‹ Le nouvel Opéra de Paris (volume 3)Chapitre 33 sur 55 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

L’édifice du nouvel Opéra n’a pas de passé, mais nous croyons qu’il ne sera pas sans intérêt de donner quelques détails sur les différentes salles que, sous différents noms, l’Académie de musique a occupées depuis son origine.

C’est à la date du 28 juin 1669 que Louis XIV accorda à Pierre Perrin le privilège d’établir à Paris une académie, « pour y représenter et chanter en public des opéras et représentations en musique et en vers françois » .

Perrin, poëte et pauvre, dut chercher des associés pour son entreprise. Il s’entendit avec le marquis de Sourdeac, connu pour son habileté à construire les machines théâtrales, et le sieur de Champeron fut le bailleur de fonds. Sotirdeac et Champeron passèrent, le 8 octobre 1669, un bail avec M. de Laffemas, et louèrent pour cinq ans, moyennant 2,400 livres de loyer, le j.eu de paume de la Bouteille, situé en face de la rue Guénégaud, sur l’emplacement de la maison qui porte actuellement le n° 42 rueMazarine, et le 11° 43 rue de Seine.

D après Castil-Blaze, la salle aurait été construite par Guichard, intendant des bâtiments du duc d’Orléans. Nous n’avons pu trouver aucune preuve à l’appui de cette assertion, ni savoir au juste à qui Castil-Blaze l’a empruntée. Du reste, il est probable qu’au point de vue artistique, cette salle n’offrait rien de remarquable.

L’ouverture eut lieu au mois de mars 1671. Le succès fut vif et durable. Sourdeac et Champeron ayant tout mis

en œuvre pour évincer Perrin de l'entreprise, celui-ci céda son privilège à Lully.

Un ordre du Roi fit cesser, le 30 mars 1672, les représentations de l’Opéra dans la salle de la rue Mazarine.

Plus tard, de 1673 à 1688, cette salle fut louée aux comédiens français, puis elle redevint un jeu de paume dont il subsistait encore quelques vestiges il y a une trentaine d’années.

Lully, pour n’avoir pas à subir les exigences de Sourdeac, qui, en vertu de son bail, détenait la salle de la rue Mazarine, fit construire par Vigarani une salle de spectacle dans un autre jeu de paume, rue de Vaugirard, du côté du palais du Luxembourg, entre ce palais et la rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel.

Cette salle, inaugurée le 15 novembre 1672, avaitun caractère essentiellement provisoire. On prétend même que l’Opéra revint donner quelques représentations à la salle de la rue Mazarine.

Bientôt l’Académie royale de musique devait être plus convenablement logée. Molière étant mort le 16 février 1673, le Roi donna à Lully la salle du Palais-Royal, occupée alors par la troupe de Molière.

Cette salle avait été construite en 1637 par Lemercier, d’après les ordres du cardinal de Richelieu, dans l’aile droite du Palais-Royal, alors Palais-Cardinal, à peu près à la place où est actuellement percée la rue de Valois.

Rien, au dehors, n’en signalait l’existence. C’était une salle de fêtes où le public n’était pas admis, et où l’on avait accès par l’intérieur du palais. Vingt-sept degrés sur lesquels on plaçait des sièges en occupaient à peu près toute la longueur, et formaient un amphithéâtre ter-

miné par un portique composé de trois arcades, auquel venaient se relier deux balcons dorés, posés l’un sur l’autre de chaque côté. Le plafond, peint par Le Maire (probablement Jean Lemaire dit Legros Lemaire), représentait une longue ordonnance de colonnes corinthiennes portant une voûte enrichie de rozons.

C’est là que l’on représenta Mirante. En novembre 1660, la troupe de Molière y transporta son théâtre. On avait du modifier l’œuvre de Lemercier. Les galeries avaient été transformées en étages de loges; pour donner accès au public, on avait construit un escalier à la droite du bâtiment, dans le cul-de-sac appelé Court Orry. De nouvelles modifications furent opérées lorsque Luliy s’installa dans cette salle en 1673. La toiture fut surélevée ; on éleva aussi le théâtre, afin de donner plus de profondeur aux dessous, pour le jeu des machines.

L’ouverture eut lieu le 15 juin 1673. C’est dans cette salle que furent donnés, en 1716, les premiers bals de l’Opéra. La décoration de la salle de bal était l’œuvre de Servandoni.

