‹ Le nouvel Opéra de Paris (volume 3)Chapitre 3 sur 55 · V- ' C: • HV'-fT'KSIM · texte numérisé non relu

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par des panneaux en bois de diverses dimensions, qui peuvent glisser à rainure et laisser le plancher à jour; ces panneaux ont le nom de grandes trappes. C’est par ces grandes trappes, une fois ouvertes, que descendent ou montent les praticables venant des dessous, les grands bâtis, ouïes acteurs qui apparaissent sur la scène ou ceux qui en disparaissent. Ces mouvements se produisent aussi a 1 aide de fausses trappes, ouvertures de formes variables, pratiquées dans la trappe même et fermées par des panneaux mobiles. Les petites rues sont formées également de panneaux naturellement plus étroits que les précédents et qui glissent à coulisse ou se relèvent à charnière; on les nomme trappillons. C’est par les petites rues que s élevent ou s’abaissent les fermes ou châssis de décoration, venant des dessous. Quant aux costières, la rainure qui les indique et qui se clôt au moyen de languettes de bois, soutenues par de petites pattes en fer, sert à laisser passer 1 âme des mâts ou portants qui peuvent traverser tout le théâtre, emportés par les chariots roulants sur le plancher du premier dessous.

C’est à cela seulement que se réduisent actuellement les manœuvres du plancher du théâtre, et cela suffit à peu près à toutes les évolutions que l’on veut produire, sauf Une seule fort importante dont nous allons nous occuper bientôt.

Tout cet ensemble de plancher repose sur des pièces de bois, qui traversent tout le théâtre, et qu’on appelle sablières. C’est sur ces sablières que se pratiquent les rainures où s’effectue le glissement des trappes; c’est la partie fixe de l’établissement. Mais ces sablières ne peuvent être soutenues dans le vide, et elles ont de nom-

breux points d’appui; ces points d’appui ne sont autres qu’une multitude de poteaux verticaux', assis sur le fond de la scène, et qui montent jusqu’au-dessous de ces sablières du plancher. Cette projection verticale ne se fait pas d’un seul jet; de distance en distance, des espèces de planchers parallèles au plancher de la scène coupent les supports, et divisent toute la hauteur des dessous en plusieurs étages superposés, qui, au contraire de ce qui se fait pour les édifices, augmentent de nombre dans le numéro qui les désigne, à mesure qu’ils descendent plus bas. Le premier dessous est situé immédiatement au-dessous du plancher du théâtre; le second dessous vient ensuite en contre-bas, puis le troisième, qui est souvent le dernier; en tout cas, ce nom de dernier dessous est acquis au sol qui se trouve le plus enfoncé. Dans le premier dessous se meuvent les chariots; quant aux autres dessous, ils servent soit à la manœuvre et à l’équipement des bâtis et des fermes, soit à l’emplacement des tambours, treuils, cordages, et autres engins, destinés à produire tous les mouvements.

On comprend que pour laisser passer en entier soit les fermes, soit les grands bâtis qui ont parfois de grandes dimensions, et qui, lorsqu’ils sont descendus sous les planchers, occupent ou peuvent occuper toute la hauteur des dessous, on comprend, dis-je, qu’il faut que toutes les rues petites ou grandes, soient complètement libres de la base au sommet. Cette condition montre tout de suite qu’il ne peut y avoir aucune liaison fixe entre les poteaux ou les sablières de plans différents, puisque ces liaisons fixes apporteraient une entrave à la liberté complète de chaque rue. 11 en résulte que toute la

construction des dessous est isolée dans un sens, et est sollicitée à se déverser soit en arrière, soit en avant. On s’oppose à ce déversement, d’abord au moyen des trappes du plancher de la scène, qui servent de liaison à la partie supérieure, lorsqu’elles ne sont pas ouvertes, puis de crochets en fer appelés crochets d’écartement, et qui rejoignent et rassemblent deux poteaux ou deux sablières consécutives, lorsque pour les exigences du service, les rues n’ont pas besoin d’être dégagées. Lorsque le cas contraire se présente, on en est quitte pour retirer tous les crochets d’une même travée, puis pour les remettre lorsque les mouvements se sont effectués.

On voit par cette description, un peu ardue sans doute, que tout ce qui constitue l’ensemble des dessous d’un théâtre n’a pas et ne peut avoir une rigidité et une solidité parfaites. Aussi après quelques années de service, il est souvent nécessaire de remanier quelques parties plus ou moins déformées et il est nécessaire surtout de s’opposer au déversement insensible, mais presque continuel, qui se fait vers le mur de face, déversement sollicité surtout par le poids des fermes accrochées sur les sablières du côté qui regarde la salle. On remédie plus ou moins à ce dévers en construisant les poteaux, non pas rigoureusement verticaux, mais au contraire un peu inclinés en arrière; de cette façon la résistance à l’entraînement est plus forte et l’inconvénient moins imminent.

Disons tout de suite, et pour ne plus revenir sur cet inconvénient, qu’il est fort possible d’y porter remède, aujourd’hui où le fer nous offre tant de ressources; des fermes en tôle peuvent traverser le théâtre de la cour au

jardin, et se sceller dans les parois latérales, ce qui sera déjà presque suffisant pour empêcher le dévers. Les poteaux de support peuvent aussi se construire en fer ou en fonte, et avoir une section combinée de telle sorte que la rigidité d’assiette soit plus grande que celle des poteaux en bois; enfin mille moyens sont offerts maintenant à l’architecte pour établir avec une solidité très-suffisante tout cet ensemble des dessous, et l’inconvénient que j’ai dû signaler peut être à peu près évité.

Occupons-nous donc seulement des effets favorables ou défavorables que l’on peut produire avec le système actuel, et cela nous dira de quel côté il faudra chercher à le perfectionner.

