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Le nouvel Opéra de Paris

Dans le premier volume de cet ouvrage, j’ai souvent cité un livre jadis publié par moi, et quelques-uns ont pu trouver ce procédé outrecuidant. Je fais bien pis aujourd’hui en reprenant, chers lecteurs, ces causeries abandonnées pendant de longs mois ; je détache entièrement dudit volume un chapitre complet et le remets tel quel à l’impression, sous un autre format.

Ici l’outrecuidance n’ayant plus d’excuse, je ne cherche pas à m’excuser, et, résolu à subir les affronts dus à ma vanité, je me laisse aller au doux plaisir de me recopier moi-même.

Après tout, suis-je bien coupable, et chacun de nous ne se recopie-t-il pas tous les jours dans la plupart de ses actions? Quand on fait deux pas en commençant à marcher, tous les pas suivants sont la copie des deux premiers : jambe droite, jambe gauche; jambe droite,

ii. ,

jambe gauche! Je voudrais bien voir comment on s’y prendrait pour courir, si chaque enjambée ne voulait pas ressembler aux précédentes. La nature ne se recopiet-elle pas aussi en faisant succéder dans le même ordre les jours et les nuits, les aurores et les crépuscules, les mois, les saisons et les années? Puisque le bon Dieu se recopie ainsi, je ne vois pas pourquoi moi, qui ne suis qu’un simple mortel, je n’imiterais pas son exemple.

D’ailleurs je ne puis inventer des faits nouveaux dans l’espèce d’historique que contient ce chapitre, et comme il lui faut une sorte de conclusion, je ne puis logiquement arriver à cette conclusion sans mettre tout le dossier sous les yeux du lecteur.

Ne vous semble-t-il pas que je commence à expliquer mon plagiat personnel? Je suis donc bien coupable que je cherche à me défendre? Eh bien! oui, je suis coupable du gros péché de paresse; je vois avec effroi toutes les pages que j’ai encore à écrire pour faire ce second volume, et je cherche à diminuer ma besogne par un moyen peut-être un peu répréhensible, mais à coup sûr efficace.

Le péché est avoué, il est pardonné Je puis donc transcrire le chapitre.

Les systèmes de décoration et de machinerie théâtrales sont depuis bien longtemps restés à peu près stationnaires. Servandoni, puis le marquis de Sourdiac, ont jadis, sinon créé une science nouvelle, au moins rendu moins barbare et moins primitive la science d’alors. Vers 1820, M. le baron Taylor fit d’heureux essais de

plantations panoramiques; mais depuis ce temps rien n’a guère été modifié, et si quelques inventions se sont produites dernièrement, elles n’ont pas encore été soumises à la pratique, qui seule peut, en résumé, affirmer le résultat définitif. Les anciens systèmes sont donc encore à peu de chose près seuls usités, et ils apportent encore chaque jour bien des entraves aux manœuvres et aux plantations. En Italie, en Allemagne, en Angleterre, ces systèmes paraissent encore plus imparfaits qu’en France, et les effets décoratifs plus sommaires. Une toile de fond, quelques coulisses parallèles et un grand nombre de rideaux d’arlequin ou de frises peintes en draperie font tous les frais de presque toutes les décorations. Cette pauvreté de moyens n’est pas toujours rachetée par le talent des peintres décorateurs qui, bien qu’ayant une certaine habileté de composition et d execution, sont loin d’arriver à des effets aussi complets que ceux qui sont produits par nos décorateurs français.

Il faut dire aussi qu’en France les plantations sont plus variées, les éclairages des herses plus nombreux et mieux disposés, et l’entente des plans mieux comprisemais tous ces perfectionnements, qui aident déjà au développement de l’illusion, sont toujours obtenus par des manœuvres incommodes et des moyens incomplets qui exigent un personnel fort nombreux et une immense activité pendant les entr’actes -, de plus, ces manœuvres n’ont jamais une grande précision et n’amènent pas à un résultat irréprochable. Les fermes qui montent des dessous se raccordent bien rarement avec les frises qui descendent des cintres, les châssis de décoration, attachés aux mâts ou aux portants, n’ont jamais une verticalité par-

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