En 1732, la salle fut restaurée et ornée de peintures dues à Lemaire i. Au-dessus de la loge du roi, le buste d’Apollon, au-dessus de la loge de la reine, le buste de Minerve, étaient suivis, sur la même ligne des panneaux des deuxièmes loges, des bustes des plus célèbres poètes. Le rideau du théâtre présentait une composition dont les

1. Parfait, dans son Dictionnaire des Théâtres (additions et corrections, 1756) parle de deux Lemaire dont il n’indique pas les prénoms : le premier, peintre, architecte et décorateur, mort depuis plusieurs années; le second, fils du précédent, actuellement vivant. C’est le père, probablement, qui, en 1732, avait restauré la salle de l'Opéra.

figures étaient d’environ 7 pieds. Apollon y paraissait au milieu d’une gloire, sur le devant de l’autel des sacrifices, accompagné des différents génies et des Muses. Les armes du Roi formaient le couronnement de la bordure.

Cette salle fut détruite par l’incendie, avec une partie du Palais-Royal, le 6 avril 1763. Après Lully, l’Académie royale de musique y avait été dirigée par Francine, son gendre (1687), tantôt seul, tantôt avec divers associés ; Guyenet (1704), Francine et Dumont (1712), Besnier, Chômât, Duchesne et Laval de Saint-Pont, syndics des créanciers de l’Opéra (1713), Destouches (1728), Gruer (1730), Lecomte etLebœuf (1731), Thuret (1733), Berger (1744), Rebel, Francœur, de Tréfontaine (1747), Rebel et Francœur sous l’autorité du prévôt des marchands (1749), Royer (1734) et Levasseur (1753), dans les mêmes conditions; Rebel et Francœur (1757).

Pendant la construction d’une nouvelle salle, l’Opéra fut logé provisoirement aux Tuileries.

Dans l’aile construite par Louis Levait, entre le pavillon de Marsan et le pavillon central, avait été établie une salle de spectacle. Cette salle, achevée vers la fin de 1660, avait eu pour architecte Amandini. Vigarani en construisit les machines et les décorations. Le plafond était enrichi de sculptures dorées, et de peintures exécutées par Noël Coypel, sur les dessins de Lebrun.

Après avoir servi à des fêtes lors du mariage de Louis XIV et pendant l’enfance de Louis XV, la salle fut occupée par Servandoni, qui y. fit représenter, de 1738 à 1734, des pantomimes ou spectacles en machines. Elle fut dès lors désignée sous le nom de salle des Machines.

C’est sur l’emplacement de la scène seulement, que

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Soufflot, après l’incendie de l’Opéra, construisit une salle et un théâtre à peu près semblables à ceux qui venaient d’ètre détruits. La partie de la salle des Machines réservée aux spectateurs, et dont la décoration était une des plus riches que l’on connût, devint un magasin où l’on entassa les décors de l’Opéra.

La construction de la salle provisoire coûta 409,455 livres. L’Opéra y donna ses représentations du 24 janvier 1764 au 23 janvier 1770. Pendant cette période, à la direction de Rebel et Francœur succéda, en 1767, celle de Berton et Trial qui, en 1770, s’adjoignirent Dauvergne et Joliveau.

Ce même théâtre fut ensuite occupé par les Comédiens français, de 1770 à 1782, puis par les Bouffons italiens, de 1790 à 1791. C’est sur son emplacement que fut établie la salle des séances de la Convention ; plus tard, vers 1804, Percier et Fontaine construisirent dans la même partie du palais une salle de spectacle, une salle d’assemblée pour le conseil d’Etat et une chapelle.

Le 26 janvier 1770 eut lieu l’ouverture de la nouvelle salle construite par Moreau, au Palais-Royal. L’emplacement était à peu près le même que celui de l’ancienne salle. Celle-ci s’étendait davantage sur la droite. On peut s’en faire une idée assez exacte en prolongeant par la pensée l’architecture de l’aile droite actuelle du Palais- Royal, qu’elle continuait (moins les colonnes toutefois), jusqu’à la maison qui porte actuellement le n° 200, dans la rue Saint-Honoré. Au-dessus des sept larges arcades du rez-de-chaussée régnait un balcon de fer de près de t 00 pieds de long, de l’exécution du sieur Deumier ; au premier étage, le foyer était éclairé par sept grandes fenêtres.

