‹ Le nouvel Opéra de Paris (volume 3)Chapitre 32 sur 55 · DES ESCALIERS DE L’ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

DES ESCALIERS DE L’ADMINISTRATION

La circulation est très-active dans les escaliers de l’administration, et surtout dans ceux destinés à faire communiquer la scène avec les loges et tous les services du théâtre. Dans de telles circonstances, il importe que les girons de ces escaliers soient en bois, car la montée et la descente sont plus faciles et plus sûres avec eux qu’avec des marches en pierre, surtout lorsque ces mouvements de descente et de montée sont rapides comme cela arrive fréquemment au théâtre après la fin de chaque acte, ou avant le commencement de l’acte. Déplus, il est important que ces marches ne soient pas de nature différente de celle des planchers, des loges, des couloirs,

et de celle de la scène, pour les danseuses principalement, qui pourraient glisser par suite de ces modifications du sol qui, d’ailleurs, s’il était en pierre, donnerait à leurs pieds si légèrement chaussés une impression de froid désagréable, et peut-être nuisible. Il faut donc que ces sortes d’escaliers soient en bois.

Mais le bois est inflammable, et, en cas d’incendie, si les escaliers se détruisent, la retraite est supprimée aux personnes séjournant à ce moment dans le bâtiment; il faut donc s’arranger pour que les escaliers en bois soient moins sujets à la combustion. C’est ce que j’ai cherché à faire en prenant un système mixte : j’ai construit, sur des espèces de limons en fer à T , une paillasse ayant la forme des marches, et qui, elle-même, peut servir à la descente et à la montée; puis, c’est sur cette paillasse bien arrasée que j’ai placé les marches pour former giron (les contre-marches étant en tôle). De cette façon, tout l’ensemble est bien moins sujet à prendre feu : le plâtre, parce qu’il résiste fortement à l’incendie; les bois, parce qu’ils n’ont que la surface extérieure exposée, et que l’inflammation dans ces conditions est bien moins prompte et moins à craindre. Si même ces marches se carbonisaient, le bois détruit, il resterait encore à peu près la forme des marches en fer et en plâtre, qui pourraient au besoin livrer passage aux fuyards.

Au surplus, les escaliers, entourés de murs de pierre de tous côtés, sont fort peu exposés à l’incendie; de sorte que l’on peut être à peu près convaincu que, en cas de sinistre, le sauvetage pourrait toujours être effectué. Je dirai de plus que ces escaliers sont doubles, c’est-àdire que les révolutions droites et successives se croisent

en allant en sens inverse, en donnant, par le profil général de l’ensemble, à peu près la figuré de ces jouets d’enfants, composés de petits bois assemblés en losanges et sur lesquels on fait marcher de petits soldats, en rapprochant ou écartant les branches du bas.

Ces révolutions doubles , qui se communiquent à chaque étage par un large palier, forment donc, en somme, malgré leur réunion, deux escaliers différents, qui peuvent être suivis soit dans tout leur parcours, soit dans telle ou telle partie de révolution que l’on veut, pour passer à son choix de l’une à l’autre. Or, comme il y a deux escaliers semblables, soit donc quatre, plus deux autres escaliers demi-circulaires aux extrémités des couloirs latéraux des loges, plus un grand escalier central conduisant de la scène au dehors , on voit qu’il y a sept escaliers mis à la disposition du personnel du théâtre ; c’est-à-dire, en tenant compte de leur largeur, une place suffisante pour que vingt-cinq personnes au moins puissent passer de front. On juge d’après cela combien les dégagements sont faciles, et l’on voit que, si un incendie se manifestait du côté de l’administration, chacun aurait des moyens de le fuir avec une grande facilité.

Mais je dois constater encore que, à part la scène qui contient assez de matières inflammables pour produire un violent foyer d’incendie, le reste du théâtre, escaliers, foyers, galeries, pavillons et administration ne peuvent théoriquement être atteints par les flammes, quelle que soit leur intensité. Les danseurs peuvent donc s’habiller en paix dans leurs loges, sans craindre un accident, qui pourrait causer peut-être une panique, mais qui serait sans danger pour leur personne.

DIVERS

DE l’ascenseur DES DÉCORS.

L’ascenseur des décors et des chevaux n’est autre qu’une grande cage suspendue par deux points d’attache, équilibrée par des contre-poids, maintenue par des guides, et mue par un treuil, système Bernier. Cette grande cage peut contenir douze chevaux et le chargement d’un chariot de transport des décors; la charge qu’il peut élever est de 12,000 kilogrammes environ, et le temps de l’ascension à la hauteur de douze mètres est de vingt-cinq minutes à une demi-heure. Si le treuil Bernier était actionné par un moteur à vapeur, au lieu d’être à bras d’homme ainsi qu’il l’est d’après les demandes de l’ancien chef machiniste, l’ascension pourrait se faire en cinq minutes; mais, tel qu’il est installé, le monte-charge suffit aux services de la cavalerie et des décorations. Je n’ai pas à décrire ici les détails de toute la construction de cet appareil, ainsi que des armatures diverses qu’il comporte; c’est de la mécanique plutôt que de l’architecture, et je me ferais des envieux si j’avais l’air d’être un homme universel.

11 resterait encore à parler des services de l’électricité appliquée aux effets scéniques; mais, si l’ascenseur est de la mécanique, l’électricité est de la physique : c’est assez pour que j’aie le prétexte de ne rien dire de cette installation, qui est du reste remarquable, dirigée qu’elle a été par M. Dubosq, dont j’ai déjà dit la science pratique dans un chapitre précédent.

J’ai donc fini tout ce que j’avais inscrit sur 111a liste,

et ne vois plus rien à dire, à moins de me perdre dans les infiniment petits. Je passe donc tout de suite au chapitre suivant qui a été imprimé avant que celui-ci ne fût écrit, de sorte que l’entrée en matière a l’air de faire double emploi ; mais ces quelques lignes vous feront voir au moins que je trouvais déjà le sujet épuisé, et que je cherchais à remplir ce volume par une prose qui ne fût pas mienne. De cela je suis certain d’être pardonné.

.l’emprunte à l’excellent travail de mon ami Charles Nuiter les pages qu’il vient de publier, dans l’inventaire général des richesses d’art de la France, en ce qui touche le nouvel Opéra.

Ce travail, fait avec le soin et la conscience dont le très-savant archiviste est coutumier, donnera à lui seul plus de renseignements techniques que je n’en ai mis dans tout le cours de cet ouvrage. Aussi ceux qui préfèrent les documents exacts aux discussions artistiques me sauront certainement gré de l’emprunt que Nuitter m’a autorisé à lui faire.

Dans tous les cas, j'y ai trouvé, moi, un moyen assez pratique pour arriver à terminer ce second volume, que je ne savais plus guère comment remplir.

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