V. Des diverses modifications prévues ou à prévoir
de l’acoustique.
« Si je n’avais pas craint de montrer quelque peu de vanité et si je n’avais eu peur de vous soumettre un dossier
DK L’ECLAIRAGE.
trop volumineux, j'aurais joint à ce rapport un extrait de l'ouvrage que j’ai publié sur l’Opéra et relatif à l’acoustique. Le chapitre ayant trait à cette question, écrit, il est vrai, plutôt en boutade qu’en discours de rhétorique, a du moins cet avantage, qu’il indique l’historique des opérations et l’état des esprits au moment de l’ouverture de l’Opéra. En tout cas, Monsieur le Ministre, si vous vouliez parcourir ces quelques feuilles, l’ouvrage est dans vos bureaux, remplaçant l’exemplaire que je n’ai pas osé vous adresser aujourd’hui.
« Quoi qu'il en soit, ce chapitre établissait plusieurs points dont les principaux sont ceux-ci : i° absence complète de règles pour l’acoustique des salles de théâtres ; 2° désintéressement de ma part dans les critiques et surtout dans les éloges qui peuvent être formulés au sujet de l’acoustique de l’Opéra, et 3" constatation formelle, à cette époque, de la parfaite sonorité de la salle, au moins en ce qui touchait les chanteurs.
« Les deux premiers points n’ont qu’une médiocre importance, puisqu’ils me sont à peu près personnels ; mais le dernier est plus significatif, puisqu’il se rapporte à une opinion alors générale, et dont les preuves ne m’ont pas fait défaut il y a trois ans.
« Par quel phénomène une salle reconnue dans le principe si excellente que l’on n’hésitait pas à la mettre au-dessus de l’ancienne salle incendiée, ce qui n’était pas une minime faveur, a-t-elle aujourd’hui une autre réputation? S’était-on trompé jadis, se trompe-t-on maintenant? Il est un peu difficile de retrouver toutes les causes de cette métamorphose qui eût peut-être étonné Ovide ; mais on peut croire que le point de départ en a été futile.
tJ8 LF. NOUVEL OPÉRA DF. PARTS.
Quelques petites vanités froissées, quelques racontars de journalistes, ont suffi pour attacher un maigre grelot que l’on a fait sonner pour passer le temps et que l’on a peu à peu changé en sonnette, puis en grosse cloche; si bien que des commissions officielles, qui auraient dû se garantir de tout entraînement, ont fait comme bien d’autres ; elles ont tiré sur le battant sans savoir si la cloche était fêlée et si le son était juste.
« Il faut dire aussi que, d’autre part, quelques mécontents de la première heure, ne voulant pas suivre le gros des sonneurs, prétendent que la salle, jadis selon eux fort médiocre, est devenue tout à fait bonne. Ceux-ci auraient plutôt raison, car il est de fait notoire qu’une salle gagne toujours en vieillissant, de sorte qu’il y a bien des chances, lorsque l’architecte qui l’a construite n’est plus de ce monde, pour qu’on entonne des hosannas sur sa mémoire alors qu’on le critiquait de son vivant.
« Ce qui est assez curieux dans l’historique de cette transformation graduelle du sentiment public, ou plutôt du sentiment de divers intéressés, c’est que les plaintes se sont toujours manifestées quasi en dehors de ma connaissance. Ceux qui sonnaient la cloche fêlée avaient pour ainsi dire un peu honte de leur changement d’opinion. Ils me voyaient souvent, me remerciant fort de leur avoir donné une aussi bonne salle et, pour peu que je l’eusse voulu, ils m’eussent signé de bons et valables certificats ! Mais une fois loin de moi, leurs plaintes se manifestaient, et l’architecte qu’ils venaient de traiter comme un de leurs utiles collaborateurs en musique, ne devenait plus qu’un simple bâtisseur, sacrifiant les compositeurs à la réclame de son escalier !
DE L’ÉCLAIRAGE
o Cela est assez humain, en somme, et ne doit guère étonner ceux qui ont déjà tant soit peu vécu; néanmoins cette espèce de ciigne-musette jouée en catimini montre qu’il y avait parmi les conjurés comme une sorte de fausse honte, ou tout au moins comme une sorte d’indécision inconsciente. Bien que j’aie eu connaissance de certaines personnalités ayant assez grande influence sur leurs satellites, c’est presque toujours le séculaire ON qui était responsable des bruits qui circulaient.
11 Est-il donc bien difficile de dire nettement sa pensée à celui que l’on accuse? Est-il donc bien difficile de s’adresser à celui qui peut vous répondre et qui, s’il n’a pas réussi, n’est pas encore assez infatué de lui-même pour ne pas écouter la voix de la raison? En fait, depuis 1 ouverture de 1 Opéra, combien de gens se sont occupés de cette question de l’acoustique, dont pas un n’a cru devoir m’en parler directement ! On a fait des rapports dans diverses commissions; on a discuté dans plusieurs comités sans qu’aucun membre ait supposé qu’il pouvait être bon que l’architecte de la salle fût entendu afin qu’on sût de lui, en cas de constatation réelle de défaut, ce que l’on pouvait faire pratiquement pour y remédier. Ainsi, c’est la première fois que l’on me consulte sur ce sujet. Pardonnez-moi donc, Monsieur le Ministre, si je me laisse entraîner un peu en dehors des choses techniques ; mais cette petite explosion, que j’ai pourtant calmée de mon mieux, va me permettre (je l’espère du moins sans en répondre) de reprendre la question sous un point de vue plus utilitaire.