Les ornements de la façade avaient été exécutés par Vassé, sculpteur du roi.

Le plafond de la salle, supporté par un entablement enrichi de groupes dus également au ciseau de Vassé, avait été peint par Durameau; il représentait les Muses et les Talents rassemblés par le génie des Arts, précédant Apollon qui paraissait sur son char.

C’est pour cette salle que Caffieri avait sculpté les bustes de Quinault, Lully et Rameau.

Le 8 juin 1731, un nouvel incendie détruisit la salle de Moreau; elle avait coûté 2,381,533 livres.

Les directeurs qui se succédèrent dans cete salle furent : Berton, Dauvergne et Joliveau (1771); les mêmes, associes a Rebel (1773), puis sans lui (1775); Berton seul (ï776), Buffault et Berton (1777), Devismes du Valgay (1778), Devismes et Buffault (1779), Berton et Dauvergne (1780), Dauvergne, Gossec et le Comité (1781).

La construction d’une salle provisoire fut décidée. L Opéra, pendant ce temps, donna des représentations de ceux de ses ouvrages qui exigeaient le moins de mise en scène, sur le petit théâtre des Menus-Plaisirs, rue Bergère. C est sut 1 emplacement de cette salle qu’est construite la salle actuelle des concerts du Conservatoire. Les représentations y commencèrent le 14 août 1781.

De là, 1 Opéra passa dans une salle construite avec une rapidité exceptionnelle sur 1 emplacement du mag'asiti de l’Opéra, boulevard Saint-Martin. Lenoir, par sa soumission du 21 juillet 1781, s’était engagé à terminer la construction en soixante-cinq jours ; les travaux commencèrent le 2 août, et l’inauguration eut lieu le 27 octobre, par une représentation gratuite.

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En y comprenant la valeur du terrain et le prix de deux maisons, acquises pour établir le foyer du public , les dépenses s’élevèrent a i?2^8,6^i livres 9 sous t deimei.

Les représentations de l’Opéra eurent lieu dans cette salle jusqu’au mois d’août t 794- ^es directeurs furent: Dauvergne (1782), Jansen etle Comité (1784), Dauvergne, F rancœur neveu et le Comité (1785), Francœur, sous l’autorité de la municipalité (1791), Francœur et Cellerier (1792), le Comité des artistes (1793).

L’Académie de musique, devenue Académie royale avec Lully, n’avait pas changé de titre jusqu’en 1791. Le 24 juin 1791, elle prit le titre à’ Opéra. Elle s’appela ensuite tour à tour: Académie de' musique, le 29 juin; Académie royale de musique, le 17 septembre; Académie de musique, le 15 août 1792; Opéra, le 12 août 1693, et Opéra national, le 27 vendémiaire an 11 (18 octobre 1793)- Les dates indiquent suffisamment les événements politiques qui amenèrent ces fréquents changements de titre, avec lesquels nous n’en avons pas fini.

Louis, l’illustre architecte du théâtre de Bordeaux et du théâtre des Variétés amusantes (depuis Théâtre- Français), avait construit, en 1793, pour la citoyenne Brunet Montausier, un vaste théâtre qui occupait, rue de la Loi, toute la surface actuelle du square Louvois.

Ce théâtre parut plus convenable que la salle du boulevard Saint-Martin, et l’Opéra s’en empara, en vertu d’un décret du 27 germinal an II.

L’aspect extérieur de la salle était sévère : au rezde-chaussée, onze arcades ; au premier étage, les onze fenêtres du foyer du public ; au-dessus, onze lenetres plus petites, éclairant une salle qui pouvait servir de lieu

de réunion à des clubs; une extrême sobriété d’ornementation. Au dedans, la salle présentait la disposition justement admirée, qui devait être conservée dans la salle de la rue Lepeletier. Huit colonnes accouplées, formant avant-corps, supportaient quatre grands arcs doubleaux, au-dessus desquels la coupole reposait sur un riche entablement. Le même parti a été adopté par l’architecte du nouvel Opéra. C’est dans cette salle que, à l’inauguration de l’Opéra, le public trouva pour la première fois des sièges au parterre.

Quelques modifications de détail furent apportées par Raymond et Brongniart en l’an V, par Delannoy en 1808. Enfin la salle venait d’être complètement restaurée par Debret en 1820, quand, le 13 février, le duc de Berry fut mortellement frappé à la porte du théâtre. A la suite de cet attentat, il fut décidé que la salle 11e servirait plus à des représentations théâtrales, et qu’elle serait démolie.