Les avantages sont ceux-ci : à quelque plan que ce soit, on peut faire monter ou descendre des fermes; à quelque plan que ce soit, on peut placer les portants qui soutiennent les châssis de décoration, que ces châssis soient placés parallèlement ou obliquement par rapport à la face du théâtre; à quelque plan enfin que ce soit, on peut faire monter des dessous des bâtis vides ou en charge; de plus, les chariots pouvant se mouvoir dans toute la largeur du théâtre, les portants peuvent occuper tous les points de cette largeur ; puis les trappes ou trappillons pouvant s’ouvrir à droite et à gauche, et dans n’importe quel emplacement, les fermes pourront être larges ou étroites, entières ou divisées, les bâtis pourront apparaître du côté cour, ou du côté jardin, tout comme dans le milieu du théâtre, et les effondrements des acteurs pourront avoir lieu là où on le désire. Cela suffit à tous les effets et plantations qui peuvent se produire dans le plus grand nombre des cas, et enfin, au moyen de mâts dressés au

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milieu des rues, on peut encore installer des feuilles de décoration, non pas sur les costières seulement, mais encore partout où la décoration l’exige.

Certes, ces avantages sont réels, et jusqu’à présent ils ont paru suffisants, puisqu’on n’a guère cherché à en adjoindre d’autres; le talent des décorateurs, la grande expérience et l’habileté des chefs machinistes ont su triompher de presque toutes les difficultés qui se rencontraient encore, de sorte qu’u priori on est conduit à accepter le système actuel tel qu’il est installé, et tel qu’il fonctionne journellement.

Il est pourtant nécessaire de reconnaître que ce système n’est pas parfait; il est nécessaire de constater quels en sont les côtés faibles et, cette constatation faite, il devient utile de rechercher si on peut le perfectionner. Sans détailler ici une multitude de petits inconvénients manifestes, mais sans grande valeur, il suffira d’en indiquer deux, dont un surtout doit être examiné avec grand soin. Le premier est l’impossibilité qui existe, de faire monter des dessous des fermes obliques, car il faudrait pour cela que le plancher pût s’ouvrir dans n’importe quelle direction, ce qui est matériellement impossible. S’il fallait couper, comme au hasard, toutes les sablières de chaque dessous, s’il fallait éventrer les trappes dans tous les sens, il ne resterait plus rien, absolument rien qui pût se soutenir; il n’y a pas de remède possible à cet inconvénient, mais il est en partie bien affaibli, parce que si l’on ne peut charger et fondre les fermes obliques, on peut toujours soit les construire au moyen de châssis volants, soit les faire pivoter, une fois amenées en scène. L’inconvénient existe donc, mais il peut presque être

supprimé comme effet, si Ton ne peut matériellement et pratiquement en vaincre la cause.

Le second inconvénient, et celui-là très-grave, c’est l’impossibilité de fondre ou d’élever une partie de plancher quelconque, qui ne soit limitée par les sablières rigides ; on pourra bien défoncer quelques rues avoisinantes, en supprimant les parties de trappes qui les recouvrent, mais les sablières fixes qui, elles, ne peuvent s’abaisser, diviseront toujours l’espace béant par des traverses parallèles, qui retireront toute illusion quant au trou produit, en même temps qu’elles limiteront les effets qu’on en pourrait tirer. Si l’on voiüait par exemple que la moitié du théâtre fût abaissée d’un mètre sur l’autre moitié, si l’on voulait que les derniers plans du théâtre fussent plus bas que les premiers, comme cela arriverait en supposant que ces premiers plans formassent une terrasse à laquelle on accéderait par des gradins, cela deviendrait impraticable, et il faudrait que les décorateurs renonçassent à leurs projets ou les accomplissent d’une façon irrationnelle.

C’est cette difficulté qui a depuis longtemps préoccupé tous ceux qui s’intéressent à l’art théâtral 5 mais comme il était impossible de modifier les scènes existantes, on se contentait plutôt d’exprimer un désir que de rechercher les moyens de le réaliser. La construction de divers théâtres a fait de nouveau agiter la question, et l’on a commencé à étudier sérieusement ce qui pourrait supprimer une entrave manifeste. On a fait des essais, des projets, des mémoires ; on a bouleversé, renversé ou timidement amélioré; on a cherché enfin, et si, à l’instant où j’écris ’,

la pratique n’est pas encore venue confirmer les théories, au moins on a pu constater que la résolution du problème n’était pas impossible et que, dût-on d’abord éprouver quelques échecs , il ne fallait pas se décourager et que la chose valait la peine d’ètre tentee.

Je dois dire avant tout que, dans n’importe quel système, le but était celui-ci : rendre le plancher mobile en tout ou en partie, c’est-à-dire diviser la scene en un certain nombre de compartiments qui tous, indépendamment ou simultanément, pussent ou bien s élever d une certaine quantité, ou bien s’abaisser d’une quantité à peu près équivalente. Peu importe, pour la démonstration du principe employé, le nombre de ces cases ; elles peuvent être augmentées ou diminuées, sans rien changer au procédé admis, et ce qui aura lieu pour une seule, aura lieu pour toutes les autres.

Dans tous ces systèmes, sauf dans celui de M. Raynard, toute la surface du plancher est donc divisée en un certain nombre de compartiments; mais pour que ces compartiments puissent effectuer leurs évolutions sans laisser paraître les sablières qui les supportent, ces sablières sont elles-mêmes divisées dans leur longueur en autant de tronçons que la largeur de la scène contient de cases. Or, comme ce sont ces sablières qui supportent les trappes, on voit qu’on n’aura qu’à les élever ou à les abaisser pour que le plancher s’élève ou s’abaisse en même temps. C’est là la condition première, si l’on veut que les mouvements soient particuliers, et si l’on veut faire mouvoir à diverses hauteurs toutes les parties constituantes de la surface totale du plancher. Il ne s’agit donc que de chercher le moyen le plus pratique et le

plus convenable pour agir sur ces sablières, et si ce moyen est trouvé, le problème sera résolu.

J’indique seulement pour mémoire la nécessité qu’il y aura de réunir solidement chaque tronçon de sablière, afin que lorsque les manœuvres ne doivent pas s’effectuer, le plancher ait toujours une solidité suffisante pour résister aux efforts divers qui se produisent à sa surface. Ces moyens sont nombreux et variés, mais ils ne présentent pas de difficultés: des plates-bandes boulonnées sont la donnée générale de ce qui pourra être employé pour arriver à ce résultat et, de ce côté, la réussite ne peut être douteuse.

