs et deux postes à chaque étage pour les avertisseurs.

Outre les grands foyers dont nous avons parlé, il existe un foyer des rôles, qui sert aux études.

C'est là que sous la direction des chefs de chant commencent les premières répétitions d'un ouvrage. Ensuite, quand les rôles sont sus, on répète sur le théâtre. Un piano placé sur une estrade remplace l'orchestre. D'abord les décors sont seulement figurés, c'est-à-dire que l'on se borne à indiquer par quelques châssis les entrées, les sorties, les parties de la décoration utiles à la mise en scène. Plus tard les décors sont mis en place : les artistes ont répété seuls d'abord ; les chœurs viennent se joindre à eux, puis le ballet vient prendre sa place à son tour. Aux répétitions de jour succèdent les répétitions du soir. C'est à celles-là seulement que viennent les comparses, pour la plupart ouvriers retenus pendant la journée dans leurs ateliers. Dans les usages de l'Opéra, c'est aussi seulement le soir qu'ont lieu les répétitions d'orchestre. Cette convention tacite permet aux musiciens de consacrer la journée à donner des leçons.

Toutes les répétitions, jusqu'aux dernières répétitions générales, ont lieu sans costume. Les choristes, en habit de ville, brandissent au final, au lieu^de glaive, leurs cannes et leurs parapluies. Un cortège passe : on y voit les comparses en blouse, les machinistes en habit de travail. Il est de règle à l'Opéra que toutes les fois qu'un artiste est porté sur un palanquin, un pavois, une civière, etc., ce sont les machinistes, plus attentifs et mieux exercés que tous autres, qui sont chargés de ce service, pour lequel ils reçoivent un feu. — Le corps de ballet défile en tenue de ville ou en

tenue de danse, et, au milieu de cette uniformité de jupons, les yeux exercés reconnaissent les pages à ceci qu'ils ont le poing sur la hanche. Enfin le moment arrive où l'éclairage se complète, où l'on met tous les costumes. C'est alors la répétition générale, qui ne diffère guère de la représentation que par la longueur des entr'actes.

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