ARCHIVES
Les documents existant aux archives de l'Opéra ne remontent guère au delà de la moitié du dix-huitième
siècle. Tandis qu'à la Comédie- Française ou à la Comédie-Italienne la nécessité de compter, entre sociétaires, a contribué à faire conserver, dès l'origine, les délibérations, les registres de receltes et de dépenses; etc., à l'Opéra, les nombreuses directions qui ont succédé à Lulli ont fini tour à tour par des liquidalions désastreuses, au milieu desquelles les pièces de toute sorte ont été dispersées. On ne paraît pas, du reste, avoir attaché un grand intérêt à leur conservation; il résulte de l'inventaire de 1748, le plus ancien que possède l'Opéra, qu'à cette époque, sauf un état des opéras représentés depuis 1713, les plus anciens documents ne remontaient pas au delà de 1721, et, après les avoir décrits sommairement, le commissaire enquêteur-examinateur ajoute dans son procès-verbal de recolement : « Sommes ensuite passé à l'examen des registres et papiers.... par l'événement duquel avons reconnu, ainsi que toutes les parties présentes, leur inutilité. »
Ces papiers réputés inutiles furent néanmoins conservés dans les bureaux de la Maison du Roi. Ils s'y trouvaient encore en l'an III, quand la Commission des Titres fit détruire une grande quantité de documents considérés comme relatifs à la féodalité et à l'ancien régime. A cette époque, un patient érudit qui, depuis plusieurs années déjà, collectionnait toutes les pièces relatives à Molière, à Quinault, à Lulli, à l'histoire de l'Opéra et de la Musique, BefTara, se fit donner les papiers qui concernaient l'Académie Royale de Musi-
que. Ces nombreuses liasses, ainsi sauvées de la destruction en l'an III, ont péri en 1871 dans l'incendie de l'Hôtel de Ville, dont la bibliothèque avait reçu le legs de presque tous les papiers de BefTara, précieux recueil formant plus de quatre-vingts volumes in-folio et in-quarto.
Les plus anciens registres conservés aux archives de l'Opéra remontent à 1735.
En 1749, l'administration de l'Académie Royale de Musique est placée dans les attributions de la ville de Paris, sous la surveillance du prévôt des marchands. L'ordre se fait, le contrôle s'établit, les pièces qui existaient dans les bureaux sont conservées. Déposées au magasin de l'Opéra, rue Saint-Nicaise, elles échappent aux incendies de 1763 et de 1781. Elles s'accroissent avec le temps, sans que l'on prenne grand souci de leur classement. En 1815, un rapport constate que les archives encombrent les greniers du théâtre. « Depuis la Révolution il n'a pas été possible, par le défaut de local, de donner une classification aux papiers de l'administration. Il y a dans cette partie essentielle un désordre qu'il est indispensable de faire cesser. » (Archives nationales, 0, 16 460.) Il ne paraît pas que ces réclamations aient été suivies d'effet; en 1860, c'est encore dans un grenier, au-dessus du foyer du public, qu'étaient déposés les vieux papiers.
A cette époque on commença à en prendre soin. Un inventaire sommaire fut dressé. En 1861, dans le programme rédigé pour la construction du nouvel Opéra
LE NOUVEL OPÉHA.
l'installation de la Bibliothèque et des A rchives fut prévue, et Garnier prit soin d'y pourvoir avec toute l'extension et l'élégance désirables. Ces deux services furent définitivement organisés par l'arrêté du 16 mai 1866, portant réglementation du cahier des charges do l'Opéra.
Voici quelles sont les principales séries dont se composent les archives :
Administration. Arrêts du Conseil d'État, Lettres patentes, Ordonnances. — Dépêches ministérielles. — Décisions, Délibérations.
Budgets. États du personnel. — Engagements, Congés.— Correspondance (auteurs, acteurs, etc.). — Projets, Plans d'organisation. — Jury littéraire. — Mises d'ouvrages. — Fêtes, Bals, Bénéfices. — Entrées. — Bâtiment. — Inspection. — Soumissions, Traités, Marchés. — Affiches.
Comptabilité. Recettes à la porte. Location et Abonnements. — Redevances, Baux
Appointements, Gratifications, Feux. Pensions.
Honoraires d'auteurs. Droit des indigents.
Frais de police et de sûreté.
Comptabilité espèces.
Comptabilité matières.
Ouvriers, Fournisseurs.
Inventaires généraux et partiels.
Il est inutile d'insister sur l'intérêt que présentent les volumineuses correspondances administratives et artistiques. Tous les ministres, depuis MM. de Maure-
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pas et d'Argcnson, y sont représentés par de nombreux autographes. Sous la Révolution, les arrêtés du Comité de Salut public remplacent les dépêches de la Maison du Roi. Plus tard, de l'an XI à 1807, tout, jusqu'aux moindres autorisations de dépenses, est signé de la main du premier Consul ou de l'Empereur. Alors, comme sous Louis XIY, c'est du souverain que relevait directement l'administration de l'Opéra. Les dossiers du personnel, les dossiers relatifs à la mise en scène de chaque ouvrage représenté, sont remplis de la correspondance des auteurs, des artistes du chant et de la danse, et les noms les plus célèbres se lisent au bas de ces lettres, d'autant plus curieuses que presque toujours l'intérêt et l'amour-propre y sont en jeu.