« D’abord, et avant tout, la salle est-elle bonne ou est-elle mauvaise? Je dirai moi : elle est bonne, très-
rfim
j6o le NOUVEL OPÉRA DE PARIS,
bonne; d’autres diront : elle est mauvaise, très-mauvaise; et s’il v avait une enquête a ce sujet, quelle que soit la decision de l’arbitrage, cela ne changerait rien à la qualité de la salle, ni même, je puis le dire, au sentiment particulier de chacun. 11 est vrai, néanmoins, que si l’on déclare officiellement par des rapports et par des articles de journaux que la salle est sourde ou sonore, le bon public, qui ne sait pas toujours la difîérence qu’il y a entre ces deux choses, suivra probablement le verdict, surtout si celui-ci conclut à la condamnation de l’architecte.
« Voyons, Monsieur le Ministre, voulez-vous faire cette enquête inutile ? Si vous vous décidez a 1 ordonner, je vous demanderai alors que tous les intéressés : chanteurs, choristes et abonnés, viennent les uns après les autres dire leur opinion devant le directeur de l’Opéra et moi. Si la chose se faisait ainsi, je suis bien certain que le résultat serait en ma faveur ; mais dame ! si les déposants agissent en dehors de ma personne, comme j’en connais beaucoup, et même qu’un certain nombre sont de mes amis, je ne serai plus guère tranquille.
« Tenez, Monsieur le Ministre, je veux faire la part belle aux opposants. Je suppose avec eux que l’acoustique de la salle est défectueuse et que le fait est bien et dûment constaté.
» Dans ce cas, que faut-il faire ?
« C’est là où les inventeurs de systèmes vont apporter leurs propositions et, si la chose était mise au concours, il y aurait tant de remèdes proposés, que l’acoustique serait sure de disparaître tout à fait au milieu de tous ces médicaments.
« Parmi ces remèdes, il en est un pourtant qui
DE L’ECLAIRAGE
semble réunir une ^certaine quantité d’adhérents ; c’est celui qui consisterait à avancer le proscénium. Pour les uns, cette avancée devrait être utile aux chanteurs, qui seraient ainsi plus dans la salle ; pour les autres, cela servirait principalement àl’orchestre dontles sons seraient renforcés par cette adjonction du ventre de l’avant-scène.
« Mon Dieu, j’avancerai le proscénium autant que l’on voudra, jusqu’aux stalles d’amphithéâtre si on le désire; mais a-t-on réfléchi si ce que l’on demande est bien logique et si le remède sera réellement efficace ?
« Prenons d’abord les acteurs.
« Il est un fait indéniable, c’est celui-ci :
« Pendant les quatre heures que dure ordinairement un opéra, il y a tout au plus un quart d’heure (mettons en certains cas une demi-heure comme maximum) pendant lequel les chanteurs s’approchent tout près de la rampe. Le reste du temps ils en sont toujours éloignés de deux ou trois mètres et bien souvent davantage encore, de sorte que s’il y avait un intérêt indiscutable à ce que les acteurs fussent autant que possible dans la salle, neuf fois sur dix les directeurs manqueraient à leur devoir de metteurs en scène, en laissant leurs artistes chanter et se mouvoir au second ou au troisième plan.
« Si l’on agit ainsi qu’on le fait actuellement, c’est qu’il serait intolérable de voir toute une soirée les chanteurs alignés contre la rampe et ne se reliant plus dès lors avec les choristes et les décorations. Donc, l’avancement du proscénium est loin d’être indiscutable, puisque, tel qu’il est présentement établi, les acteurs ne s’avancent que fort rarement jusqu’à sa limite.
« Ce n’est pas, je le suppose, pour que la voix des
l6a LE NOUVEL OPÉRA DE PARIS,
chanteurs soit mieux entendue que l’on demande aussi cet avancement ! Si cela avait un résultat efficace, les voix seraientdonc alors soumises à des sortes d’intermittences d’intensités, très-fortes à la rampe et étouffées à un mètre de celle-ci. Cela est inadmissible en bonne logique, et en tout cas, si ce phénomène devait se produire, au lieu d avancer le proscénium, il vaudrait bien mieux le reculer; car aucun artiste ne pourrait condescendre à avoir, malgré lui et alternativement, un tonnerre dans le gosier et une extinction de voix. Heureusemenc les choses ne se passent pas ainsi, et ce n’est pas 60 centimètres de plus ou de moins dans une longueur de trente mètres qui feront un trombone d’un mirliton.
,, Au point de vue de l’acoustique, eu égard aux chanteurs, je trouve donc le remède proposé tout au moins inutile, et, si la salle de l’Opéra est mauvaise, ce n’est pas la modification demandée qui la rendra meilleure, à moins toutefois qu’avançant le proscenium, on ne recule pas la séparation de l’orchestre des musiciens et du public. Car alors l’orchestre serait moins large, ce qui est tout autre chose.
