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Les balustrades, formant la clôture extérieure du périmètre de l’Opéra, se composent de piédestaux, de balustres, de candélabres, de colonnes, de grilles et de portes; ce n'est donc pas la variété qui leur manque; ce serait plutôt l'unité. De fait, 1l y a un peu de papillotage dans tout cet ensemble, surtout du côté de l’est, et il aurait sans doute gagné à être simplifié.
Cependant il est arrivé que cette abondance de motifs, que je regrette peut-être maintenant, vient non-seulement de certaines exigences d’un programme pratique, mais surtout d’un parti pris de ma part : j’ai mis toutes ces statues, toutes ces colonnes et j'ai ouvert toutes ces portes pour tâàcher de déguiser autant que possible le fàcheux nivellement des abords de l’Opéra. Il se peut, en effet, que le moyen que j'ai employé ait quelques avantages à ce point de vue; mais le résultat est néanmoins loin d’être tout à fait satisfaisant, et je crois, en somme, que j'aurais mieux fait de ne pas chercher un problème qu'il était matériellement impossible de résoudre. Quand une jambe artificielle ne cause que des lourdeurs aux hanches, quand la marche ne devient pas, grâce à elle, facile et presque naturelle, et quand, en résumé, le
membre postiche ne fait pas illusion et que chacun le reconnaît, même sous le vêtement, il vaut bien mieux renoncer au désir de cacher son infirmité et mettre tout simplement la vulgaire jambe de bois. L'Opéra, mal assis sur un terrain en pente, péchait par sa base; j’ai voulu le redresser à la vue, au moyen de ma balustrade orthopédique, et je n’ai réussi qu’à fort mal déguiser un défaut, qui aurait été sans doute accepté plus facilement si je l'avais laissé tout simplement apparent!
Je vais revenir sur cette disposition et sur les causes qui l’ont amenée ; mais je veux, avant de dire un peu de mal des autres, me débarrasser du bien que j'ai à dire de moi; au surplus, ce ne sera pas long.
Ce qui est bien dans les détails de cette balustrade, ce sont d’abord les portes : la composition en forme d’éventail, reportant le poids et la poussée de la grille sur le pivot de support, est logique et originale; l’arrangement de la ferrure de ces portes avec les piédestaux est également logique et forme un motif assez bien trouvé. Les petits candélabres, qui séparent les grilles fixes, sont élégants et d’une agréable silhouette, et les porte-affiches ne sont pas mal arrangés. En ajoutant à cela que les piédestaux sont d’une bonne étude, et que les balustres sont assez fermes, j'aurai signalé tout ce qui me semble avoir des qualités.
Maintenant, quant au reste (il ne reste, il est vrai, que les colonnes rostrales), je reconnais que ce motif, qui eût pu être fort bien réussi, est très-loin de l’être. La base des colonnes est lourde, les proues sont empâtées, les lanternes mesquines, le chapiteau banal et le couronnement en forme de boule d’assez pauvre invention. Je
ne Sais vraiment ce qui m’a conduit à ce piètre résultat: car l’étude de telles colonnes est réellement assez facile à faire, et je ne retrouve pas dans ces détails le caractère, bon ou mauvais, mais au moins assez personnel, qui se retrouve dans les autres parties de l'édifice. J’ai bien une sorte d’excuse : c’est que ces colonnes sont en fonte de fer, recouverte de cuivre, et que ce procédé empâte toujours un peu les surfaces; mais l’excuse n’a vraiment pas grande valeur, et j'aime mieux, en somme, avouer que ces motifs, qui, avec une étude plus fine et plus complète, auraient sans doute été une très-bonne chose, ne sont en réalité qu’une œuvre d’art assez médiocre.
Quant aux torchères, modelées par Chabaud, elles sont de fort gracieuse exécution; les deux types de femmes qui portent les lanternes sont très-élégants, et l’étude de ces figures est très-soignée et très-savante. Il faut donc féliciter sincèrement l’éminent statuaire, qui a si bien réussi ces fines compositions, d’une silhouette si heureuse, et d’un mouvement si juste et si naturel.
Cependant plusieurs personnes ont critiqué ces figures, non pas au point de vue de la statuaire, mais plutôt au point de vue des convenances, comme à celui de la trop grande répétition d’un même motif. Ces personnes avaient et ont encore raison; en fait quant au dernier point, et en apparence quant au premier.
