‹ Le nouvel Opéra de Paris (volume 3)Chapitre 21 sur 55 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

J’aurais dû écrire ce chapitre le premier, parce que c’est parla cuve et par ses fondations que j’ai commencé l’Opéra ; mais ce n’est pas une raison parce que l’on doit faire une chose, pour qu’on la fasse, et cette grosse interversion le prouve bien.

C’est qu’aussi je pensais d’abord traiter la question d’art, puis ensuite les choses techniques, et je me promettais de donner beaucoup de détails sur cette opération qui n’a pas été sans me préoccuper fort; mais le temps s’est passé ; ces préoccupations sont oubliées ; la difficulté vaincue m’apparaît bien moins grande, et maintenant, n ayant guère envie de faire l’école buissonnière avant d’arriver au but, mon premier enthousiasme est bien calmé et mon désir de description bien diminué.

Je dois pourtant dire quelque chose de ces travaux primitifs, quoique, depuis vingt ans déjà qu’ils ont été exécutés, j’aie pu perdre le souvenir de quelques particularités. Je pourrais bien rechercher tout cela dans mes dessins et dans mes rapports ; mais j’ai horreur en ce moment de cette besogne de bénédictin, et je préfère dire les choses au courant de ma mémoire ; cela suffira, du reste, pour indiquer la marche et les moyens suivis.

2I8 le nouvel opéra de paris.

Disons d’abord que le nom de cuve que j’ai donné à ces basses fondations placées sous la scène vient de ce qu’elles forment comme un grand baquet rectangulaire, placé, il est vrai, sous la salle , mais néanmoins entouré d’eau de toutes parts. Je sais bien qu ordinairement une cuve a de l’eau en dedans ; mais elle peut pourtant etre enfoncée en partie dans l’élément liquide, etre vide à l’intérieur et ne pas moins en être cuve pour cela. En tout cas, ce nom de cuve a été admis dès le principe, il a continué à être employé, et aujourd hui il a conquis droit de cité et est resté pour désigner cette partie des fondations de l’édifice.

Vous savez tous, chers lecteurs, que le terrain sur lequel devait s’élever l’Opéra est formé de sable compacte, mais laissant filtrer en lui une nappe d’eau de grande étendue, d’une hauteur également fort grande, et ayant, malgré l’obstacle que lui présente cette conformation du sol, une vitesse de courant assez sensible. On a cru retrouver là l’ancien ruisseau de Ménilmontant. Il se peut que ce ruisseau passât dans le voisinage de l'Opéra; mais certainement il ne passait pas au-dessous; car les sables sont homogènes, sans dépôts ni alluvions d’aucune sorte, et il est sûr que, là, n’existait pas un lit quelconque de ruisseau quelconque. Je pense que c’est tout simplement la nappe d’eau souterraine qui alimente les pompes et les puits du quartier, ou du moins qui les alimentait lorsqu’il y avait encore des pompes et des puits, ce qui devient fort rare, maintenant que les eaux de diverses provenances alimentent' directement Paris sans le secours de seaux ni de pistons particuliers.

Enfin, que ce soit l’eau d’un ruisseau comble, ou

l’eau d’une couche aquifère, peu importe ; le fait est qu’il y avait et qu’il y a encore de l’eau sous l’Opéra et que cette circonstance a exigé des travaux particuliers de fondation.

D’après les exigences du programme à remplir et pour donner aux dessous du théâtre une profondeur suffisante, il fallait descendre les basses fondations jusqu’à cinq mètres environ au-dessous du niveau moyen de ces eaux souterraines, et garantir autant que possible ces dessous des infiltrations qui pouvaient se produire, sous peine de les transformer en champignonnières et en marécages. Or, comme l’eau est un ennemi puissant et que, malgré les précautions prises, on ne peut jamais répondre qu’une fissure ne se produise pas, lui donnant entrée (surtout lorsque la pression est extérieure et soulève les enduits au lieu de les maintenir), j’ai pris tout de suite le parti de faire de ces fondations comme une double enveloppe , qui garantît absolument l’intérieur de la seconde contre tout danger d’immersion. Supposons donc que, dans le baquet dont je parlais en commençant, on enfonçât un autre baquet plus petit, qui ne touchât que par des supports au fond et aux parois du grand baquet; on voit tout de suite que les infiltrations qui se manifesteraient pénétreraient tout d’abord dans l’espace vide laissé entre les deux récipients. C’est ainsi qu’a été combiné le système de la cuve de l’Opéra : le vide a été fait autour de l’enveloppe intérieure, et si des infiltrations se produisent, l’eau en résultant pourrait être enlevée au besoin par des pompes, sans gêner en rien le service qui se ferait dans Cette enveloppe intérieure. C’est là, j’en suis convaincu, une disposition qui retirait toute crainte d’envahissement

des eaux et qu’il était prudent de prendre; du reste, vous verrez bientôt que l’événement m’a donné complètement raison.