« En effet, si la voix éprouve parfois quelques difficultés à traverser les ondes sonores venant des instruments, cela tient d’abord à l’intensité relative de ces ondes, puis encore à leur nombre, qui forment d autant plus de rideaux superposés qu’il y a d instruments séparant le chanteur des auditeurs. Je reviendrai tout-àl’heure sur ce point, important selon moi ; en attendant, je dois constater que la demande d avancement du proscénium a été surtout formulée parce que, parles raisons dont j’ai parlé dans l’ouvrage que je signalais en corn-
DE L’ÉCLAIRAGE
mençant, j’ai été conduit à recouper la partie centrale de ce proscénium qui, dans le premier projet, était un peu plus avancé que celui qui existe aujourd’hui.
« C’est un peu contre le directeur que la petite campagne d’alors a été menée, et pendant que sa situation n’était pas encore bien affirmée ; l'on accusait ainsi M. Halanzier d’avoir fait lui-même recouper la scène afin d’avoir une rangée de fauteuils de plus. Cela était complètement inexact. M. Halanzier n’avait aucun ordre à me donner et, si j’ai fait moi-même cette opération, c’est que, pour donner satisfaction aux exigences des instrumentistes, j’y ai été forcément conduit. Si j’ai préféré prendre sur la scène plutôt que sur les fauteuils, c’est que je ne pouvais pas trop resserrer ceux-ci, bien moins encore en supprimer une rangée qui était portée sur les plans, et sur laquelle le directeur avait compté dans son marché; et, en résumé, je trouvais le mal bien léger à rentrer le proscénium; car remarquez bien ceci, Monsieur le Ministre : le proscénium actuel, le proscénium recoupé est encore de dix-huit centimètres plus saillant qu’il n’était à l’ancien Opéra.
« Il faut dire de plus que la saillie actuelle est virtuellement augmentée par la largeur des loges placées sur le théâtre. Cela est incontestable.
11 En effet, les loges sur le théâtre sont des loges réelles ; si elles ne se relient pas avec les décorations de la salle, elles ne font pas moins partie de celle-ci; c’est une affaire de tonalité. Au lieu de la couleur rouge sombre qui les revêt, je n’aurais eu, comme j’en ai eu longtemps 1 intention, qu à leur donner l’aspect des loges voisines, jaune et or, et de ce fait la salle eut été reculée effecti-
l6 le nouvel opéra de paris.
vement jusqu'à leur paroi postérieure ; le rideau d'avantscène, une fois levé, ne comptait plus ou du moins ne comptait guère. De cette façon, sans rien changer a a disposition générale du plan et rien que par une simple harmonie de décoration, la salle eût paru aux yeux eue prolongée sur la scène, comme elle l’est en réalité, mais
sans le paraître.
c< Au surplus, Monsieur le Ministre, il est facile de constater que, sauf quelques salles italiennes oit le proscénium est démesurément avancé, le plus grand nombie des autres théâtres ont ce proscenium moins saillant que celui du Nouvel Opéra.
« Je ne vois donc pas l’utilité de faire un travail coûteux, difficile, et qui exigerait un certain temps, le tout pour arriver à un résultat fort inappréciable; cependant je ne voudrais apporter aucune entrave à la direction, et si elle insistait sur l’avancement du proscémum, je ne me reconnais pas le droit de m’opposer à cette insistance. Je désirerais, néanmoins, que ce travail ne fut execute qu’après les essais successifs dont je vais parler.
,, Occupons-nous, d'abord, de l’orchestre. C’est surtout au point de vue de la sonorité de celui-ci, que quelques personnes réclament l’avancement du proscenium, prétendant que le ventre de la scène doit influer sur la bonne propagation des sons. Je ne saurais contredire cette opinion, puisque je n’en puis juger; pourtant, ordinairement, c’est devant un creux et non devant une bosse que l’on se place pour que les sons soient bien repercutés; mais il paraît que l’on a changé tout cela et que l’ancienne théorie avait fait son temps. Je le veux bien,
mais vous me permettrez pourtant, Monsieur le Ministre,
DE L’ECLAIRAGE
de ne pas devenir l’apôtre de ce nouvel évangile.
« Quoi qu’il en soit, il est réel que l’orchestre actuel est imparfaitement équilibré. 11 étouffe parfois la voix des chanteurs (on le dit du moins) ; dans d’autres cas (prétend-on) on ne l’entend pas assez; il y a dans ces allégations quelque chose de vrai; les instruments de cuivre, et même les instruments à anche, s’entendent parfaitement, tandis que les violons font un peu la sourdine : estce la faute de la salle, la faute de la construction de l’orchestre, ou bien seulement celle de la distribution des instruments?
« J’aime mieux croire que c’est cette dernière raison qui est la vraie, non pas parce que je suis ainsi moins responsable ; mais bien parce que le remède sera des plus faciles à trouver, et cela sans remanier aucunement les constructions.