Voyons donc quels sont les projets qui ont été présentés pour imprimer le mouvement aux sablières, et examinons les avantages ou les inconvénients qui se rattachent à chacun d’eux. Deux des inventeurs qui avaient étudié le mode de plantation ont également étudié le mode de la mobilité du plancher. Ce sont M. RaynardetM. Barthélemy de Nancy. M. Foucault avait bien supposé la même mobilité dans le plancher de son petit modèle, mais je n’ai pas eu connaissance du système spécial qu’il avait adopté.

M. Raynard a simplifié beaucoup la question en ce qu’il ne mobilise pas le plancher par compartiment, mais seulement par rue; de cette façon les sablières ne sont pas tronçonnées; le plancher est alors sans doute plus résistant et plus homogène, mais la solution est incomplète en ce qu’il faut élever ou défoncer toujours le terrain dans toute la largeur du théâtre. Quoi qu’il en soit, ces sablières étaient supportées par des poteaux en fer, glissant dans des cassettes, leur servant de guides. A

chaque rue était installé un moteur spécial, machine ou bras d’hommes, qui faisait mouvoir des roues à pignons. Ces roues à pignons engrenaient dans des dents de crémaillères, et par leur mouvement de rotation à droite ou à gauche, faisaient mouvoir la tige dentelée, qui supportait les sablières. C’est, en somme, une application du cric adaptée à cette évolution particulière, et rien ne parait s’opposer, en principe, à ce que cette évolution puisse se produire régulièrement. Un arbre de transmission débrayable à volonté donne le mouvement de rotation aux pignons qu’il rencontre, et suivant le nombre et la disposition de ces pignons, une partie des rues, désignées à l’avance, exécute son ascension ou sa descente. Cependant il peut y avoir d’assez grandes difficultés dans la pratique d’un tel moyen ; les mouvements se feront toujours assez lentement, à moins de donner une trèsgrande vitesse de rotation à l’arbre de couche, ce qui peut exiger un moteur assez puissant ; puis, chaque rue sera suspendue ainsi sur quatre dents seulement, deux par sablières, et si un accident arrive à l’une de ces dents, toute la levée en sera atteinte. De plus, la régularité parfaite de tout ce système d’engrenage exigerait une exécution aussi très-parfaite de tout l’appareil, sous peine de se produire avec des soubresauts. Quoi qu’il en soit, M. Raynard a, pour ainsi dire, construit le premier ce système de plancher mobile, car il vient d’exécuter ses projets pour le nouveau théâtre du Vaudeville. Néanmoins ce théâtre ayant fort peu l’occasion de se servir des mouvements ascensionnels du plancher, tout le système est resté au repos depuis son exécution, et l’on ne peut rien conclure sur son excellence. Aujourd’hui tous les engins

sont plus ou moins oxydés, et il est à prévoir qu’à moins de cas exceptionnels, exigeant alors la réparation complète de tout l’ensemble, le système de M. Raynard est condamné à l’inaction ; mais dût-il fonctionner et fonctionner à merveille, s’il apportait déjà une modification heureuse sur la situation actuelle, comme il ne satisfait pas encore à tout ce que l’on doit désirer, il ne suffirait pas pour être considéré comme le dernier mot de la question.

M. Barthélemy, de Nancy, a pris le taureau par les cornes et n’a pas cherché à se soustraire aux difficultés du problème. Dans son système tout se meut par partie ou par ensemble ; le plancher s’élève ou s’abaisse soit horizontalement, soit obliquement ; c’est un grand damier divisé dont chaque case a son mouvement propre qui peut se combiner avec le mouvement simultané de toutes les autres; malheureusement si l’intention est bonne le résultat est moins satisfaisant et les évolutions du sol de la scène, fort bien comprises, n’en sont pas moins pratiquement impossibles.

M. Barthélemy, de Nancy, ayant divisé ses grandes rues, ses petites rues et ses sablières en cases et en tronçons, supporte chacune de ces parties au moyen de poteaux en fer articulés à leur jonction avec le plancher, et pénétrant dans des tubes creux alésés remplis d’eau forcée. Ce sont donc des espèces de pistons hydrauliques, et le mouvement de ces pistons se fait au moyen de la pression du liquide. Un robinet est ouvert; l’eau agit sur le piston et le fait s’élever; un robinet est fermé; l’eau quitte le tube et le piston redescend entraînant chaque fois avec lui dans sa montée et dans sa descente la sablière

qu’il supporte et qui, à son tour, fait mouvoir la trappe

qu’elle soutient.

Cela est fort bien et le mouvement n’est pas impraticable en lui-même; mais il faut songer qu’il est besoin de quatre supports de pistons par trappe ; que ces trappes sont au nombre de près d’une centaine, et que s’il est possible de régler l’effet d’une presse hydraulique fonctionnant toute seule, il est complètement impossible de régler quatre cents presses devant agir isolément ou simultanément. Les unes iront plus vite ou plus lentement que les autres ; le piston de celle-ci s’élèvera plus haut que le piston de celle-là, de sorte que si l’on voulait donner la vie à tous ces engins, si l’on voulait faire fonctionner tout cet ensemble, on ne pourrait aboutir qu’à des inégalités d’ascension ou de descente, et on aurait les plus grandes difficultés à obtenir un fonctionnement régulier. C’est l’avis de tous les hommes spéciaux, et tout en rendant justice à l’idée ingénieuse de l’inventeur, il n’est pas un seul constructeur qui voulût se charger de l’exécution d’un tel système, et qui, surtout, voulût répondre du succès. Or, comme il ne peut y avoir d’aléa dans les représentations théâtrales, où le temps est mesuré, où le public ne peut s’astreindre au caprice des machines motrices, il faut repousser tout de suite cette disposition compliquée qui coûterait fort cher a établit , qui exigerait un immense entretien et qui n’offrirait qu’incertitude. Quatre cents presses dans les dessous d’un théâtre! quatre cents moteurs assez dociles pour fonctionner à coup sûr, sans crainte de fuites, de coups de bélier ou de frottements! cela est tellement hors des conditions pratiques, que tout homme du métier condamnera

cette invention, et la placera au rang des rêveries si fréquentes chez tant d’esprits gouvernés par une idée fixe.