Il est évident que cette procession de femmes, ayant même pose et même tournure, irrite un peu les regards, et que, si la répétition des mêmes éléments décoratifs cause presque toujours un grand charme, c’est parce que ces éléments sont pour ainsi dire inertes et qu'il n'ya
aucune raison pour qu'ils soient diversifiés. Une succession de colonnes, de pilastres, de candélabres, et même de sphinx, peut fort bien se produire sans que l’on éprouve le désir d’en voir changer les formes particulières. Tant que ces éléments ont la même destination et concourent au même but, rien ne milite en faveur de leur diversité; au contraire, cette suite de motifs, rigidement semblables, arrive, mieux que toute variété, à donner à l’ensemble un aspect de grandeur et de simplicité; mais lorsque les éléments décoratifs, au lieu d’être empruntés à des bases immuables et immobiies, dérivent de bases qui, par leur nature, sont vivantes et mouvementées, l'effet de répétition ne satisfait plus les yeux, parce qu’il ne satisfait plus la logique et le sentiment. La répétition ne peut être admise que lorsque les objets répétés ne peuvent changer de nature et d’aspect; elle doit être rejetée toutes les fois que les objets répétés ne peuvent être identiques sans violer les lois naturelles. Eh bien, lorsque l’on met à la queue-leu-leu une vingtaine de statues toutes semblables, on viole ces Lois; quel que soit l’oflice que ces statues aient à remplir, elles devront le remplir régulièrement comme but, mais diversement comme moyen, sous peine de ressembler à une rangée de soldats faisant l’exercice. D’ailleurs toute statue prise en elle-même constitue une œuvre d’art personnelle, et l’art semble disparaitre tout à coup si Pon traite ses produits comme des machines fabriquées à l’emporte-pièce et devant toujours se produire à la douzaine. J'aurais donc dû, pour agir suivant la logique, la vérité et le bon goût, au lieu de mettre partout sur la balustrade les deux figures de Chabaud, toutes se répé-
tant à l'infini, placer des statues de même allure générale, mais de tournures différentes. J’aurais dû, en somme, au lieu de faire faire deux modèles dissemblables, en commander vingt-deux, c’est-à-dire autant qu’il y a de piédestaux.
Oui, certes, j'aurais dû faire ainsi; mais je n’ai pas dü même y songer, sinon pour regretter de ne pouvoir agir suivant mon désir! Quoi que l’on en ait dit et quoi que l’on pense peut-être encore, j’ai eu très-peu d’argent à dépenser à l'Opéra par rapport à l'importance du monument, et chaque jour je devais me préoccuper tout au moins autant de la dépense que de l'effet à produire. Eh bien, les deux modèles de Chabaud ont coûté chacun 2,400 francs, soit 4,800 francs; pour la fonte, les vingtdeux statues, mises au rabais par concurrence, ont coûté seulement 1,500 francs l’une, parce que le moule était IÉmnémespour toutes. IIteén-est! résulté que-la. somme totale de ces lampadaires est de 37,800 francs. Si j'avais dû faire toutes ces figures différentes, j'aurais eu déjà à payer vingt-deux modèles à 2,400 francs, soit $2,80o francs; et, pour la fonte, le prix minimum eût été de 2,400 francs pour une figure; soit, pour l’ensemble également, $2,800 francs, Il aurait donc fallu dépenser en tout 105,600 francs, tandis que je n’en ai dépensé que 37,800!
Il n’y a pas d’autres raisons à cette répétition de figures, et plus que personne je la déplore; mais qu'y faire? Près de 70,000 francs d'économie valaient la peine d'y regarder à deux fois; je n’y ai regardé qu’à une seule pour ne pas être entrainé, et j'ai sacrifié mon sentiment, la logique, la beauté et l’art, en somme, à cette malheureuse question d’argent, qui a été incessante et s’est
présentée à tout instant à moi comme un cauchemar perpétuel et irritant.
Quant à l’inconvenance de ces figures, inconvenance qui leur a été reprochée par bien des gens, qui peut-être ont plus de pudeur pour les statues que pour les personnes, il y a au fond quelque chose de vrai dans l’accusation; mais cela ne tient aucunement à l’immodestie des sculptures en elles-mêmes, qui sont fort chastes dans leur nudité; mais seulement et encore à la répétition de ces sculptures. Une femme toute nue peut fort bien, si elle est traitée avec délicatesse et retenue, représenter la virginité tout aussi bien qu’une statue couverte de voiles; mais il faut que cette statue soit, pour ainsi dire, isolée et dans un entourage virginal. Si, au lieu d’une figure pudiquement nue, vous en mettez une vingtaine ensemble, ces vingt, fussent-elles tout aussi pudiques que la première, donneront immédiatement aux yeux l’impression d’une réunion de courtisanes, et ce qui, ainsi que je l’ai déjà dit, est arrivé lors de l’exposition des tableaux de Boulanger, arrivera de même lorsque tous les bras, toutes les jambes et tous les torses offriront, par leur réunion seule, un aspect dévergondé et licencieux.