« Il faudrait donc, et en cela je ne veux être que l’écho de gens compétents, ne me regardant pas comme autorisé pour traiter une semblable question, il faudrait donc renforcer le quatuor et donner ainsi aux instruments à cordes la prépondérance sur les instruments à vent. Mais ce qui me semblerait encore meilleur et qui pourrait certainement se faire avant d’augmenter le nombre des violons, ce serait de placer ces violons sur une petite estrade élevée de 15 à 20 centimètres au milieu de l’orchestre, de façon à leur faire dominer les autres instruments. Leurs sons seraient ainsi plus librement émis, et peut-être cela suffirait-il à redonner à l’orchestre son homogénéité et la sonorité que quelques-uns désirent en attendant qu’ils la réprouvent !
« Je crois aussi qu’il sera bien, si l’on n’avance pas le
proscénium, de diminuer lg largeur de l’orchestre et de la ramener à celle que j’avais précédemment fixée. J’ai déjà dit que ce rideau d’instruments placés devant les artistes pouvait, jusqu’à un certain point, intercepter la libre émission de leur voix, et plusieurs des chanteurs de l’Opéra, et non des derniers, partagent bien cet avis, que ce n’est pas le plus ou moins d’avancée du proscénium qui sépare l’acteur du public, mais bien cette masse d’instrumentistes rangés en plusieurs files devant eux. 11 faudrait donc, selon eux (et j’ose dire selon moi), non pas retrancher un rang de fauteuils pour repousser l’orchestre, mais au contraire en installer plutôt un de plus. La place perdue pour l’orchestre par cette adjonction d’un rang nouveau serait regagnée sur les fauteuils installés dans les angles; c’est-à-dire que l’orchestre, au lieu d’avoir, comme actuellement, une forme ondulée plus large au milieu qu’à ses extrémités, reprendrait une forme rectangulaire curviligne, concentrique et rigoureusement parallèle au mur du proscénium. Cela n’empêchera pas de construire, toujours au milieu de cet orchestre ainsi disposé, la petite estrade dont j’ai parlé, et sur laquelle seraient placés les violons et au besoin les altos.
« De cette longue discussion, je dirais même volontiers de cette longue causerie, Monsieur le Ministre, voici le résumé que l’on peut tirer et que j’inscris alors sans plus de commentaires; car si je me laissais aller à dire tout ce que je pense sur ce sujet, je recommencerais, avec une nouvelle forme et certainement avec de nouveaux arguments , une discussion qui déjà vous a sans doute paru trop longtemps durer.
DE L’ECLAIRAGE
n Ordre des opérations qui pourraient se faire successivement pour améliorer l’acoustique de la salle en supposant que celle-ci soit mauvaise :
« i° Ne rien faire du tout.
« 2° Ne rien changer aux dispositions actuelles ; mais installer seulement au milieu de l’orchestre une petite estrade pour les violons sans en augmenter le nombre.
« 3“ Augmenter le nombre des violons sans rien changer au reste.
« 4“ Construire la petite estrade ci-dessus indiquée en lui donnant plus de développement pour recevoir les violons augmentés de nombre.
« (Ces quatre opérations peuvent se faire dès à présent en s’entendant avec le directeur actuel. Si 1 une d’elles paraît suffisante, il serait inutile d’aller plus loin.)
« Les quatre essais terminés, s’ils ne donnent pas un résultat satisfaisant, on pourra procéder alors aux autres opérations un peu plus importantes, mais dont la première pourtant peut se faire sans interrompre les représentations.
« 5° Diminuer la largeur de l’orchestre en mettant un rang de fauteuils de plus et en supprimant ceux placés dans les parties latérales.
« 6° Laisser l’orchestre tel qu’il est dans sa partie médiane et l’avancer dans les parties latérales, puis avancer en même temps le proscénium de 60 centimètres au milieu.
« (Cette dernière opération serait assez coûteuse et exigerait au moins huit jours d’interruption dans les
représentations; au surplus, si l’on se décidait a entreprendre ce travail, j’en dresserais les devis exacts et indiquerais le temps nécessaire à l’exécution.)
« Il y aurait enfin à faire, si on le voulait, non-seulement l’avancement du proscénium, mais encore celui de l’orchestre de la même quantité; mais, considérant ce dernier moyen comme ne devant pas être essayé, je l’indique seulement pour mémoire, me réservant de le combattre plus à fond, si l’administration pensait devoir l’employer.
« Voilà donc, Monsieur le Ministre, tout ce qui peut s’essayer au point de vue de l’acoustique de la salle. Je répète encore que, là-dedans, bien des choses me semblent inutiles et que cette acoustique vaut bien mieux que la nouvelle réputation qu’on veut lui faire. Je me permets d’insister sur les essais indiqués du deuxième au quatrième paragraphe et qui peuvent s’exécuter avec tant de facilité; mais enfin, si cela ne paraît pas suffire à la direction ou à l’administration, si, après les conférences que je pense avoir à ce sujet avec le nouveau directeur de l’Opéra, mes idées ne peuvent triompher, eh bien! Monsieur le Ministre, je ferai de mon mieux pour exécuter celles des autres; mais naturellement sans me porter garant du résultat des opérations.
de l’éclairage
c< Cette question est plus facile à résoudre que la première, puisque au sujet de l’éclairage des couloirs je
DE L’ECLAIRAGE
suis de l’avis de tout le monde ou plutôt tout le monde est de mon avis; car j’ai pu constater l’insuffisance de lumière lors de l’expérience de l’éclairage qui a été faite peu de jours avant l’ouverture du Nouvel Opéra.
