‹ Le nouvel Opéra de Paris (volume 3)Chapitre 4 sur 55 · DU FUMOIR, DE LA BIBLIOTHEQUE ET DU SERVICE DU CHEF DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

DU FUMOIR, DE LA BIBLIOTHEQUE ET DU SERVICE DU CHEF DE L'ÉTAT

Ces divers services n’étant pas encore aménagés au moment où j’écrivais le premier volume de cet ouvrage, j’avais ajourné jusqu’après leur achèvement ce que je pouvais vous en dire. Si cet achèvement n’est pas complet aujourd’hui, au moins quelques questions préliminaires sont résolues, et je puis partir de ce qui a été décidé pour vous parler un peu de ce qui s’est fait et de ce qui se fera.

Ce qui s’est fait, c’est un vote d’un crédit de 200,000 francs attaché à ces travaux, et la résistance continue, mais inefficace que j’ai opposée à cette allocation. Ce qui se fera et qui même est déjà à moitié exécuté, c’est le changement d’attribution des pièces autrefois destinées au fumoir et au service du chef de l’Etat et leur transformation en salles d’archives, de bibliothèque, de musée, etc., qui, paraît-il, étaient vivement réclamées par le public.

Vous pensez bien que je suis très-médiocrement satisfait de cette détermination et que ce n’est pas ma faute si elle a été prise. J’ai lutté plus de deux ans, à

- •• /■ , m umm^m

ma façon, pour qu’on ne transformât pas l’Opéra en magasin à bouquins et en boutique de bric-à-brac. Je n ai pu triompher de la puissance, de la persévérance et de l’idée fixe de mon cher ami Charles Nuitter.

On saura peut-être un jour qu en résume 1 administration des Bâtiments civils pensait m être agréable en faisant une chose qui lui semblait utile ; mais on ne saura jamais combien Nuitter a déployé d’énergie, de diplomatie et de sollicitude pour faire croire que l’Opéra sans archives était un crâne sans cervelle, et pour mettre en même temps la main sur tous les locaux non encore livrés dans le monument, lia outrageusement abusé de sa situation particulière de fonctionnaire accompli qui, nonseulement ne reçoit aucun traitement, mais qui encore paye largement de ses deniers les curiosités qu il empile à l’Opéra. Comment voulez-vous que l’on résiste à un homme aussi poli que M. de Coylin, et qui a crée à lui tout seul un dépôt de vieux papiers et de vieilles images, que vingt employés ordinaires mettraient cent ans à trouver ? Nuitter est l’idéal de la patience, de la complaisance, du dévouement, de l’amabilité, et c est aussi l’idéal, le comble , pour employer ce mot parisien, de la volonté calme et continue, qui arrive à petits pas et sans faire de bruit. Nuitter ne monte pas à cheval sur une trompette ; il prend simplement 1 omnibus et, sans se presser, mais sûrement, arrive au but qu’il s’est choisi.

Il s’était dit : « Je créerai des archives à l’Opéra », et il en a fait sortir de sa bourse et d une cave humide, qui recevait jadis les détritus des partitions. Il s était dit . « 11 y aura une belle bibliothèque au nouvel Opéra », et il a eu sa belle, très-belle bibliothèque, qui satisferait plus

Page 1