La comptabilité ofTre de précieux renseignements pour l'histoire littéraire. Les registres des recettes présentent le tableau fidèle des destinées de chaque ouvrage. On peut y suivre jour par jour le succès des œuvres de Rameau, de Gluck, de Piccini, etc. On y trouve notée la présence du Roi, de la Reine, des princes; puis les événements amènent des solennités d'un autre genre, et les registres donnent le détail des représentations de par et pour le peuple. Le 18 prairial an IV, l'Opéra fait une recette de 1 071 350 livres. Mais ce jour-là une place aux premières loges vaut 9000 livres. Les assignats ont atteint les dernières limites de la dépréciation, et le total de cette recette formidable équivaut à 1071 livres 7 sous. — Plus tard, les recettes en argent reviennent. Ce sont
alors les danseurs qui ont le plus de succès, et Duport, dont on coule le buste en bronze, suffît à remplir la salle; de 1807 à 1815, la guerre éloigne les étrangers de Paris; les recettes baissent à l'Opéra. Brunet seul conserve la vogue et les Variétés encaissent 540416 fr. 87 c. en 1812, et 588 772 en 1813, tandis que les chiffres de TOpéra, pour ces mômes années, ne sont que de 484 691 fr. 30 c. et 468 114 fr. 25 c. [Archives nationales, 0. 16 302). Sous la Restauration, la situation de l'Académie Royale de Musique est plus prospère. Quant aux succès de l'entreprise Véron et de la période de Meyerbeer, il est superflu de les rappeler.
Môme en dehors de l'histoire littéraire les Archives de TOpéra abondent en renseignements curieux qu'on ne s'attendrait pas à y trouver. Par exemple, sous l'ancien régime, toutes les locations de loges sont faites par baux passés par-devant notaires. Cette nombreuse série d'actes authentiques donne les noms et les titres de toutes les familles qui eurent une loge à l'Opéra de 1728 à 1780. — Dans un tout autre ordre d'idées, on trouve joints aux états de soumissions des fournisseurs, les échantillons de soieries, de toiles, de rubans, de draps, etc, avec leurs séries de prix, qui constituent une sorte d'histoire des tissus au commencement du siècle et avant l'introduction des machines et des. nouveaux procédés dans l'industrie.
Ces diverses collections ne sont pas sans lacunes. Parmi les causes qui ont pu faire disparaître des documents, nous avons déjà signalé les liquidations suc-
cessives amenées par les changements de direction; d'autres causes encore ont pu s'y joindre.
Le 30 septembre 1793, les citoyens artistes de l'Opéra viennent déclarer au commissaire de police de la section de Bondy qu'il existe encore dans les Archives des objets ayant trait à la Royauté et au régime féodal, et qu'ayant arrêté à l'unanimité la destruction desdits objets, ils le requièrent d'assister à l'auto-da-fé qu'ils doivent en faire aujourd'hui sur la place et en face de l'Opéra; et le procès-verbal, signé Lays, Lainé, Vestris, Gardel, etc., constate qu'en effet un tas immense de papiers « parmi lesquels éloient les règlements de l'Opéra, en tête desquels étoit écrit fastueusement : Académie Royale de Musique, des coupons de loges parsemés de fleurs de lys, et autres papiers semblables ont été brûlés aux applaudissements d'un grand nombre de citoyens et de citoyennes. »
A l'époque où les Archives n'étaient l'objet d'aucun classement, de nombreux autographes ont été détournés. C'est ainsi, par exemple, qu'il ne reste du dossier de Sophie Arnould que la mention et l'analyse des lettres qui y étaient réunies.
Toutefois, les pertes qui ont été faites ne sont pas toutes irréparables. Déjà, parmi les documents qui avaient appartenu à l'Opéra, quelques-uns ont été acquis dans les ventes. D'autres ont été donnés par les personnes qui les possédaient. Des recherches faites aux Archives Nationales ont permis de reconstituer, depuis l'origine, l'histoire administrative de l'Aca-
demie Royale de Musique; des noies assez nombreuses avaient été prises également aux Archives de la ville de Paris et de la préfecture de police, précieuses collections actuellement détruites.
Le 20 septembre 1870, une décision du Ministre de l'instruction publique et des Beaux-Arts autorisa le transport des Archives dans un vaste sous-sol du nouvel Opéra, où elles étaient à l'abri des dangers que l'on pouvait redouter alors; réintégrées à l'ancien Opéra dès la conclusion de l'armistice, elles ne subirent aucun dommage pendant la Commune. Enfin le local où elles étaient placées n'a pas été atteint par les flammes pendant la nuit du 28 octobre 1873.
Les Archives de l'Opéra se composent aujourd'hui de :
340 cartons;
1150 registres,
900 liasses et portefeuilles-