BIBLIOTHÈQUE MUSICALE
La Bibliothèque musicale, dont la conservation est confiée à M. Ernest Reyer, possède la collection à peu près complète des opéras et ballets qui ont été représentés sur le théâtre de l'Opéra depuis son origine.
H. Théodore de Lajartc a été chargé d'en dresser le catalogue méthodique.
Ce dépôt a une importance considérable. Il peut tenir son rang à côté des riches collections musicales de la Bibliothèque nationale et du Conservatoire, cai* il offre à l'étude des ressources que l'on chercherait vainement ailleurs.
En effet, la bibliothèque de l'Opéra possède un grand nombre d'ouvrages qui n'ont jamais été gravés, et beaucoup de partitions sont des manuscrits uniques. Dans le nombre on peut citer le répertoire révolutionnaire presque tout entier; c'est là que se retrouvent la Rosière républicaine et Denys le Tyran, de Grétry, et bien d'autres opéras deGosscc, deMéhul, de Candeille, de Rouget de l'Isle, etc. : curieux ouvrages où des représentants du peuple, des officiers municipaux revêtus de leur écharpe ou des curés sans-culottes remplacent au dénoûment les dieux dj l'Olympe, cl où la Déesse de la Raison danse la Carmagnole et chante le Ça ira!
D'autres ouvrages non-seulement sont inédits, mais n'ont môme pas été exécutés. Dans le nombre se trouvent des partitions de Philidor, de Monsigny, de Candeille, de Langlé, de Gomis, d'Halévy, etc. Les copies en ont été faites, les répétitions en ont eu lieu; divers événements en ont empêché la représentation.
Enfin, toutes les partitions de ballet jusqu'en 1869 sont inédites. Les noms illustres ne font pourtant pas défaut dans la liste de leurs auteurs. Mozart a écrit
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pour Noverre la partition des Petits riens. Plus tard Méhul, Chérubini, Kreutzer, Berton, Herold, Halévy, Adam, ont écrit la plupart des ballets représentés sur la scène de l'Opéra.
Les partitions gravées qui font partie de la bibliothèque de l'Opéra offrent elles-mêmes un intérêt tout particulier, en ce que la plupart ayant servi aux répétitions et aux représentations, portant aux endroits difficiles la trace des coups de bâton frappés par le batteur de mesure, contiennent de nombreux changements manuscrits, souvent autographes. Au dernier siècle surtout, les chefs d'orchestre, les directeurs de la musique, rajeunissaient à leur gré les anciens ouvrages, et souvent, sous le nom de l'auteur primitif, c'est la musique de Rebel ou de Francœur qui était exécutée.
Enfin, ce que possède seule la bibliothèque de l'Opéra, ce sont les rôles, les parties de chœurs, ayant servi aux études, les parties d'orchestre ayant servi à l'exécution. Un certain nombre remontent à l'origine de l'Opéra et ont été rangées sur les pupitres du temps de Louis XIV. Ces parties séparées présentent d'autant plus d'intérêt pour l'étude des anciens ouvrages, . que, même jusqu'à Gluck, les partitions sont rarement rédigées d'une façon assez complète pour que l'on y retrouve toute l'instrumentation.
Jusqu'à l'organisation de la Bibliothèque dans le nouvel Opéra, il n'existait qu'un simple inventaire de ces collections, liste incomplète dont le rédacteur s'était trop souvent borné à reproduire, sur la foi des
étiquettes, des mentions parfois inexactes, sans se donner la peine d'ouvrir de lourds ballots qu'une vénérable poussière semblait protéger contre les investigations. M. Théodore de Lajarte, chargé de rédiger le catalogue méthodique de toutes ces richesses, s'est dévoué à cette tâche avec un zèle de bibliophile et un discernement d'érudit. Le classement est déjà achevé pour toute la partie du répertoire antérieure à 1830. C'est celle où le désordre était le plus grand, et qui nécessitait le plus de recherches. 11 suffit, pour en faire apprécier l'importance, de dire qu'elle comprend :
2658 partitions d'orchestre, partitions de chœurs et répétiteurs de ballet ;
5481 rôles;
10 674 parties de chœurs;
12 387 parties d'orchestre : soit un ensemble de 31 200 volumes et cahiers.
La Bibliothèque musicale dans son ensemble possède les partitions, parties d'orchestre, rôles et parties de chœurs de 244 opéras ;
Les partitions et parties d'orchestre de 110 ballets;
176 partitions sans parties d'orchestre;
Les parties d'orchestre et de chœurs de 97 ouvrages dont les partitions manquent.
La Bibliothèque de musique était anciennement déposée soit au magasin de l'Opéra, rue Saint-Nicaise, soit chez le chef du bureau de copie. Elle a dû à cette circonstance d'échapper aux incendies de 1763 et de 1781. Toutefois une partie de la musique nécessaire au
service se trouvait au théâtre. C'est ce qui explique que pour un certain nombre d'ouvrages il ne reste plus que les partitions sans parties d'orchestre ou les parties d'orchestre sans partition.
De môme l'incendie de 1873 a détruit les parties d'orchestre de quinze ouvrages formant le répertoire dont les partitions, déposées dans le cabinet du directeur de la musique ou au bureau de Copie, ont été conservées.
Outre les partitions formant le répertoire proprement dit, la Bibliothèque possède encore :
80 recueils contenant environ 1950 morceaux de chant et de danse en partition, retirés des différents ouvrages et tous inédits;
Plus de 25C0 airs de danse et pas;
Une collection de cantates, hymnes, chants patriotiques, etc., ayant servi à célébrer les différents événements politiques et les divers régimes qui se sont succédé en France;
Des morceaux de chant italiens ou français provenant des concerts;
Des morceaux de musique religieuse;
Des morceaux originaux laissés par les auteurs.
Cette dernière collection comprend des fragments autographes du plus grand intérêt. Nous citerons entre autres :
Rameau. Trois partitions autographes : la Naissance fVOsiriSy le Retour (VAstrée, Daphnis et Êglé.
Gluck. Deux actes d'Armide (1er et 4e), des fragments très-importants d'Orphée, line ouverture,
Méiiul, Une ouverture inédite, des fragments des
A mazones.
Meyerbeer. De nombreux fragments inédits des Huguenots, de Robert le Diable, etc.
Rossinï. Des fragments inédits de Guillaume Tell, des fragments du Siège de Corinthe.
Enfin des autographes de presque tous les auteurs qui ont été représentés à l'Opéra depuis plus d'un siècle : Piccini, Sacchini, Salieri, Grétry, Berton, Lesueur, Persuis, Nicolo, Spontini, Gossec, Cherubini, Hérold, Halévy, Auber, Donizetti, etc., figurent également dans cette collection.
La bibliothèque de l'Opéra a reçu du dépôt des Beaux- Arts 320 partitions gravées et une collection de plus de 300 morceaux de musiquè (cantates, hymnes, etc.).
Par arrêté du 14 février 1873, rendu sur la proposition de M. Yaucorbeil, commissaire du Gouvernement, une précieuse collection de partitions et de musique ancienne, provenant de la bibliothèque de la Sorbonne, a été partagée entre la bibliothèque du Conservatoire de Musique et celle de l'Opéra, qui s'est ainsi enrichie de 179 partitions depuis Lulli jusqu'à Gluck et de 82 recueils de parties d'orchestre ayant appartenu, ainsi que la plupart des partitions, à M. le marquis de la Salle.