« Je n’avais plus à ce moment le temps nécessaire pour dessiner et commander d’autres appai-eils ; les crédits étaient déjà dépassés; la fatigue m’avait envahi; bref, pendant les premiers mois, un peu indifférent à ce qui se passait dans un monument qui ne m’appartenait plus, je laissai les couloirs dans la demi-obscurité qu’ils avaient déjà et qu’ils ont encore plus en ce moment. Plus tard, j’aurais bien voulu remplacer les verres dépolis par des guirlandes à plusieurs becs, mais je n’avais plus aucun crédit disponible; la Chambre, qui avait une grosse note à payer, l’aurait certainement refusée et, d’ailleurs, M. Halanzier devenu le maître et seigneur de l’édifice avait chez lui, de par son cahier des charges, le droit de ne rien augmenter au luminaire!
« J’ai bien souvent regretté de n’avoir pas, de ma propre autorité, commandé immédiatement de nouveaux appareils alors que j’ai vu que ceux qui étaient placés n’étaient pas suffisants; les huit ou dix mille francs que cette installation aurait coûté, se seraient confondus dans les millions dépensés la dernière année de l’achèvement du théâtre, et je n’aurais pas eu pendant quatre ans l’ennui d’entendre une critique qui me touchait d’autant plus vivement qu’elle était fort juste.
« Puisqu’aujourd’hui, Monsieur le Ministre, vous voulez bien me demander mon avis sur ce qu’il y aurait à faire pour l’éclairage de l’Opéra, je mets en première ligne la nécessité qui s’impose de placer plus de lumières
I7o LE NOUVEL OPÉRA DE PARIS.
dans les couloirs, au moins dans ceux des trois étages principaux. Comme je le disais plus haut, dixmille francs seraient la dépense maximum nécessitée pour cette amélioration ; mais ce chiffre peut encore être réduit, et j’espère ne pas dépasser six ou huit mille francs. C’est au surplus un devis à dresser; le temps me manque aujourd’hui pour faire ce travail; mais, si vous le désirez, je vous l’enverrai à votre première réquisition , ainsi que les autres devis dont vous pourriez réclamer la rédaction.
a Si l’éclairage des couloirs est manifestement insuffisant, l’éclairage de la salle, bien que moins défectueux, laisse néanmoins encore à désirer maintenant; je dis, maintenant, car à l’ouverture de l’Opéra, la salle, quoi qu’on en ait dit, était une des plus claires de Paris. J’ai fait à ce sujet diverses expériences comparatives qui m’ont montré la réalité de cette assertion. Ce qui trompait un peu les spectateurs, sur la quantité de 1 éclairage, c’était beaucoup moins son intensité réelle que les dimensions de la salle. Les personnages étant à une grande distance les uns des autres, il est évident que l’on ne pouvait les apercevoir d un côté de la salle a 1 autre avec autant de netteté que si le vaisseau n eut pas ete plus grand que celui du théâtre du Palais-Royal. L eclaitage, à. ce moment, était donc dans de bonnes conditions, et je n’avais aucune modification à y proposer alors.
« Depuis cette époque, l’éclairage est moins intense. Cela tient à plusieurs raisons :
« i» Les conduites de gaz s’engorgent graduellement, d’une petite quantité il est vrai, mais non pas tout à fait inappréciable; les orifices des becs surtout diminuent progressivement et, malgré l’épinglage qu on leur fait
DE L’ECLAIR AGE. 17 1
souvent subir, ils ne laissent pas passer absolument autant de gaz que dans le principe.
2° Le gaz n’est presque jamais brûlé à grand feu et le robinet d’arrivée est toujours un peu fermé. Cela peut se modifier facilement, il est vrai, et les robinets peuvent s’ouvrir entièrement ; mais dans une soirée, lorsque, à plusieurs fois les feux des lustres sont modifiés par les exigences de la mise en scène, il arrive bien rarement que la manœuvre se fasse sans oscillation, et que les robinets particuliers obéissent complètement au robinet central. On prétend du reste que les employés au gaz, chargés par le directeur de l’Opéra de la manœuvre des feux, ne donnent pas le plein, afin de réaliser ainsi quelques économies. Je ne sais si la chose est réelle ; cela se peut; mais je m’empresse de dire que M. Halanzier ne doit être pour rien dans ce genre d’opération ; en tout cas, comme dans le nouveau cahier des charges, l’architecte du monument a le droit de surveiller la manœuvre de l’éclairage, il me sera possible de bien me rendre compte des mouvements des employés futurs.
« 3° La salle de l’Opéra était au moment de l’inauguration d’une teinte plus claire qu’elle 11e l’est actuellement. Le gaz a terni un peu les dorures et a un peu assombri les peintures. Je ne m’en plains pas; car l’harmonie générale ne peut que gagnera ces effets du temps; mais il n’en est pas moins vrai que la salle moins brillante reflète moins la lumière et que, par suite, l’éclairage, fût-il le même qu’autrefois, doit paraître moins intense.