Après ces projets, dérivant des inventeurs dont j’ai déjà parlé, s’en sont produits d’autres, émis par des hommes plus pratiques peut-être, mais à coup sûr déjà guidés dans leurs travaux par les discussions de la commission, discussions qui avaient transpiré au dehors, et avaient déjà indiqué certaines hases. Je ne puis passer en revue tous les nouveaux systèmes qui ont été présentés, et je me bornerai à dire quelques mots des plus typiques, laissant de côté les idées encore indécises des inventeurset arrivant tout de suite aux derniers projets plus étudiés par ceux-ci. Ainsi un système présenté par MM. Sabattier et Quéruel, système fort ingénieux et nouveau, consistant en poutres tubulaires servant de guides aux chariots, et mues au moyen de presses hydrauliques partielles, -a été écarté, et parce que ces grandes poutres offraient par leur hauteur de grands obstacles aux services des dessous, et parce que les presses étaient encore trop nombreuses, et encombraient les dessous. Cependant je dois dire que ce projet était étudié avec grand soin, qu’il a été débattu et discuté longuement, et qu’en résumé, tout en le repoussant, on a rendu justice à l’ingéniosité et au talent de ses inventeurs, inventeurs qui, du reste, ont reconnu plus tard les côtés faibles de leur projet, et se sont retirés l’un, M. Sabattier, pour se consacrer aux études générales de tous les projets présentés à la commission; l’autre, M. Quéruel, pour dresser un nouveau projet fort intéressant, et dont je parlerai plus bas.

Cela fait, il ne restait plus en présence que trois

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systèmes divers : un présenté par M. Sacré, machiniste en chef du théâtre de l’Opéra; un autre présenté par M. Brabant, machiniste de la Porte-Saint-Martin; et un troisième émanant de M. Quéruel seul; cela constituait trois types assez distincts.

Le système de M. Sacré est plutôt une modification ingénieuse du système actuel qu’un changement complet dans le principe, du moins en ce qui regarde la production et la transmission des mouvements. Cependant, comme dans le projet précédent, toute la carcasse principale est en fer, et chaque case est supportée par quatre tiges pénétrant dans des tubes ou guides, de forme spéciale. Ce qui constitue surtout la partie originale du projet de M. Sacré, c’est l’installation de contre-poids placés dans des rainures avoisinant les guides, et qui facilitentla manœuvre, en ce que les parties à soulever, étant alors équilibrées, présentent un poids bien moins considérable que si elles devaient se mouvoir sans cette adjonction. Cela permet d’employer un moteur peu puissant et, au besoin même, la force des bras d’hommes; quant au moyen employé pour faire évoluer les tiges ou potelets qui supportent les sablières du plancher de la scène, il se compose de fils passant sous le pied de ces potelets, au moyen d’une poulie à gorge, puis repassant après sur d’autres poulies placées au second dessous, et se dévoyant ensuite à droite et à gauche, pour s’enrouler sur des treuils ou tambours pouvant agir soit isolément, soit collectivement.

Ce système de mouvement est à peu près celui qui est employé actuellement pour la manœuvre des fermes et des bâtis montant des dessous, et son ancienneté ainsi que l’expérience que les machinistes ont de sa

manœuvre peuvent faire prévoir qu’il fonctionnerait sans embarras.

Cependant on a craint que les fils horizontaux ne gênassent un peu la circulation des dessous, on a craint surtout la suspension partielle ou totale du plancher suides cordes ou fils, que ces fils fussent en chanvre, en cuivre ou en acier, et l’on a craint encore que ces fils se détendissent parfois, plus ou moins irrégulièrement et ne contrariassent les effets cherchés.

Néanmoins les inconvénients signalés ne peuvent etre assez graves pour faire conclure au rejet complet du système, et s’il n’a pas été adopté par la commission, il n’a pas été pour cela frappé d’indignité ; peut-être pourra-t-il être employé quelque jour, et invoquer alors en sa faveur les avantages que l’expérience pourrait lui consacrer.

Le système de M. Brabant est en principe identique à celui de M. Sacré, sauf que les contre-poids sont supprimés, ce qui, dès lors, exige un moteur plus puissant pour effectuer les évolutions ; mais comme dans un grand théâtre il est probable que les bras d’hommes seront remplacés, du moins en partie, par une force mécanique, cela ne pourrait faire conclure au rejet du système. Quant au mode de mouvement des potelets glissant dans les cassettes, il se produit aussi au moyen de fils passant sous le pied des âmes, mais le renvoi de ces fils se fait non plus horizontalement vers la hauteur du second dessous, mais bien horizontalement sous le dernier plancher inférieur; des tambours spéciaux sont agencés sous chaque grande division de case, et la manœuvre de ces tambours se fait aussi individuellement ou simultanément. Dans ce

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procédé, le plancher est encore soutenu dans ses évolutions par des fils, et l’inconvénient ci-dessus signalé se produirait encore; mais la manœuvre des tambours paraît plus simple et plus efficace. Au surplus, pour ce projet comme pour celui de M. Sacre, ce sont toujours des applications particulières des moyens actuels, et la garantie que ceux-ci offrent chaque jour se reporte sur ce qui en dérive. La commission n’a pas adopté le système de M. Brabant parce qu’elle a fixé son choix sur un autre projet; mais avant que cet autre projet fût élaboré, celui de M. Brabant avait été pris en considération. Il se peut, au surplus, que des difficultés pratiques fassent revenir sur une décision non encore officielle et que du mélange des projets de MM. Sacre et Brabant on dégagé enfin le procédé définitif.