Voici quelle avait été, dans cette salle, la série des directeurs de l’Opéra : an IV, La Chabaussière, Parny, Mazade, Caillot ; an V, le Comité des artistes ; an VI, Francœur, de Nesle, Baco ; an VIII, Devismes, Bonet de Treiches, puis Cellerier; an IX, Bonet de Treiches; an X, Cellerier ; 1802, Morel Lemoyne ; 1803, Bonet; 1807, Picard; 1813, Choron, Persuis ; 1817, Courtin, Persuis ; 1819, Viotti.

Le théâtre y reçut tour à tour les dénominations suivantes : an II, 20 thermidor (7 août 1 794), Théâtre des Arts; an V, 10 ventôse (28 février 1797), Théâtre de la République et des Arts; 1802 (24 août), Théâtre de l'Opéra, 1 804 (29 j uin) , Académie impériale de musique : 1814 (3 avril),

Academie de musique ; 1814 ($ avril), Académie royale de musique; 1815 (21 mars), Académie impériale de musique; 1815 (8 juillet), Académie royale de musique.

Réduit de nouveau à s’installer dans des salles provisoires, l’Opéra donna des représentations à la salle Favart. Cette salle, construite en 1782, par Heurtier, pour la Comédie italienne, avait été modifiée par de Wailly en 1783, par Bienaimé en 1797, et restaurée par Peyre et David en 1814. L’Académie royale de musique l’occupa du 19 avril 1820 au 1 1 mai 1821 .

Plus tard, cette salle, restaurée parLecointe et Hittorf, pour le Théâtre italien, fut incendiée et reconstruite en 1840 par Charpentier.

L'Opéra donna aussi, en 1821, quelques concerts et deux représentations dans la salle Louvois.

Cette salle, située place Louvois, avait été bâtie par Brongniart. Elle fut ouverte le 16 août 1791. Elle fut restaurée en 1801, par Peyre et Clément. Le Théâtre- Italien y joua de 1804 à 1808, et de 1819 à 1823. Pendant cette dernière période , il fut administré par la Direction de l’Opéra.

M. de Choiseul, après avoir cédé l’hôtel et les jardins sur l’emplacement desquels fut construite la salle Favart, avait acquis de l’autre côté du boulevard l’hôtel bâti par Carpentier pour M. Bouret, et qui avait passé ensuite au fameux financier de La Borde. Sous la Révolution, cet hôtel servit à des ventes publiques de meubles. Plus tard, on y installa le ministère de la guerre, et, en 1812, le ministère du commerce et des manufactures. L’état-major de la garde nationale y fut aussi établi. Ce vaste hôtel, dont le jardin s’étendait jusqu’à la rue Le-

peletier, se trouvait sans destination en 1820. On y transporta l’Opéra. Une salle provisoire fut construite par M. Debret, sur l’emplacement du jardin ; les appartements et les dépendances de l’hôtel furent utilisés pour le service et l’administration.

La façade sur la rue Lepeletier présentait deux étages de portiques, chacun de neuf arcades ; au rezde-chaussée, deux avant-corps étaient surmontés de terrasses. L’étage principal, décoré de huit colonnes ioniques, portant autant de statues adossées à l’attique, présentait une imitation du portique de la basilique de Vicence. Quant à l’aspect de la salle, Debret avait conservé l’ordonnance de Louis, et les colonnes, la menuiserie des loges, une partie de la charpente étaient les matériaux mêmes de la salle démolie. L’ouverture eut lieu le 16 août 1821.

En 1834, MM. Visconti et Rohault réparèrent la salle, sans y apporter de notables modifications. En 1863, de nouveaux travaux eurent lieu. C’est à cette époque que le plafond de la salle fut peint par MM. Lenepveu et Boulanger.

Ce plafond présentait quatre groupes principaux , reliés par des figures debout.