« 4” Enfin, l’éclairage de la couronne de lumières placée autour de la salle, dans la frise de l’entablement,
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ne s’allume plus maintenant qu’une fois ou deux par an, les jours de premières représentations. Il y a donc encore dans cette suppression une diminution effective de l’éclairage total.
« Si l’on ajoute à tout cela les différences de pressions accidentelles qui surviennent dans les fournitures de gaz, on voit que l’intensité de l’éclairage de l’Opéra a dû diminuer quelque peu depuis le jour de l’ouverture du théâtre.
« Certes, cela pourrait aller encore ainsi pendant un certain nombre d’années; car, tel qu’il existe en ce moment, l’éclairage de la salle est, sinon fort brillant, au moins suffisant, surtout pendant le jeu, où cette salle doit être moins éclairée que la scène; néanmoins, il serait bien, peut-être, de lui rendre un peu de clarté, ce qui peut se faire de diverses manières.
« La première serait de nettoyer la salle par un lessivage, afin de lui restituer la tonalité primitive ; mais je me permets de repousser complètement ce procédé; car au point de vue de l’harmonie architecturale et décorative, la patine donnée par le temps et le gaz doit être respectée aussi longtemps que cela se pourra faire, et que cette patine ne sera pas dégénérée en malpropreté. Je pourrais tout au plus faire pratiquer un époussetage général.
« Le deuxième moyen serait d’installer des girandoles sur les colonnes de support. Ce système donne un effet brillant et éclaire bien les loges; mais je le repousse aussi complètement que je l’ai jadis repoussé; car il a l’inconvénient immense d’être une source de gène intense pour les spectateurs des secondes ou troisièmes
DE L'ECLAIRAGE
loges, dont les rayons visuels passent par ces girandoles pour aller jusqu’à la scène. Or, je ne pense pas qu’on ait le droit, pour le plaisir des yeux d’une grande partie des auditeurs, de mettre au supplice une autre partie du public, qui paie aussi sa place et demande à voir sans entrave et sans fatigue ce qui se passe sur le théâtre.
« Je repousse donc ce moyen, non pas comme artiste; car je sais les ressources que le système comporte et les bons effets lumineux que l’on peut en tirer ; mais bien comme architecte, comme philanthrope si l’on veut, devant tenir moins à l’apparence de son œuvre qu’au bienêtre de ceux qui doivent l’habiter.
« Le troisième moyen, celui le plus pratique et qui coûterait, en résumé, une somme assez minime, serait de rapporter une couronne de gaz à la partie inférieure du lustre. Cette couronne pourrait être munie de réflecteurs et de cristaux renvoyant la lumière dans les parties basses de la scène. Cela pourrait s’établir pour deux mille francs au plus, et se poser sans interrompre les représentations. Mais naturellement ce supplément de lumière, ainsi que celui des couloirs, occasionnerait une faible dépense également supplémentaire d éclairage, peut-etre de quinze a vingt fanes par soirée. Je ne pense pas, néanmoins, que ce supplément de dépense puisse être une entiave a la réalisation du procédé dont je viens de parler.
« On pourrait aussi allumer la couronne de lumières tous les soirs de jeu; de sorte que toutes ces légères modifications devraient, je pense, suffire pour donner à la salle de l’Opéra un peu plus de cette gaité que quelquesuns réclament.
« Enfin, il y aurait un dernier procédé dont j’avais
l’intention de me servir dans le principe, et que je n’ai pu mettre à exécution, parce que les moyens pratiques manquaient alors. Ce serait d’installer dans les quatre grands médaillons du dessus des arcs, dans la couronne lumineuse de la frise, quatre foyers électriques tamisés par des verres teintés, de façon à retirera cette lumière sa coloration un peu blafarde. Aujourd’hui que le système Jablochkoff permet d’installer facilement ces foyers, la mise eu œuvre serait des plus simples et l’essai de ce procédé d’éclairage peut être facilement tenté.
« Au surplus, comme le nouveau cahier des charges autorise l’Etat à faire à l’Opéra tous les essais d’éclairage qui lui sembleront intéressants, il sera toujours possible, à un instant donné, de faire cet essai dans les médaillons de la frise, soit pour un jour de fête, soit pour une représentation gratuite, soit pour un jour de première, et, de cette façon, on pourrait se rendre un compte exact de l’effet cherché et de l’effet produit.
« Les autres parties de l’Opéra : scène, dépendances, escaliers, etc., sont éclairées parfaitement, et il n’y aurait rien à y modifier ; mais il n’en est pas tout à fait de même quant à ce qui touche le grand foyer; non pas parce que ce foyer est incomplètement éclairé en tant que salle, mais parce que la votite en est un peu sombre, et que les peintures de Baudry qui le décorent peuvent souffrir des atteintes et des émanations du gaz.