Après ces deux systèmes, appuyés sur la pratique des manœuvres usuelles du théâtre, nous allons tout de suite vers un système qui s’en éloigne complètement et qui a été présenté par M. Quéruel.

je parle là du dernier projet élaboré par M. Quéruel, car cet ingénieur en a dressé cinq ou six, tous repoussés plus ou moins complètement par la commission, et tous employant en grand nombre des presses hydrauliques, dont la manœuvre devenait difficile et dont la quantité était une cause d’encombrement. lous ces projets néanmoins contenaient des idées intéressantes et témoignaient, sinon alors d’une connaissance approlondie des services du théâtre, au moins d’une aptitude mécanique qu'il serait injuste de ne pas reconnaître.

Le dernier système proposé par M. Quéruel est ainsi disposé; de grandes poutres tubulaires de 1 mètre de

hauteur sont placées au droit et au-dessous de chaque costière du plancher. Ces poutres traversent tout le théâtre et sont établies en équilibre à leur centre, sur un grand piston de presse hydraulique. Quand le piston monte, la grande poutre monte ; quand le piston descend, la grande poutre descend ; jusqu’à présent il n’y a rien de bien particulier; mais ce qui est plus typique, c’est la manière dont cette grande poutre transversale fait manœuvrer tout ou partie des sablières placées au-dessus d’elle. A cet effet, la poutre est percée d’ouvertures circulaires par où passent toutes les tiges de support d’un même plan; lorsque rien n’arrête ces tiges, la poutre monte ou descend sans les influencer en rien; mais si, au contraire, on introduit dans les supports des clavettes faisant saillie, lorsque la poutre s’élève, elle rencontre la clavette et soulève par conséquent la tige ainsi clavetée ; lorsque la poutre redescend, la tige qui s’appuie sur elle au moyen de la clavette redescend aussi jusqu’à ce qu’elle se retrouve à sa place déterminée, où un autre moyen d’arrêt la fixe à son tour. On comprend dès lors qu’en clavetantune ou plusieurs tiges à des hauteurs semblables ou différentes, on produit des élévations ou des abaissements de sablières semblables ou divers, et que de cette façon la mobilité du plancher paraît résolue.

Ce système a été écarté parce qu’il nécessitait encore un nombre de presses assez considérable, soit trois ou quatre par plan, suivant le nombre des trappillons, et parce que l’équilibre de la poutre sur un seul point d’appui central n’a pas paru suffisant. On eût bien pu rendre l’équilibre stable en faisant supporter la poutre par deux presses placées à chacune des deux extrémités, mais cela

eût doublé encore le nombre des appareils, déjà trop considérable; M. Quéruel avait aussi proposé un moyen ingénieux pour relier ensemble les poutres de divers plans et pour les faire manœuvrer à la fois, ce qui parait indispensable pour arriver à un bon résultat; mais, malgré cela, le projet a été repoussé à cause des inconvénients que je viens de signaler.

Néanmoins, si ce système n’a pas réuni l’assentiment de la commission, il a apporté un élément nouveau qui a servi de base au projet qui, actuellement, parait devoir être suivi, si toutefois les dépenses qu’il occasionne ne sont pas exagérées et si une étude plus complète n’en fait pas ressortir des inconvénients qui paraissent évités quant à présent.

Comme ce dernier projet, quel que soit son sort, a réuni les voix de tous les membres de la commission moins une, et comme il résume, pour ainsi dire, les travaux précédents, je crois pouvoir m’étendre un peu plus sur lui que sur les autres, et présenter au lecteur la transcription de la note explicative que j’ai été chargé de faire à ce sujet.

A Messieurs les Membres de la Sous-Commission de machinerie scénique.

« Messieurs,

« Le projet 'de machinerie théâtrale que j’ai l’honneur de soumettre aujourd’hui à votre appréciation a été indiqué en principe à l’une de nos dernières séances, par

M. Tresca; presque simultanément avec lui et lors même que sa pensée était à peine exprimée, la même idée me vint à l’esprit et fit, pour ainsi dire, explosion en interrompant celle que M. Tresca allait développer. De sorte qu’après de nombreuses réunions, de longues discussions et des études sérieuses, il se produisit cette circonstance que deux membres de votre commission eurent, à un moment donné, la même intuition d’un système renversant à peu près toutes les données présentées jusqu’à ce jour, et paraissant devoir résoudre complètement le problème proposé.

« Cependant, bien que la question de priorité ait peu d’importance dans notre réunion et que le but que nous devions chercher à atteindre soit seulement un bon résultat, je dois constater qu’en résumé, ne me devança-t-il que de quelques instants, M, Tresca a le droit de se considérer comme ayant le premier indiqué le système que je propose aujourd hui à la sous-commission, et, tout en considérant son travail comme une partie de notre œuvre commune, c’est donc plutôt en son nom qu’au mien que je viens expliquer et défendre ce projet; mais si je n’ai pas eu l’honneur de l’avoir deviné le premier, j’ai du moins la grande satisfaction d’en être le fidèle partisan*.

« Lorsque ce système fut indiqué, la sous-commission m’engagea à en faire un croquis qui prit fixer les idées et aider à la discussion. Ce croquis fut fait et je l’accompagnai même d’un petit modèle improvisé, et

i. J’ai dit plus haut quelle part doit revenir à M. Quéruel, ce dont l’oii pourra se rendre compte en parcourant la suite de ce rapport.

