LE CHAUFFAGE ET LA VENTILATION
La réunion de ces deux services fait songer involontairement au passant de la fable de la Fontaine :
dont la bouche Souffle le chaud et le froid.
C'est M. l'ingénieur d'Hamelincourt qui a été chargé de faire circuler tour à tour l'air chaud et Tair frais dans toutes les dépendances du bâtiment.
Une partie des vastes sous-sols du nouvel Opéra est occupée par quatorze calorifères, les uns à l'eau chaude, chauffant l'admihistration, la scène et les loges d'artistes; les autres à l air chaud, pour le service de la salle, des foyers et des escaliers. Chacun de ces calorifères occupe une surface de plus de vingt mètres, et quand ils seront tous allumés, la consommation journalière du charbon de terre peut être évaluée à 10 000 kil. ; à quoi il faut joindre le bois que l'on brûlera dans les 450 cheminées de l'administration et des loges d'artistes et dans les deux cheminées monumentales du foyer public.
La chaleur produite par les calorifères est portée dans toutes les parties du bâtiment par de vastes conduits dont il a fallu calculer avec précision l'ampleur et la direction et dont la plupart ont dû être établis en même temps que Ton construisait les murs,
Le chauffage de la scène, des loges d'artistes, etc., en un mot de tout le théâtre proprement dit, s'effectue au moyen de trois appareils, desservis par huit foyers dont la puissance représenterait une machine à vapeur de la force de 60 chevaux.
Ces appareils envoient la chaleur dans toutes les parties chauffées, au moyen de tuyaux en fonte présentant un développement de près de cinq kilomètres et donnant par eux-mêmes une surface de chauffe de 2250 mètres carrés.
Autour de ces tuyaux remplis d'eau chaude et renfermés dans des gaines en maçonnerie circule de l'air ' pris à l'extérieur qui s'échauffe et se distribue dans toutes les pièces à chauffer, au moyen de 650 bouches de chaleur dont le jeu permet de régler la température et de l'obtenir uniforme dans toutes les parties occu- . pées par les artistes.
Les gaînes qui renferment les tuyaux présentent ensemble un développement qui atteint 1500 mètres.
Ces tuyaux alimentent en môme temps les surfaces de chauffe destinées à la scène, lesquelles se composent de récipients remplis d'eau chaude, placés immédiatement sous le plancher de la scène qu'ils échauffent par rayonnement. Ces surfaces présentent un développement de 600 mètres carrés.
Dans toute cette partie de l'édifice l'eau chaude est seule employée*. Pour la salle et ses abords on a eu recours à d'autres moyens.
La salle, dans laquelle le public doit séjourner, dans
laquelle, en outre, une ventilation puissante doit être entretenue, est chauffée au moyen A' hydrocalorifères, appareils donnant forcément un renouvellement d'air considérable. Les corridors, les vestibules, le foyer sont pourvus de calorifères à air chaud.
Les appareils, au nombre de dix, sont desservis par douze foyers, dont la puissance représenterait une machine à vapeur de 120 chevaux.
Il était nécessaire d'employer des appareils de cette puissance, car, ne fonctionnant que les jours de représentation, ils ne sont pas constamment allumés et ils doivent rapidement élever la température d'espaces dont la capacité n'est pas moindre de 90 000 mètres.
Ils doivent, en outre, pourvoir dans la salle à un renouvellement d'air qui peut atteindre 80000 mètres cubes à l'heure; aussi est-ce par des six à sept cents mètres carrés qu'il faut compter les surfaces de chauffe des calorifères à air chaud, et par des douze à treize cents mètres carrés celles des hydrocalorifères.
La ventilation s'opère au moyen de plusieurs prises d'air qui ont des ouvertures de vingt-quatre à trente mètres carrés.
De chaque côté de la coupole de la salle, au-dessus | des galeries latérales, de vastes baies ont été ménagées. Ce système est complété par les œils-de-bœuf de la coupole.
Toute la surface de cette coupole, au-dessus du plafond de la salle, est occupée par de nombreux appareils dont notre gravure fait comprendre la disposition
et indique les vastes proportions. De là rayonnent dans toutes les parties de la salle d'innombrables conduits. On peut se faire une idée de l'importance de cette ins-
Appareils de ventilation.
tallation en songeant que dans le plancher de chaque loge, à chaque étage, passent à la fois une conduite de chaleur et une conduite d'air. Dans la coupole sont placés les registres, larges soupapes de 1 mètre 40 de
long sur 60 cent, de hauteur, au nombre de trentequatre, que Ton peut ouvrir ou fermer à volonté pour régler les prises d'air correspondant à chaque loge. Ces registres permettent de mêler à l'air chaud, avant son introduction dans la salle, une plus ou moins grande quantité d'air froid.
L'expulsion de l'air vicié est une question importante dont la solution s'impose au constructeur de tout édifice destiné à recevoir un nombreux public. Le lustre du nouvel Opéra, en même temps qu'il réjouira les yeux par l'éclat de ses mille lumières, constituera une cheminée d'appel qui sera suffisante pour assainir parfaitement la salle. En outre, des conduits placés dans la voûte du vestibule circulaire, au-dessous de la salle, aspireront l'air vicié.
Ces ouvertures, ainsi que celles qui sont pratiquées au fond des loges, communiquent avec un vaste réseau dont l'ensemble forme l'enveloppe de la salle. Ces derniers conduits s'élèvent verticalement jusqu'à la partie supérieure, où ils se réunissent dans huit collecteurs qui viennent déboucher dans une cheminée en tôle de 8 mètres de diamètre, placée au-dessus du lustre. Cette cheminée aboutit à la lanterne qui surmonte la coupole. La chaleur produite par les 412 becs du lustre, et par le cordon de 244 becs qui entoure la salle, détermine naturellement l'appel le plus énergique. Du reste, à ce point de vue encore, les larges corridors, les vastes dépendances qui entourent pour la première fois une salle de spectacle, ne manqueront pas d'exercer l'in-
fluence la plus favorable, et c'est ainsi que, dans cet immense bâtiment, tout ce qui a été fait pour charmer la vue aura en môme temps son utilité pratique.