«Je dis peuvent souffrir; mais je m’empresse de déclarer qu’elles n’ont pas encore souffert, et que, même jusqu’à un certain point, les pellicules de carbone déposées sur les peintures, les conservent mieux que n’importe quel vernis. Ainsi donc, il n’y a rien à craindre
DE L’ECLAIRAGE. 175
d’ici longtemps pour ces belles œuvres de mon ami Baudry. Mais si elles se conservent sous la pellicule charbonneuse qui s’est déposée sur elle, il faut bien reconnaître que ce préservatif pour l’avenir est un grand inconvénient pour le présent, en ce qu’il retire tout éclat au coloris élégant du peintre, et couvre ses toiles comme d’un voile de gaze sombre. Or, ce n’est pas pour être toujours ainsi sous une espèce de hotisse, que les artistes peignent leurs tableaux, et il est donc grandement à désirer que les peintures de l’Opéra puissent être admirées par le public, telles qu’elles ont été produites par leurs auteurs.
« Il est vrai que si on le voulait, dès à présent, il serait très-facile de passer sur ces toiles, soit un peu de mie de pain, soit un peu d’eau, et que cela leur rendrait immédiatement leur apparence première. Je m’en suis déjà assuré dans diverses parties de l’Opéra dans lesquelles j’ai fait faire quelques lavages ; les couleurs ternies par les parcelles du gaz ont repris tout leur éclat et toute leur intensité ; mais c’est là un moyen dont il faut user avec discrétion. Quelque légèrement que soit passée l’eau ou le pain, la peinture cède toujours un peu de son duvet, et lorsque ces peintures, comme en certains endroits celles de Baudry, sont exécutées par des frottis, il peut y avoir inconvénient grave à faire de fréquents lavages ; il ne faudrait donc user de ce procédé que si l’on ne trouvait pas un autre moyen.
« Or ce moyen existe; il n’est pas encore peut-être arrivé à son maximum de pratique; mais, tel qu’il est, il peut déjà fort bien suffire. C’est la lumière électrique qui peut s’installer dans le foyer, soit au-dessus des lustres,
conservés pour ornementation, soit dans des porte-feux spéciaux construits à cet usage.
« C’est affaire d’étude et peut-être alîaire d’un peu d’argent; mais rien de plus ; et le résultat est assuré si l’on donne aux globes contenant les bougies électriques, comme je l’ai proposé déjà souvent et comme je l’ai même essayé à diverses reprises, une teinte un peu jaunâtre qui tamiserait la lumière et la ferait se rapprocher de celle du gaz. De cette façon, tous les inconvénients de celui-ci sont supprimés ; plus d’odeur, d’émanations et les avantages sont conservés, c’est-à-dire lumière chaude et colorée, indispensable dans les intérieurs des monuments artistiques.
« 11 serait donc fort utile, Monsieur le Ministre, que votre administration ou celle des travaux publics mît à ma disposition une certaine somme, dix mille francs je suppose, pour procéder aux essais d’éclairage électrique dans le foyer de l’Opéra et même dans diverses autres parties de l’édifice ; car si l’on reconnaît qu’il y a urgence à conserver, ou plutôt à éclairer les toiles de Baudry, il faut penser que les autres artistes seront aussi désireux que leurs œuvres se présentent dans les mêmes conditions que celles de leur collègue.
« Il y a plus de trois ans que je demande cette somme de dix mille francs pour faire les essais dont je viens de parler. Cette somme m’a été promise et même proposée à diverses reprises ; mais les Ministres se succédaient rapidement, ainsi que les grands chefs de service, et les bonnes intentions de chacun d’eux n’étaient jamais réalisées. Peut-être, Monsieur le Ministre, est-ce à vous de donner cette fois une solution; mais ne tardez pas trop,
DF. L’F.CLAIRAGE.
les baux de trois, six, neuf, sont maintenant devenus bien rares dans les fonctions publiques.
« Pour en finir sur ce qui touche à l'éclairage, je vous demanderai de provoquer une autre solution : celle qui se rapporte à l’éclairage de la façade. Cet éclairage est de deux sortes : l’éclairage au gaz et l’éclairage électrique. Pour l’éclairage au gaz, il consisterait à installer, sur les piédestaux des balcons, des sortes de lampadaires donnant au milieu du portique du monument un peu de la clarté qui lui manque. J’ai déjà fait plusieurs fois cette demande, mais sans résultat. Pour l’éclairage électrique, il faudrait bientôt décider si celui qui est installé doit être considéré comme provisoire ou définitif. Dans ce dernier cas, je demanderais des modifications aux appareils qui sont maigres et mal disposés.
« Tout cela, Monsieur le Ministre, est un peu du ressort du Ministère des travaux publics, qui doit fournir les fonds; mais c’est pourtant de vous que doit dépendre la solution, car, si telle ou telle chose était demandée à mon ministre par votre administration, cela aurait plus de chances de réussite que si je faisais moi-même la demande. C’est donc à vous d’agir, Monsieur le Ministre, si vous trouvez mes propositions convenables.