Ce ne sont donc pas les figures de Chabaud qui sont cause de l’impression produite sur quelques-uns; mais bien la réunion et la répétition de ces figures. Il est d’ailleurs facile de s’en convaincre à l'Opéra même en regardant les portions de balustrades établies du côté Ouest. La, par suite de la disposition des abords, il n’y a que deux piédestaux et deux lampadaires. Eh bien, ces deux lampadaires, qui sont composés avec ces mêmes figures de Chabaud, ne donnent prise à aucune mauvaise pensée
et semblent bien plutôt des déesses vertueuses que des nymphes un peu effrontées. C’est donc le nombre seul des statues qui a fait leur immodestie; mais j'aurais dû penser à cela dès le principe, et puisque je ne pouvais prétendre à varier les motifs, j'aurais dû sans doute faire composer les figures avec des draperies, qui eussent teuré, je le crois, tout prétexte à! l’accusation: d’impudeur.
J'ai cru pourtant un jour pouvoir modifier ces statues et leur donner quelques voiles : c’était du temps où M. de Larcy était ministre et où M. de Lorgeril fulminait contre les débauches sculptées de l’Opéra. L'attaque devint un instant si forte que je fus sommé par l’administration de cacher ces seins que l’on ne saurait voir, et comme, en résumé, je ne demandais pas mieux que d’essayer quelques modifications, je me décidais à faire faire des espèces de tuniques flottantes qu’on aurait ajustées sur les torses, lorsque M. de Larcy quitta son poste en emportant avec lui les récriminations qui lui avaient été adressées par quelques puritains de son parti. Comme c'était encore une assez grosse somme à dépenser, je remis alors à plus tard l’opération de l'habillage de mes divinités de la nuit, qui, maintenant, paraissent devoir tenir longtemps leurs becs de gaz sans mettre leurs chemises de bronze. |
N'importe! si quelque jour on ne savait en France que faire d’un peu trop d’argent, je ne serais pas fàché que l’on pût habiller par-ci par-là quelques-unes des statues de Chabaud, en en laissant pourtant au moins une ou deux paires tout à fait intactes.
Je reviens aux abords de l'Opéra, à ces malencon-
treux abords qui m'ont amené à mal établir ma balustrade, et, bien que mes lamentations soient maintenant faites en pure perte, je saisis l’occasion qui se présente à moi pour dégonfler un peu mon cœur, tout gros d’ennuis à ce sujet depuis plus de quinze ans!
C’est qu'en effet, je ne connais pas un monument, soit ancien, soit moderne, qui soit planté dans des conditions plus déplorables que le nouvel Opéra! I yena qui sont obstrués, d’autres qui sont presque cachés, d’autres qui sont sur des buttes ou dans des creux; mais tous au moins, dans quelque condition qu’ils se trouvent, n’ont pas à lutter avec des abords régulièrement irréguliers, avec des maisons plus grosses qu'eux, avec des vues où le devant, les côtés et le fond sont formés par des constructions banales, encombrantes et symétriquement tout de travers, et avec des espaces trop petits pour dégager le monument ou trop grands pour lui donner de l'échelle! L’Opéra est, en somme, fourré dans un trou, remisé dans un fond et enseveli dans une carrière! et vraiment, Si je n'avais pas une réelle admiration pour les grandes choses qu’a faites M. Haussmann, j’aurais contre lui de vrais sentiments de rage! Mais comme j’ai eu le temps de me calmer depuis qu’il a fait découper le quartier de la Chaussée-d’Antin en tranches triangulaires, et mis une bosse sur la chaussée du boulevard des Capucines en mettant un creux à celle du boulevard Haussmann, quand il aurait fallu faire tout le contraire, je me console en pensant que dans quelques centaines d’années il viendra à Paris un préfet ayant, ainsi que les nôtres actuels, le désir de dégager les monuments du Paris d’alors, et qu'il s’avisera de désencombrer l'Opéra
en rasant tout le quartier! Il est, du reste, probable que ce préfet-là, pour suivre la tradition, en faisant dégager les monuments des époques passées, fera construire des bâtiments tout neufs qu'il engagera dans des constructions mal plantées, afin que ses successeurs puissent aussi avoir le plaisir de procéder à leur tour à ces fameux dégagements des monuments!