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le projet, déjà plus élucidé, parut, je n’ose dire avoir des chances complètes de réussite, au moins mériter une discussion plus étendue et des études plus approfondies. La sous-commission me chargea alors de rédiger un projet plus précis et plus détaillé, et c’est ce dernier projet que j’ai l’honneur de mettre aujourd’hui sous vos yeux

« .... La pensée première, l’idée principale du système consiste en un plateau unique, occupant toute la superficie des dessous de la scène, et percé de trous dans lesquels passent soit les guides, soit les colonnes de construction, soit enfin les tiges métalliques qui supportent les tabliers du plancher. Ce plateau ne doit pas être plein, mais avoir de grandes ouvertures au droit des grandes et des petites rues, afin de laisser un passage libre aux fermes et aux bâtis ou trucs équipés dans les dessous. Disposé de la sorte, le plateau devient une espèce de grand gril, et c’est sur les traverses de ce gril que sont pratiqués les trous ou orifices dont je viens de parler. Tout cet ensemble est mobile et est placé normalement à environ 2 mètres au-dessus du fond du théâtre, et, par l’aide d’un moteur dont je parlerai plus loin, il peut s’élever à volonté d’une quantité qui dépend des dimensions du vaisseau qui le contient. Au nouvel Opéra, et d’après les dispositions adoptées, ce gril peut parcourir 7 mètres en hauteur; arrivé à cette altitude, il peut redescendre de la même quantité, reprendre sa première place ou occuper pendant la descente ou pendant la montée des positions intermédiaires réglées par la marche du moteur.

n Ainsi donc ce gril peut se mouvoir verticalement;

mais comme les traverses sont placées au-dessous des sablières de construction et que les espaces des rues sont libres, il peut opérer l’ascension ou la descente sans gêner en rien les manœuvres qui devraient se faire isolément pour les fermes ou les bâtis. Pendant cette évolution, les trous ménagés dans les traverses laissent passer à frottement doux les guides, les colonnes et les tiges de support des cases du plancher.

« Cela posé , si les tiges de support sont percées d’ouvertures convenablement disposées et si dans ces ouvertures on introduit facultativement une clavette faisant saillie sur la tige, il arrivera que le gril dans son ascension, rencontrant cette clavette, la soulèvera avec lui et soulèvera, par le même effet, la tige mobile qui retient la clavette.

« Si, au lieu d’une seule tige et d’une seule clavette, on emploie plusieurs clavettes se rapportant à un même ensemble de tiges, ces tiges seront soulevées simultanément par le gril en mouvement, de sorte que si, je suppose, on clavette les quatre tiges supportant une des cases du plancher, ces quatre tiges s’élèveront en soulevant avec elles les sablières qu’elles supportent et, par suite, la trappe de la rue.

« On comprend que si, au lieu des quatre tiges d’une case, on clavette un plus grand nombre de tiges, on soulèvera du même coup toutes les parties du plancher correspondant à ces tiges clavetées, et qu’en étendant ce moyen à toutes les tiges mobiles on soulèvera, par la seule ascension du gril, le plancher complet de la scène.

« Si maintenant, au lieu de claveter les tiges à la

même hauteur, on place les arrêts à des hauteurs différentes, il en résultera que les ascensions se feront à des hauteurs également différentes, et que chaque case du plancher pouvant s’élever séparément, on pourra, suivant la disposition du clavetage des tiges, modifier l’altitude de toutes les cases et élever tout ou partie du plancher de la scène à la hauteur que l’on voudra.

« Mais non-seulement ces ascensions partielles ou totales peuvent se faire horizontalement, c’est-à-dire parallèlement à la surface du gril mobile, mais encore on pourra élever également chaque case d’une manière oblique quelconque, pourvu que la jonction des tiges et des sablières soit faite en forme de genou à coulisse, ce qui permettra toute liberté de mouvement.

« Cette élévation oblique se fera en clavetant deux des quatre tiges de chaque case à une hauteur différente des deux autres. On aura donc ainsi, par la seule élévation du gril, et suivant le clavetage des tiges de support, soit un plancher soulevé horizontalement en tout ou en partie, soit soulevé obliquement et suivant telle inclinaison qu’on désirera. Une fois le plancher soulevé, on peut, si on le veut, le consolider en clavetant encore les tiges, non plus sur le gril cette fois, mais sur les sablières du plancher fixe du premier dessous. Chaque case étant ainsi assujettie, le gril peut, s’il en est besoin, revenir à sa première place et faire d’autres mouvements pendant que la partie soulevée est immobilisée.

« Pour redescendre la partie soulevée, il n’y aura qu’à retirer les clavettes du premier dessous et faire redescendre le grilj le plancher, sollicité par son propre

poids et guidé par les tiges passant dans les traverses du gril et dans les sablières des dessous, reprendra sa place primitive.

« Si, au lieu de vouloir faire monter le plancher audessus de la scène, on voulait au contraire le faire descendre, il n’y aurait qu’à faire monter le gril mouvant jusqu’à une certaine hauteur, claveter les tiges sur ce gril, suivant l’effet que l’on veut avoir, et, retirant alors les supports du premier dessous, faire redescendre le gril qui, dans sa manœuvre, laissera le plancher descendre jusqu’à la hauteur désignée ; car si, indépendamment du clavetage sur le gril, on introduit dans la tige d’autres arrêts à hauteur variable, lorsque ces arrêts rencontreront les sablières du premier dessous, ils limiteront la descente de la case ainsi équipée....

« .... Il y a cependant un cas où l’évolution du gril ne pourrait suffire, c’est lorsque l’on voudrait faire simultanément monter et descendre diverses parties du plancher. On comprend que, dans ce cas et par la manœuvre seule du gril, les deux mouvements ne peuvent s’exécuter; il faut donc trouver un procédé qui permette cette double évolution simultanée. Cela pourrait s’exécuter sans nul doute au moyen de poulies et de cordes de renvoi, car il est toujours possible de changer la direction d’un mouvement par la transformation de la force; mais ce système a, selon moi, l’inconvénient d’encombrer et d’embarrasser les dessous; il faudrait, en effet, que chaque tige fût munie d’un appareil de renvoi, et quelque simple qu’il fût, il compliquerait la manœuvre. Au surplus, si l’on agissait ainsi, on retomberait dans le projet de MM. Sacré et Brabant, et il serait bien inutile d’avoir

d’une part un système particulier, si pour l'autre part il fallait recourir au système général.

« J’ai donc pensé à un autre mode de mouvement qui me paraît plus simple et plus certain, et qui n’est en résumé que la doublure du système proposé : ce *. serait d’installer un second gril mobile; celui-là aurait sa place normale en contre-bas du second dessous et serait mû par un moteur indépendant de celui qui fait mouvoir le premier gril; la forme étant, du reste, identique à celle de ce gril et les ouvertures étant placées à plomb avec celles déjà pratiquées, il n’encombrerait en rien et ne ferait, pour ainsi dire, que doubler les épaisseurs des sablières du deuxième dessous.