Le principe admis, il fallait construire, et comme je ne connaissais pas et ne connais pas encore de construction de ce genre, il a bien fallu que je cherchasse en moimême le moyen de réussir. J’ai, du reste, hésité fort peu et ai été fixé presque immédiatement sur les procédés à employer et que je vais décrire en prévoyant déjà que je serai plus long que je ne le pensais, si j’en juge par l’espèce de préambule que je viens de perpétrer.

Voici donc ce qui a été fait :

Une fois les fouilles générales exécutées, et lorsque pour les dessous de la scène elles furent arrivées au niveau de l’eau, je fis battre sur tout le périmètre à inscrire, et à une distance d’un mètre environ, deux rangées de pieux ferrés, enfoncés à la sonnette à vapeur. Ces deux rangées étaient espacées l’une de l’autre de deux mètres environ. Ce travail terminé, on commença à fouiller entre les deux rangées en même temps que des pompes Malo et Letestu manœuvraient pour épuiser les eaux, au moyen de quatre puits, profonds de dix mètres chacun, que j’avais fait creuser aux angles du parallélogramme. Pour commencer le travail deux pompes suffirent, et nous pûmes, par ce moyen, descendre déjà d’un mètre dans ces fouilles périmétriques. Au fur et à mesure que l’on creusait le sol, on plaçait des palplanches contre les poteaux, étrésillonnées contre les palplanches du côté opposé, et garnies par derrière, bourrées plutôt, avec de la paille, afin de s’opposer à l’aftbuillement des sables, qui, entraînés par les eaux, tendaient toujours à s’ébouler et à passer par

les interstices des palplanches. Le travail se continua de même, jusqu'au fond de la fouille, à plus de cinq mètres ; mais il fallut alors augmenter le nombre des pompes, qui progressivement fut élevé jusqu’à sept, débitant un volume d’eau considérable. J’ai calculé à cette époque que l’eau ainsi retirée équivalait à peu près à un volume ayant pour base la surface de la cour du Louvre et pour hauteur une élévation double de celle des tours Notre- Dame. Ces pompes ont marché sans interruption jour et nuit pendant deux mois consécutifs, non sans épuiser quelque peu les puits et les pompes existant encore dans le quartier ; de sorte que je fus contraint, pour éviter des réclamations devenant trop fréquentes, de faire établir des bornes fontaines alimentées par les eaux de la ville, là où l’épuisement se faisait sentir chez les voisins. Cela du reste avait peu d’importance; ce qui me préoccupait davantage, c’était la crainte que les eaux, en se 1 étirant de la couche siliceuse environnante, ne laissassent tasser celle-ci, et par contre que des effets ne se manifestassent dans les maisons du voisinage. Je fis plus d une visite discrète à ces maisons, notamment à celles de la rue Neuve-des-Mathurins, afin de voir si quelques tassements se manifestaient. 11 n’en fut rien heureusement ; car, si j’avais commencé l’Opéra en démolissant les constructions particulières, je crois bien qu’on ne me l’eût pas laissé achever.

Donc, grâce à ces épuisements, je pus mettre d’abord à sec les quatre tranchées pratiquées autour de l’emplacement de la cuve, garnir ces tranchées de plats-bords étrésillonnés fortement, et finalement construire, au milieu de tous ces bois d’étayement, un batardeau en

béton, ayant la forme d’un talus et qui devait soutenir la poussée extérieure des terres et des eaux, pour me permettre de travailler à la cuve proprement dite.