Mais, en attendant que l’on démolisse Paris pour le reconstruire et le redémolir ensüite, il n’en est pas moins vrai que ni vous ni moi ne verrons l’Opéra avec des entourages de légers portiques, des jardins, des maisons basses et surtout des rues étroites et contournées; nous ne sommes pas encore à l’époque de la renaissance du pittoresque, et il faudra attendre bien longtemps, j'en ai peur, pour que la ligne brisée ou la ligne courbe remplace la ligne droite dans les nouvelles rues de nos villes. Enfin il faut espérer en l’avenir, et si quelque jour je deviens préfet de la Seine, je mettrai une grosse amende sur ceux qui s’aviseront de bâtir leurs maisons à la même hauteur que celles de leur voisin et sur le même alignement.
Quoi qu’il en soit du Paris de l’avenir, l'Opéra du présent est bien mal partagé comme assiette; le terrain sur lequel il est bâti est étroit par devant, étroit par derrière et s’élargit en ventre au milieu, de sorte que la clôture de ce terrain, devant suivre la silhouette, a l'air de faire des ronds de bras comme une demoiselle de paveur; puis, ce qui est plus terrible encore, le terrain s’en va en pente et, entraine forcément avec lui, dans cette pente, cette malheureuse clôture, qui n’a plus l'air de tenir à rien et qui, au lieu de servir de cadre au mo-
nument, fait bien plutôt l'effet d’un tableau accroché de travers au beau milieu d’un salon!
Rien n’est déplaisant comme ces lignes penchées des balustrades, qui coupent les lignes horizontales du bas de l'édifice, et, comme la perspective donne à celles-ci ou à celles-là des inclinaisons sans cesse différentes, il en résulte que l'Opéra, au lieu d’avoir Pair d’être planté solidement et d’être soutenu à sa base par une ceinture d'appui qui lui donne de l’empâtement, à Pair, tout au contraire, d’être placé sur un radeau mouvant qui s’incline plus ou moins, mais n’a jamais l’apparence d’un sol stable. Toutes les fois que je passe du côté Est de l'Opéra, je fais malgré moi le mouvement que l’on fait instinctivement quand une voiture tend à se renverser : on se jette du côté opposé à celui vers lequel elle penche. Eh bien, moi, je me penche toujours à gauche, en cherchant à entrainer dans mon mouvement tout le sol de la place et des rues, pour le faire relever et le rendre horizontal...
Ce qui me choque surtout, c’est ce démanchement, ce dégingandage de la balustrade, qui procède par parties horizontales, par parties inclinées et par angles fuyants. J’ai pourtant bien cherché à donner à tout cela une tenue générale, mais je n’y suis guère arrivé. C’est qu’aussi 1l y avait dans cette opération une difficulté insurmontable ; il fallait bien que les portes fussent horizontales afin de se développer, et comme ces portes sont toutes à des niveaux différents, il s’ensuivait que les parties de raccord entre elles devaient, ou bien être construites en pente, ou bien se décrocher les unes sur les autres; à moins cependant de composer l’ensemble en se préoccupant seulement de lhorizontalité de la partie
supérieure, et, par suite, en donnant à la balustrade et aux portes des hauteurs variant suivant les niveaux. C'est peut-être ce moyen qui, en somme, aurait été préférable. Il y aurait bien eu ainsi du côté du Nord des balustrades presque aussi hautes que des murs de clôture et des becs de gaz à 6 mètres du sol; mais au moins il y aurait eu un parti plus franc. Et encore est-ce bien certain? Car la forme en plan de l’enceinte, faisant converger les lignes vers l'édifice, aurait par la perspective détruit l’horizontalité désirée!