Au-dessus de la scène, Apollon, personnifiant le génie de l’art, était entouré des Muses. A sa droite, un Amour tenait l’arc et le flambeau ; Polymnie semblait déclamer ; à sa gauche, Uranie, le front constellé, était couchée; puis venaient Calliope assise, Clio, Thalie, Melpomène. A la droite de Polymnie, Euterpe, Erato, 1 erpsichore. Ensuite, le groupe de la musique personnifiée par trois femmes : l’une, au milieu, debout, tenant la harpe ; les deux autres, assises ; celle de gauche, la musique chan-

tante, jouant d’un instrument à archet ; celle de droite, la musique dansante, jouant de la ^ampogna . Une femme jouant du tambourin, un homme et une femme (la danse pastorale), une nymphe et un Amour (la danse amoureuse), reliaient le groupe de la musique au groupe de la danse, placé au fond de la salle, et formé par Thalie, Aglaé, Euphrosyne dansant ; plus loin , un faune suivi de sa lionne représentait la danse bachique ; un groupe de deux hommes armés, la pyrrhique ou danse guerrière. Une sorcière attisait un foyer, près duquel se dressaient des serpents ; des chauves-souris voltigeaient autour de sa tête. Ensuite, le groupe de droite était composé d’une femme debout représentant la Tragédie, ayant à sa gauche Tisiphone, à sa droite Mégère et Alecto; plus à droite, une ombre, debout, rejoignait la figure de Melpomène, que nous avons déjà citée.

Toutes ces figures avaient été peintes par M. Lenepveu, à l’exception des sept figures de la danse amoureuse, des Grâces, de la danse bachique et de la danse guerrière, qui étaient l’œuvre de M. Gustave Boulanger.

Le foyer du public était orné des bustes suivants :

Du côté de la salle : Halévy, Cherubini, Lesueur, Lully, Quinault, Mehul, Sacchini, Gluck, Beethoven, J. -J. Rousseau.

Du côté de la rue Le Peletier : Meyerbeer, Adam, Voltaire, La Fontaine, Homère, Spontini, Paer, Rameau, Racine, Philidor, Molière, Etienne.

La plupart de ces bustes, rangés, comme on le voit, dans un ordre peu méthodique, étaient en plâtre. Le Lully et le Quinault étaient d’anciens marbres. Le Gluck était l’œuvre de Houdon.

Au vestibule d’entrée, on avait placé, depuis 1846, une statue en marbre de Rossini, assis, de M. A. Étex.

Le foyer des artistes du chant était décoré des portraits de Donizetti. de Mrac Branchu, et de Laïs dans son rôle d’Anacréon.

Les bustes, la statue de Rossini et les tableaux ont été détruits lors de l’incendie qui éclata dans la nuit du 27 au 28 octobre 1873.

Il ne resta rien du théâtre ni de la salle. Le feu, malgré son intensité, respecta presque complètement les anciens bâtiments de l’hôtel Choiseul. Toute la partie située sur la rue Drouot demeura intacte. Le fronton de la façade, qui de ce côté donnait sur la grande cour d’honneur, était orné de figures représentant des enfants jouant avec un lion et un tigre. Ces figures étaient l’œuvre du sculpteur Sébastien Adam dit Adam le cadet; elles avaient été exécutées vers 1755.

L’Opéra fut dirigé, dans la salle de la rue Lepeletier, par Habeneck (1821), Duplantys (1824), Lubbert (1828), Véron (1831), Duponchel (1835), Duponchel et Ed. Monnais (1840), Léon Pillet (1841), Duponchel et Roqueplan (1847), Roqueplan (1849), Alphonse Royer (1836), M. Émile Perrin (1862), M. Halanzier (1871).

Pendant ce temps, ce théâtre porta successivement les dénominations suivantes:

1821, Académie royale de musique; 1830 (4 août), Théâtre de l’Opéra; 1830 (10 août), Académie royale de musique ; 1848 (26 février), Théâtre de la Nation; 1848 (29 mars), Opéra, Théâtre de la Nation ; 1830 (2 septembre), Académie nationale de musique; 1831 (2 décembre), Académie impériale de musique ; 1834 (i"' juillet), Théâtre im-

périal de V Opéra ; 1870 (4 septembre), Théâtre national de l'Opéra.

Après l’incendie, l’Opéra donna des représentations dans la salle Ventadour.

Cette salle, construite en 1828 par MM. Hervé et Guerchy, avait été successivement occupée par le théâtre de l’Opéra- Comique, le Théâtre-Nautique, la Renaissance, et le Théâtre-Italien . En 1868, le Théâtre-Lyrique y avait aussi donné des représentations, aux jours laissés libres par la troupe italienne. La même combinaison permit à l’Opéra de s’y installer provisoirement le 19 janvier 1874, et jusqu’à l’ouverture de la nouvelle salle.