Tout se passa régulièrement; la construction fut bien assise et aucun mouvement de poussée ne se manifesta; c’est alors que commença le déblayement de la partie centrale, qui fut fait sans incident, bien que le centre fût encore à un niveau d’un mètre en contre-bas de la fouille du pourtour. Cette différence avait été établie afin de donner au béton, qui devait recouvrir le fond de fouille, une sorte de forme en cuvette et une épaisseur plus grande au milieu pour résister à la poussée des eaux, dont l’effet était plus à craindre au centre isolé qu’à la périphérie, maintenue par les murs de ceinture.

Pendant cette fouille, on retira naturellementla rangée de poteaux intérieure qui devenait libre; quant à celle de l’extérieur, placée entre le terrain etle batardeau en béton, elle ne devait pas être extraite, et elle restait dans le sol. Je me bornai seulement à faire recéper la tête des pieux.

J’ai fait à diverses reprises quelques essais sur la pression des eaux; celle-ci était très-violente; un arrêt d’un quart d’heure seulement sur une des pompes amenait l’eau filtrant à la surface; un arrêt d’un instant sur l’ensemble des appareils à épuisement, et l’eau jaillissait immédiatement de toute la superficie! Il n’y avaitdoncpas à douter : l’eau n’était pas une simple nappe qu’on pouvait épuiser pour longtemps ; elle se renouvelait incessamment et il fallait, dès lors, compter sérieusement avec elle. Heureusement le terrain de sable était bon, résistant, compacte et vierge, et les divers sondages que j’ai fait opérer, jusqu à la profondeur de dix mètres au-dessous des

basses fondations, me donnaient toujours pour résultat des sables de divers agrégats, mais toujours serrés et homogènes dans chacune de leurs couches. Je n’avais donc plus d’inquiétude sur l’assiette future du monument et avouez que c’est déjà quelque chose!

Lorsque la fouille fut complètement terminée, je fis mettre sur la surface totale une couche de béton bien dosée, avec un quart de ciment dans la composition du mortier de chaux hydraulique. Cette couche totale de béton de iln,20 d’épaisseur au pourtour et de 2m,20 au centre fut naturellement effectuée par couches particulières de o'“, 16 à o”, 20, fortement pilonnées, et les jonctions de chacune de ces couches furent faites a plein mortier, afin que leur soudure fût complète.

Ce béton général placé, je mis dessus : d abord une couche de mortier fin de o'“,io d’épaisseur, bien tassee et bien unie; puis une chape de mortier pour rendre la surface aussi plane que possible ; puis ensuite sur cette dernière surface, une chape en ciment, avec moitié sable d’une épaisseur de om,o5 et lissée à la surface supérieure. C’est alors que je commençai la plantation des murs de pourtour et des murs de séparation de la scène, avec le coidoir du fond. Lorsque cette plantation fut montée à une hauteur d’assise, je bourrai le plus possible, au moyen de ciment, la jonction du lit de pose de ces assises et de la surface par laquelle elle avait lieu ; puis, après avoir piqueté la pierre sur une certaine hauteur, je fis faire tout à l’entour de la construction comme une espèce de calfeutrement, également en ciment à forme concave, adoucie, rejoignant la surface du fond de cuve avec celle des parois des pierres.

Cela fait, je mis une nouvelle chape en ciment, pour cette fois de om,02 d’épaisseur, et dont le travail était conduit régulièrement du nord au sud, et qui partait du haut du calfeutrement ci-dessus indiqué, pour aller, en passant par la surface de la cuve, jusqu’au-dessus du calfeutrement opposé. Puis enfin, je fis faire une nouvelle chape de même matière et de même disposition ; mais, cette fois, établie en poursuivant le travail de l’est à l’ouest.

11 va sans dire qu’une fois les chapes terminées, et même au fur et à mesure de leur exécution, elles étaient couvertes de grandes bâches, recouvertes elles-mêmes de sable, arrosé fréquemment, afin que le soleil ne gerçât pas le ciment.

