ÉLECTRICITÉ
Depuis que fut faite, pour le soleil levant du Prophète, la première application de la lumière électrique aux effets d'illusion théâtrale, M. Dubosc, opticien, a été chargé, à l'Opéra, de la direction de ce service, auquel il a apporté de notables améliorations.
La lumière électrique se prête aux effets les plus divers. Non-seulement elle produit un éclairage dont nul autre foyer lumineux ne pourrait égaler l'intensité, mais elle vient en aide au décorateur pour l'imitation des phénomènes physiques ou la réalisation d'effets féeriques. Elle colore l'eau d'une fontaine qu'elle rend lumineuse ; elle projette sur le sol et sur les murs d'une église les reflets de vitraux éclairés par le soleil; elle produit les éclairs; elle traverse un prisme et fait paraître sur une toile peinte un véritable arc-en-ciel. Le spectateur, habitué maintenant à la perfection toute scientifique de ces divers effets, sourirait sans doute si on lui montrait V arc-en-ciel en serrurerie et toile transparente que nous trouvons mentionné, en 1748, dans l'inventaire des décors de l'Opéra.
Le laboratoire destiné à la préparation des piles élec-
triques a clé placé au nouvel Opéra dans une des salles du rez-de-chaussée. On a ainsi évité tous les inconvénients (lue peut présenter le transport des acides dans les étages supérieurs du bâtiment.
Cette salle, d'environ cinquante mètres superficiels, est garnie de six longues tables en chêne, couvertes chacune d'une épaisse feuille de verre qui les préserve de l'action corrosive des acides et place la pile dans des conditions parfaites d'isolement.
Sur ces feuilles de verre sont rangés les éléments des piles électriques, système Bunsen, grand modèle. Le nombre de ces éléments, qui était de 60 à l'ancien Opéra, a été porté à 70, en raison de l'agrandissement des surfaces à éclairer et de la résistance produite par la grande longueur des fils.
La distance que le courant électrique doit parcourir, de la salle des piles au point le plus éloigné de la scène, est de 122 mètres, et la longueur totale des fils pour le service de la lumière électrique est d'environ 1200 mètres.
Pour la facilité et la sécurité du service, on a disposé dans le laboratoire un système de distribution des eaux et acides au moyen de poteries faites exprès pour cet usage. Une grande cuve, contenant un mètre cube de liquide, permet de préparer l'eau acidulée en une seule fois pour toutes les batteries. Un tube manométrique indique en même temps la hauteur du liquide et sa concentration dans la cuve. Une combinaison de cuves supplémentaires permet de conserver l'acide ni-
trique dans les vases et d'éviter les vapeurs qui se dégagent de l'acide chaud au moment du transvasement nécessité par le démontage de la pile.
Un système d'attaches fixé au mur relie chaque générateur avec toutes les conduites de la scène, et un galvanomètre, placé sur le fil de chaque batterie, indique à la fois la force des piles et quelles sont celles qui sont en fonction.
Un distributeur permet également de relier telle batterie avec tel ou tel point lumineux placé au théâtre, et d'en concentrer plusieurs sur le môme point pour en augmenter l'intensité.
Le courant électrique partant de la pile est transmis à l'appareil produisant sur le théâtre les différents efTets exigés par la mise en scène. Cet appareil se compose d'une lampe à régulateur automatique placée dans une lanterne en bois munie d'une lentille et d'un miroir en verre argenté. Cet appareil est disposé de façon à prendre toutes les inclinaisons nécessaires pour produire les effets demandés, pour faire suivre tel personnage ou tel groupe par un rayon lumineux, etc.
A l'organisation de la lumière électrique M. Dubosc a joint celle de la lumière Drummond.
Une double canalisation spéciale de gaz d'éclairage et d'oxygène permet la production de cette lumière, moins intense que celle de l'électricité.
L'appareil se compose d'une lanterne en tôle avec lentille de verre en avant, et d'une lampe au chalumeau dans laquelle les deux gaz ne se rencontrent
qu'à la sortie du bec, tout mélange intérieur étant rendu impossible. Douze de ces appareils sont alimentés d'oxygène par un gazomètre de deux mètres cubes placé dans le laboratoire.
Un pont a été disposé au-dessous du cintre, de chaque côté et dans toute la longueur de la scène, pour le service de l'éclairage électrique. Des prises de courants, placées à chaque plan ainsi que sur le théâtre et dans les dessous, permettent, a tel point donné, de relier ces appareils avec les générateurs d'électricité.
Telle est l'installation de ce service au nouvel Opéra. On voit qu'elle se prèle à tous les besoins du théâtre. Du reste, nul autre agent plus que l'électricité n'est susceptible d'applications diverses et M. Dubosc en a réalisé de toutes sortes, depuis celles qui exigent remploi de ces nombreux éléments dont nous venons de parler, jusqu'à la pile portative qui, placée dans la coillure d'un artiste, fait scintiller une étoile sur son front.