« On comprend dès lors, sans plus amples explications, que ce deuxième gril, fonctionnant comme le premier, peut faire faire au plancher toutes les évolutions d’élévation et d’abaissement désirables, et que, lorsque les deux grils fonctionnent simultanément, mais d’une manière inverse, on peut faire produire à l’un un mouvement de descente, tandis que l’autre produira un mouvement élévatoire.

« Ainsi donc, par l’adoption de deux grils similaires, on peut facilement, sans encombrement, sans difficulté, avec certitude et sécurité, produire les mouvements ci-après désignés :

« i° Elévation horizontale d’une partie du plancher;

« 2° Descente horizontale d’une partie du plancher;

« 3° Elévation horizontale de tout le plancher;

« 4“ Descente horizontale de tout le plancher;

« 3“ Élévation oblique d’une partie du plancher;

6“ Descente oblique d’une partie du plancher ;

« 70 Élévation oblique de tout le plancher;

« 8° Descente oblique de tout le plancher;

« 90 Élévation et descente simultanées de deux parties horizontales du plancher;

« io° Élévation et descente simultanées de deux parties obliques du plancher;

« ii° Élévation et descente simultanées d’une partie oblique et d’une partie horizontale.

« Il me reste à parler maintenant du moteur qui devra être employé. D’après la fonction de ce moteur, la sous-commission jugera tout de suite qu’il doit être puissant et docile; or, d’après les études qui ont été faites sur ce point, il paraîtrait qu’un seul moteur pourrait réunir ces conditions et que la force hydraulique pourrait être seule employée pour produire les effets nécessaires au jeu du gril. C’est donc ce moyen qui doit compléter le système proposé; compléter n’est peut-être pas le mot exact, car il indiquerait que le système peut au besoin fonctionner sans lui, tandis que sans ce moteur il serait sans doute impraticable. Cependant cette observation ne se rapporte qu’à l’installation d’un gril unique, car avec l’adoption de deux grils, la force hydraulique, toujours désirable, n’est plus tout à fait indispensable ; on peut, en effet, équilibrer facilement les deux grils de telle sorte qu’ils se servent mutuellement de contre-poids. On n’aurait donc plus à vaincre la pesanteur de chacun de ces grils, mais seulement celle de la partie du plancher que l’on veut soulever. Dans ces conditions il suffirait alors d’une force moins grande et les évolutions ordinaires pourraient même au besoin être accomplies à bras

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d’hommes ; cela n’est pas sans quelque importance, car au théâtre, où il ne peut y avoir d'entraves permanentes, il esttoujours utile qu’une force motrice quelconque puisse, à un instant donné, être remplacée par une autre moins puissante peut-être, mais au moins plus disciplinable.

« Cependant il faut supposer que les presses hydrauliques feront partie du système d’ensemble et, dans ce cas, l’agencement serait des plus simples : quatre pompes seraient installées à chaque angle des deux grils, soit en tout seulement huit pompes ; mais les quatre pompes de chaque gril seraient réunies en une seule qui donnerait le mouvement initial, de sorte qu’avec deux maîtresses pompes et deux robinets on pourrait produire tous les effets.

o C’est à la discussion qu’appartient de fixer la place à donner à ces robinets, mais il sera toujours facile, au moyen de chaînes de renvoi, de placer le point de départ du robinet à l’endroit qui conviendra le mieux, soit dans le premier, soit dans le second dessous. Une roue à aiguille, comme celles qui servent à manœuvrer les gouvernails des bateaux à vapeur, pourrait être employée, de sorte que le machiniste chargé du mouvement du robinet saurait, par la seule impulsion de cette aiguille, la force dont il dispose. Mais c’est là une question de détail sur laquelle il est inutile d’insister plus longtemps.

« Voilà donc le système complet, quant à ce qui regarde la mobilisation du plancher de la. scène. M. Tresca pense, avec raison je crois, qu’étant possesseur de cette force motrice on pourrait s’en servir pour effectuer toutes les autres manœuvres de théâtre.

Certes cela se peut facilement au moyen de palans, moufles ou crochets adaptés aux traverses des grils mouvants, mais cette idée contient un projet spécial que son auteur seul peut convenablement développer.

« Dans tous les cas, comme l’établissement des grils mobiles devrait toujours précéder l’établissement des engins secondaires du théâtre, cette question peut être réservée jusqu’après cet établissement des grils, qui ont le grand avantage de laisser intactes toutes les dispositions actuelles et qui, si la pratique les condamnait un jour, pourraient rester inoccupés, mais ne nuiraient en rien aux autres manœuvres que l’on voudrait opérer sur la scène. Je pense donc que l’on doit faire une étude complète et approfondie de ce système qui, en résumé, représente une main qui saisit ce qu’elle veut saisir et qui laisse passer entre ses doigts ce qu’elle veut abandonner. »

La commission a adopté en principe le projet que je viens de décrire, et j’ai été chargé de lui donner un plus grand développement, de faire un modèle et des dessins plus complets : tout cela a été exécuté et la commission a de nouveau été appelée à statuer sur cet ensemble.

Sa décision dernière a été à l’unanimité, moins une voix, qui a fait quelques réserves, que le projet proposé paraissait offrir les garanties désirables et que, sauf les difficultés imprévues qui pourraient se présenter lors de l’exécution, le système de mobilisation du plancher du théâtre au moyen de grils mouvants devait être adopté.

D’après ces conclusions on pourrait espérer que le nouvel Opéra inaugurera ce système, mais il faudra peut-

être compter avec la question d’argent. Les prévisions du devis, ayant eu pour point de départ la machinerie actuelle, sont manifestement insuffisantes pour la machinerie nouvelle, et si des économies ne peuvent être apportées dans diverses parties de la construction, il faudra sans doute renoncer à l’établissement des grils moteurs. Cette question sera vraisemblablement résolue dans quelques mois, mais pour l’instant on ne peut encore préjuger de l’avenir.