<( Il serait trop long- d’indiquer ici toutes les phases par lesquelles a passé l’étude de la machinerie théâtrale
de l’Opéra, les travaux de la commission nommée à cet effet, et les études personnelles que j’ai faites de mon côté à ce sujet. 11 suffira de dire que le point capital de cette machinerie a été l’établissement du dessous du théâtre, combiné de façon à ce que le plancher de la scène pût s’élever ou s’abaisser par ensemble ou par partie, suivant les besoins de la mise en scène.
« Ce mouvement ascensionnel ou descensionnel était absolument demandé par tous les membres de la commission et par toutes les personnes qui se préoccupent du théâtre, et il semblait que la réalisation en 'serait saluée par d’innombrables bravos delà part des demandeurs. Je crois bien qu’il n’en a guère été ainsi à l’Opéra depuis son ouverture ; personne n’a songé à se servir de ce moyen puissant de mécanique scénique. Je dis songé, et non ne s’est servi ; parce que, de fait, le système n’a pu être complètement achevé, faute de temps et faute d’argent. Pourtant les engins principaux sont établis et rien n’empêcherait de le compléter suivant les besoins, au fur et à mesure que leur utilité serait démontrée. Ainsi, toutes les trappes des grandes et des petites rues sont équipées sur leurs supports, glissant à coulisse dans les poutres en fer des dessous; les trous de clavetage des tiges sont percés aux hauteurs désirables, et il ne manque, pour la manœuvre de ces pièces, que les espèces de chevalement les reliant les unes aux autres et l’équipe des fils s’enroulant sur les tambours de mouvement.
« La construction de ces engins manquants constitue, il est vrai, une grosse opération, et je comprends que ni le directeur de l’Opéra, ni les décorateurs n’aient pu composer leurs maquettes en supposant que ce qui est
DE L ÉCLAIRAGE
encore à faire pût être terminé à bref délai; mais au moins pouvait-on, en certains cas, essayer une ou deux rues, soit pour des enfoncements, soit pour des élévations de plancher. Cela pouvait se faire au moyen des procédés communément employés par les machinistes; enfin, ça se fera peut-être plus tard et cela se ferait certainement si les dessous de la scène étaient complètement aménagés pour ce système mobile.
« Je n’ai aucune intention critique en constatant l’oubli qui a été fait des planchers articulés de l’Opéra, n’ayant pas à me préoccuper de l’exploitation proprement dite ; mais je dois néanmoins en exprimerun regret, et cela seulement au point de vue de la construction. En effet, pour que les engins fonctionnent bien, il faut qu’ils soient quelquefois mis en mouvement ; si on les laisse trop longtemps au repos, ils finissent par s’oxyder et ne plus jouer dans leurs guides. C’est ce qui doit arriver sans nul doute pour l’Opéra. Depuis bientôt quatre ans que les dessous mobiles de la scène ne sont pas utilisés, il est à craindre que ceux-ci ne puissent manœuvrer, si un jour ou l’autre on s’avise de vouloir s’en servir, et cela serait d’autant plus regrettable que leur installation a coûté fort cher.
« 11 serait malheureux que cette somme de deux cent mille francs au moins, consacrée à l’établissement d’une partie du système demandé par la commission, n’eût aucune utilité, et il serait de bonne administration de compléter ce qui manque, afin de ne pas perdre le bénéfice de ce qui a été déjà fait. Je ne sais si, une fois le travail terminé, la nouvelle direction se servirait de la puissante machinerie mise à sa disposition ; mais au moins, si le sys-
tème était complet, on pourrait le faire fonctionner une fois tous les mois et le rendre ainsi toujours prêt à être mis en service le jour où on désirerait le faire manœuvrer.
« Si vous pensiez, Monsieur le Ministre, qu’il y eût avantage à compléter les dessous de l’Opéra pour cette installation définitive du plancher mobile, peut-être pourriez-vous exprimer votre désir à M. le Ministre des travaux publics, auquel, sur sa demande, j’adresserais les devis détaillés de l’opération.
« Si vous trouvez inutile de livrer ce plancher mobile à la nouvelle direction, M. de Freycinet sera certainement de votre avis, et il faudra dès lors considérer comme gaspillé l’argent déjà dépensé à ce sujet et comme sans but les travaux déjà exécutés.
« A part cette observation qui a réellement une grande importance, il n’y a rien à dire pour le reste de la scène de l’Opéra. Tout est aussi complet que possible agencé de la meilleure façon et aucune entrave n’est apportée, par la construction, aux machinistes et aux décorateurs. De même que la scène de l’Opéra est la plus grande des théâtres existants, on peut, sans craindre de se tromper, assurer qu’elle est aussi celle qui se prête le mieux, par ses arrangements et l’installation de son matériel, à toutes les combinaisons désirables relatives à la mise en scène de ce vaste théâtre.
DE L’ÉCLAIRAGE
K Je fais un paragraphe de cette division pour en montrer l'importance et indiquer qu'il y a quelques modifications à apporter dans l’exploitation des appareils ; mais, comme le nouveau cahier des charges donne droit à l’architecte de surveiller la mise en œuvre des engins, les améliorations se feront d’elles-mêmes par ce simple contrôle; le bon fonctionnement des appareils ne dépend pas ici de leur construction, qui est fort bien étudiée, mais surtout de la façon dont ils sont exploités.