Tous ces travaux minutieux exécutés, commencèrent ceux de maçonnerie en pierre, formant les piles intérieures de support, et la continuation des murs de jonction. Ces piles furent placées sur le sol, à bains de mortier, de ciment et de sable, et montées jusqu’à la hauteur des sommiers des voûtes supérieures. Quant à la partie inférieure, elle se composa de voûtes renversées destinées à résister également à la pression souterraine. Ces voûtes furent construites en briques de Bourgogne, posées également à bain de ciment et jointoyées ensuite avec grand soin. Puis enfin une nouvelle chape en ciment fut étendue sur l’extrados de ces voûtes renversées, ainsi qu’un remplissage en béton destiné à former un sol horizontal. Quant à l’extérieur des murs de pourtour, ils furent d’abord jointoyés au moyen de cordes en chanvre enfoncées dans les lits et les joints, puis enduits par une chape en ciment de o1”, 04 d’épaisseur, faite en deux fois, sur deux directions différentes, de haut en bas, et de droite à

DE LA CONSTRUCTION DE LA CUVE. 22j

gauche; puis enfin, doublés d’un contre-mur en briques de Bourgogne, toujours garnies en ciment et jointoyées extérieurement. Puis, enfin, un béton ordinaire fut exécuté dans l’espace qui séparait les murs de pourtour du batardeau de construction, et, finalement, les voûtes supérieures des piles étant construites, la pesantéur totale des matériaux employés étant suffisante pour contrebalancer la poussée souterraine, et ne craignant plus dès lors le soulèvement des maçonneries, je fis arrêter le fonctionnement des pompes qui, ainsi que je l’ai dit, avaient marché sans interruption aucune, pendantl’espace de cinq mois.

Vous voyez quelles précautions avaient été prises! Vous voyez que je n’avais rien négligé pour me mettre à l’abri de tout accident! et cependant je n’étais encore qu’à moitié rassuré, sachant fort bien que les bétons exigent un certain temps pour avoir toute leur cohésion et que les cristallisations d’obstruction se font souvent à longue échéance.

Aussi j’attendais avec impatience l’instant où je pourrais constater la réussite complète de nos opérations.

Cependant, si j’avais le grand désir que tout se passât le mieux possible, il me semblait que je ne devrais pas être fâché si quelques infiltrations se manifestaient. En effet, si la cuve inférieure était absolument étanche, j’aurais alors exécuté des travaux inutiles, ou, tout au moins, j’aurais eu excès de prudence en exécutant la seconde enveloppe ! C’était du temps passé et de l’argent dépensé qu’on aurait pu économiser. Si, au contraire, des infiltrations se présentaient, cela montrait que j’avais eu grand’raison d’agir comme je l’avais fait, et de me défier

n. ij

d'une ennemie infatigable, ayant déjà causé bien des ennuis à plus d’un constructeur. Mais cette dernière interprétation, si elle constituait comme une affirmation donnée à mes appréhensions, n’en constituerait pas moins, d’un autre côté, comme une sorte d’échec éprouvé dans cette difficile operation. .1 avais déjà a cette epoque un certain nombre d’envieux qui n’eussent pas été fâchés de répandre le bruit de ma déconvenue.

Je n’étais donc pas sans quelques craintes du résultat futur; aussi, le soir même du jour où les pompes avaient été arrêtées, j’allai seul sur les travaux; et, du haut de la fouille, dans le couloir du fond qui n’était pas encore voûté, je vis comme quelques flaques d’eau sur le béton du sol ! Je sentis une violente commotion. Je visitai la chose de plus près, ne pouvant savoir encore si c’était bien des infiltrations qui se montraient, ou si c’était seulement le béton qui perdait son eau, peut-être mis en excès en cet endroit. Néanmoins, je pris une voiture et allai immédiatement prévenir de ce fait 1 entrepreneur des travaux, qui fut également surpris de l’incident, et qui, de plus, avait vis-à-vis de moi une responsabilité effective de construction ; les précautions prises paraissaient devoir être efficaces s’il n’y avait pas eu de malfaçon. — Le lendemain matin, à la première heure, nous nous retrouvâmes sur le chantier. L’eau avait encore augmenté , il n’y avait plus de doute ; ou bien quelque fissure s’était déclarée, quelque tassement avait eu lieu, quelques joints avaient été mal garnis, ou bien la ciistallisation n’était pas encore assez complète!

Je pris une résolution immédiate : je donnai 1 ordre à l’entrepreneur de faire, sans plus attendre, remettre

toutes les pompes en jeu; mais au lieu de rejeter l’eau retirée des puits dans les égouts de la ville, je la rejetai, ostensiblement devant tout le monde et les portes du chantier ouvertes, dans la cuve même, déclarant à chacun et même à mon personnel (sauf à mon ami Louvet), que l’expérience avait réussi, mais que, la chaux employée étant hydraulique, il fallait, pour qu’elle fût parfaite, consistante, qu’elle fût baignée dans l’eau pendant une année au moins ; et chacun admira ma sagacité et l’idée merveilleuse que j’avais de me servir de l’eau pour donner plus de résistance contre elle à nos matériaux.