Dans tous les cas, quelle que soit l’issue des travaux de la commission, ils auront servi à élucider bien des points importants ; si le projet n’est pas exécuté au nouvel Opéra, il pourra peut-être être essayé dans un autre théâtre ; si, au contraire, comme je le désire vivement, l’essai se fait à l’Opéra , les constructeurs scéniques pourront bientôt étudier de visu un moyen nouveau et typique, qui leur ouvrirait une voie inconnue jusqu’alors.

Eh bien, l’on n’étudiera guère ce moyen nouveau et typique ; l’argent d'un côté, le temps de l’autre, ne m’ont pas permis de mettre à exécution le projet dont je viens de parler et, comme la plupart des commissions, la commission théâtrale n’a pas servi à grand’chose.

Néanmoins, je n’ai pas tout abandonné, et, si le grand gril n’a pas été exécuté, j’ai préparé tous les dessous de l’Opéra de façon à ce que, si quelque jour un directeur voulait faire l’épreuve du plancher mouvant, il pût procéder à cette opération encore assez facilement et sans dépenses exagérées.

Je n’ai pu faire le gril, il est vrai ; mais j’ai construit toutes les poutres, les cassettes, les glissières, les guides, les tiges ; tout enfin ce qui constitue l’ossature du dessous, de telle sorte qu’avec quelques appareils supplémentaires on put faire manœuvrer tout ou partie du plancher.

Il ne manque plus, pour compléter l’installation des dessous de l’Opéra, que les poutres de chevalement et les moteurs. Au lieu du gril général manœuvrant d’une seule volée, les poutres manœuvreront seulement par rues; mais on peut les relier les unes aux autres et le système, pour ne pas être largement établi, n’en est pas moins conservé. Les mouvements du plancher de la scène de l’Opéra pourront donc se faire un jour ou l’autre, si toutefois l’abandon de ce qui est exécuté aujourd’hui n’est pas cause d’une oxydation étendue sur toutes les pièces faites pour ne pas rester en repos et qui, depuis cinq ans, sont toujours à attendre leur première évolution.

Je sais bien que le directeur de l’Opéra a eu à remonter plus d opéras anciens qu’à en créer de nouveaux, et que les traditions ont été suivies dans cette restitution d’anciennes mises en scène; n’importe! j’aurais été directeur de l’Opéra, ou même simplement décorateur, que j aurais cherché à compléter une partie de ce qui manque encore aux dessous de la scène, afin de trouver un effet nouveau dans les plantations et l’évolution des praticables et des châssis.

Voilà, en résumé, une assez grosse somme d’argent dépensée jusqu’à présent en pure perte. Si l’on avait voulu suivre les errements en usage, on eût peut-être économisé 300,000 francs, et j’enrage alors de voir cette grosse dépense sans but, sans utilité présente et même,

je le crains, sans utilité pour l’avenir. Les membres de la commission de jadis, qui s’étaient passionnés pour les mouvements du plancher de la scène, semblent bien s’en être désintéressés maintenant, et ce qui eût certainement été discuté, apprécié ou critiqué avec chaleur au moment de l’ouverture de l’Opéra, risque fort de ne rencontrer que des indifférents, à présent que les effets de mise en scène commencent à être trouvés, sinon nuisibles, au moins inutiles pour le succès d’une œuvre lyrique.

Je ne puis pourtant pas donner tout à fait tort au directeur de l’Opéra et aux décorateurs de ce qu’ils hésitent à se servir d’un système encore incomplet; car, après tout, l’Académie nationale de musique n’est pas un théâtre de féerie et l’on peut s’y passer de mécaniques plus facilement que de ténors ; mais alors, pourquoi autrefois cette espèce de rage qui avait saisi tout le monde et qui poussait les inventeurs à croire que rien ne pouvait se faire si un plancher de théâtre était immobile ? Pourquoi alors cette commission, qui a travaillé si longtemps et qui semblait devoir renouveler toute la machinerie scénique? Pourquoi enfin toutes ces plaintes des décorateurs, qui prétendaient ne pouvoir plus rien composer si le plancher n’avait à leur demande un flux et un reflux alternatifs? Hélas! c’est qu’il en est ainsi de bien des choses. On appelle souvent la tradition routine, tandis qu’elle veut dire sagesse, et la nouveauté progrès, tandis qu’elle signifie inconséquence.

Je ne dis pas que la machinerie rêvée par la commission fût une de ces inconséquences, puisqu’on ne l’essaye pas ; mais, tout au moins, j’ai grand’peur que cette commission n’ait pris pour but de ses desiderata que

quelques bâtons flottants jetés dans l’eau par de soidisant novateurs, et que l’utilité absolue d’un plancher mobile dans un théâtre ne constitue qu’un séduisant mirage se dissipant lorsqu’on s’en approche.

Faut-il donc maintenant renoncer à tout jamais à l’évolution du plancher scénique? Faut-il se contenter pour toujours des procédés existant actuellement? Je le crains fort; mais pourtant, je voudrais bien que l’on ne prit cette suprême décision qu’après avoir complété au moins une des rues de la scène de l’Opéra et l’avoir fait fonctionner pendant quelque temps. Si cette expérience n’est pas faite, la question restera encore irrésolue, des regrets se formuleront, et, chaque fois qu’un nouveau théâtre se construira, les inventeurs se présenteront, apportant chacun leur système, que l’on ne pourra accepter ou repousser en connaissance de cause. Je dois donc faire des vœux pour qu’un jour ou l’autre quelques subsides soient encore votés, qui me permettent d’achever une partie des dessous de l’Opéra. L’expérience des mouvements scéniques pourrait alors se faire, et économiser ainsi à l’avenir des études théoriques sans point de départ pratique, et sans doute une grosse somme d’argent jetée à l’aventure dans des opérations aléatoires, en remplaçant les aléa, les rêves et les essais par la constatation de faits déjà imposés et pratiquement reconnus.

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