Les terrains sur lesquels le nouvel Opéra est construit appartenaient, vers le milieu du siècle dernier, aux religieux mathurins. Dès 1769, ils en cédèrent une partie, à titre de bail emphytéotique, à plusieurs particuliers, parmi lesquels se trouvait le sieur Sandrié, qui donna son nom au passage que la construction du nouvel Opéra et de ses abords fit disparaître, ainsi que la rue Basse-du-Rempart, l’hôtel d’Osmond *, etc.

C’est par un décret du 29 septembre 1860, qu’a été déclarée d’utilité publique la construction d’une nouvelle salle d’opéra, sur un emplacement sis entre le boulevard des Capucines, la rue de la Chaussée-d’Antin, la rue Neuve-des-Mathurins et le passage Sandrié.

1. il résulte de documents conservés à la Bibliothèque de la ville de Paris, que, par acte du 16 février 1769, approuvé et confirmé par lettres patentes données à Compiègne le 17 août 1722, les religieux mathurins ont cédé à bail, pour quatre-vingt-dix-neuf ans, à M. François- Jérôme Sandrié, charpentier, entrepreneur de bâtiménts, un terrain de nature de marais, contenant quatre arpents dix toises de superficie, situé aux Porcherons, dans la rue Neuve-des-Mathurins, du côté de la Chaussée-d'Amin.

Un arrêté du 29 décembre suivant ouvrit un concours et en détermina les conditions. Un delai d un mois était accordé aux concurrents.

Le jury était ainsi composé : M. le comte Walewski, ministre d’État, président; MM. Lebas, Gilbert, Caristie, Duban, de Gisors, Hittorff, Lestteur, et Lefuel (membres de l’Académie des beaux-arts, section d architecture), et MM. de Cardaillac, Questel, I.enormand, et Constant Dufeux (membres du conseil général des bâtiments civils) .

Cent soixante et onze projets furent présentés et exposés. Le jury n’accorda pas le grand prix, mais distingua cinq de ces projets, et désigna celui qui portait le n° 6 pour le premier prix de 6,000 francs; le n» 34, pour le prix de 4,000 francs ; le n° 17, pour le prix de 2,000 francs ; les n”’ 29 et 38, chacun pour un prix de 1,300 francs.

Les auteurs de ces projets étaient MM. Ginain (n° 6), Crepinet et Botrel (n° 34), Garnaud (n° 17), Duc (n° 29), Ch. Garnier (n° 38).

Le jury, en outre, exprima le vœu qu’un nouveau concours fût ouvert entre les auteurs des cinq projets récompensés.

A la suite de ce concours définitif, le projet de M. Charles Garnier fut choisi à l’unanimité, et l’exécution lui en fut confiée. Le rapport concluait en ces termes : « Le travail de cet architecte a été jugé réunir des qualités rares et supérieures , dans la belle et heureuse distribution des plans , l’aspect monumental et caractéristique des façades et des coupes.

« Ancien pensionnaire de l’Académie de France à Rome, M. Garnier, qui se recommandait déjà par ses

succès académiques et ses excellentes études des monuments de Tltalie et de la Grèce, a acquis les connaissances pratiques qui lui permettent de remplir avec distinction la glorieuse mission qui lui sera confiée. L’exécution de son projet promet une salle d’opéra digne de Paris et de la France. »

11 serait superflu de constater combien ces prévisions du rapport ont été justifiées par l’achèvement de l’édifice, et à quel point le public a confirmé le jugement du jury.

Les travaux, commencés en août 1861, interrompus pendant les événements de 1870 et de 1871, étaient loin d’être achevés lorsque, dans la nuit du 28 au 29 octobre 1873, la salle d’opéra de la rue Lepeletier fut détruite par l’incendie.

Les travaux du nouvel Opéra reçurent une active impulsion. L’achèvement de certaines parties du monument (le pavillon ouest et le glacier), fut différé, et l’inauguration eut lieu le 5 janvier 1873, par une représentation par ordre, dans laquelle on exécuta différents fragments d’opéras et de ballets *. A la sortie, l’architecte, reconnu, fut acclamé par la foule des spectateurs.

La série ordinaire des représentations commença le vendredi 8 janvier.

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