■l’avais alors du temps devant moi; je pouvais laisser la cuve remplie jusqu’aux voûtes pendant un an, deux ans, trois ans même et plus; et, comme tout se passerait alors dans un endroit hors des yeux de la foule, je pouvais à mon aise interroger chaque joint, faire des visites minutieuses et réparer peu à peu les endroits qui paraissaient avoir souffert.

Je dois dire au surplus que, dans les circonstances ordinaires et l’opération ayant réussi complètement, si je n’eusse pas inondé la cuve aux yeux de tous, je l’eusse fait au moins en partie par raison. Je craignais toujours qu’une crue subite des eaux ne se manifestât, comme cela est arrivé d’après l’inspection des sables enlevés dans la fouille, oit la hauteur avait dépassé de trois mètres le niveau moyen, et, dès lors, la poussée aurait pu devenir trop puissante pour que les maçonneries, alors exécutées, pussent y résister. Aussi il devenait prudent de remplir la cuve pour s’opposer à cette sous-pression. De plus, j’étais convaincu que le temps coagulerait davantage les ciments et les mortiers, et que leur séjour dans l’eau

amènerait à un résultat plus prompt. Seulement, j’eusse fait cela après avoir constaté une réussite et il fallait que je le fisse pour cacher une défaite partielle !

Point n’est besoin de dire à présent que, par la suite, et à diverses fois, j’ai pu reconnaître la nature des infiltrations et leur opposer des obstacles qui, peu à peu, ont rendu la cuve parfaitement étanche, et que, si le résultat a été, non pas compromis, mais retardé à l’origine, il est maintenant parfait. Vous comprenez bien, du reste, que, s’il n’en était pas ainsi, je n’irais pas de gaieté de cœur vous dire mes petites misères, et que je laisserais croire, s il y avait encore de l’eau dans la cuve, que cela est conservé exprès pour le service d’incendie.

Ce ne serait pas du reste tout a fait invraisemblable, car il en a été souvent question, et je ne dis pas qu’à l'avenir on ne considérera pas la cuve comme un grand réservoir destiné à conserver une grande niasse d’eau disponible, en cas d’interruption dans la distribution des eaux de la ville.

Du reste, si l’on songe qu’avec une pression de cinq mètres de haut, il suffit qu’il y ait dans toute la surface de la cuve et de ses parois un petit trou de quinze millimètres de diamètre pour y amener une notable quantité d’eau en assez peu de temps, il ne faudrait pas croire qu’à l’avenir de petites infiltrations ne se manifesteront jamais. 11 faut toujours être en garde contre des irruptions de ce genre, qu’un tassement, même insensible, peut produire. En tout cas, elles ne nuiraient en rien au service du théâtre, assuré qu’il est par la double enveloppe qui le sépare des eaux et le met à l’abri de tout danger et même de tout inconvénient.

DE BIEN DES CHOSES DONT JE VOULAIS PARLER ET DONT JE NE PARLERAI GUÈRE OU NE PARLERAI PAS

En commençant ce grand travail d’écriture qui devait remplir un ou deux volumes, j’avais fait comme une liste des chapitres dont je voulais entretenir mes lecteurs. J ’ai pris sur cette liste à droite et à gauche, en haut et en bas, suivant que l’esprit du moment me conduisait vers telle ou telle chose. Maintenant, en parcourant cette liste, je vois encore bien des points qui pourraient servir de sujet à quelques dissertations artistiques ou scientifiques ; mais je me sens réellement fatigué de la besogne que j’ai entreprise, et je crois que vous avez autant que moi hâte d’arriver à la fin. Je vais donc faire un tout de ces sujets divers, les nommant seulement lorsque je ne saurai qu’en dire, ou m’y arrêtant quelque peu si quelques idées me viennent à la cervelle. Je serai peut-être insipide, peutêtre intéressant; je n’en sais rien, et nous verrons bien en route quel chemin nous prendrons. En attendant, je copie les titres inscrits suivant l’ordre, ou plutôt le désordre dans lequel ils se trouvent maintenant, depuis qu’ils sont restés comme épaves dans nia nomenclature générale. Les voici donc : des loges des choristes et des

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