Quoi qu’il en soit, j'ai essayé de tout et j’ai trouvé à tout des inconvénients; j’ai étudié tous les arrangements imaginables et je ne suis arrivé à rien de bon, parce que, je le répète, la question parait insoluble. Aussi, toutes les fois qu’un malheureux architecte sera aux prises avec ces formes bâtardes et ces terrains trop inclinés pour donner belle assiette au bâtiment, ou trop horizontaux pour permettre une plantation pittoresque, il arrivera que les monuments qu’il construira sur ces terrains auront une apparence boiteuse et déplaisante. En résumé, quand on veut que quelqu'un soit bien assis, on lui donne un siége où l’on ne glisse de nulle part, et non un plan incliné où l’on glisse de partout; et il doit en être de mème pour les monuments.
Que faire à cela maintenant? Rien, ou peu de chose; profiter du percement de l’avenue de l'Opéra pour remanier un peu les niveaux et abaisser de quelques centimètres celui du boulevard des Capucines. Ça ne serait pas un mal; mais ça ne serait pas encore un très-grand bien, et je crois que le moyen le plus eflicace serait de mettre quelques plantations d’arbustes au pied du monument. Cela
couperait les lignes et déguiserait les malencontreuses pentes. D'ailleurs la verdure des arbres et des fleurs a été inventée, il me semble, pour corriger les défauts de toute architecture, et il est bien rare qu’une mauvaise bâtisse ne prenne pas un certain charme quand elle est accompagnée de végétation. Vous verrez, plus tard, quand l’Opéra sera en ruine et qu'il sera couvert de lierre, vous verrez (c’est un euphémisme) comme cela sera grand, pittoresque, imposant et presque merveilleux! Eh bien, sans démolir tout de suite le bâtiment, on pourrait déjà lui donner ce généreux compagnon des pierres, cet ami de l'architecture, et planter de ci, de là, quelques arbres toujours verts, qui vaudraient mieux comme cadre que la clôture mal équilibrée qui existe maintenant.
Je voudrais bien encore émettre un vœu, mais je sais déjà à l’avance qu’il sera stérile. Cependant si dans l’avenir On pouvait y prendre garde, peut-être ferait-on sagement. Ce serait, lorsqu'il s’agit de construire un monument quelconque, de consulter tant soit peu l’architéCtequidOIMLédiHEr NSurlesabordsetlene trame dis pas que les architectes soient infaillibles, oh! non, et ils prouvent chaque jour qu’ils sont bien de la race imparfaite des humains ; mais enfin, celui qui élève un bâtiment a quelque intérêt à ce que son œuvre soit bien placée, et, en définitive, peut-être pourrait-on lui demander s’il aime mieux bâtir sur un coteau que dans une fondrière.
On m'a bien consulté, il est vrai, pendant au moins cinq minutes : c'était en 1861, lorsque mes plans de l'Opéra furent portés aux Tuileries. L'Empereur eut Pair de requérir mon avis sur le terrain choisi et les rues pro-
jetées; j’émis, assez timidement il est vrai, ce petit avis sur le tracé adopté et je regrettai la forme triangulaire donnée à tous les pâtés de maisons, et Sa Majesté partagea cette opinion en reprochant au préfet de la Seine d'aimer trop les fichus. Elle fitmèême de sa main une espèce de petit croquis sur le plan des alentours, en supprimant les rues biaises et les remplaçant par des places rectangulaires, et je pus croire qu'avec cette haute protection il serait changé quelque chose au projet.
Mais tout se bâtit comme s’il n’avait été question de rien, et lors de la seule visite que l'Empereur fit à l'Opéra, en 1862, lorsque je me hasardai à lui demander pourquoi on avait continué le découpage en fichus du quartier, sans rien modifier aux premières parties, S. M. Napoléon III me répondit en fermes textuels :
« Malgré ce que j'ai dit, malgré ce que j'ai fait, Haussmann a agi comme il a voulu!!... »
Et dire que c’est peut-être toujours ainsi que les souverains font leurs volontés!
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Le pignon de la scène de l'Opéra, du côté de la façade, est accompagné de trois groupes en métal dont l’un, celui du centre, est exécuté par Millet, et dont les deux autres sont l’œuvre de Lequesne.
Ces trois groupes, indépendamment de leur valeur artistique, ont une importance fort grande au point de vue architectural, parce que, par leurs silhouettes, ils constituent celle de cette partie du monument. Or, ce n’est pas une petite affaire que de composer de bonnes silhouettes, et plus d’un statuaire de grand talent peut échouer là où un artiste de second ordre, mais ayant le sentiment décoratif, peut réussir à merveille.
Je ne veux pas dire que Millet et Lequesne soient des sculpteurs de deuxième catégorie. Ils ont fait leurs preuves et peuvent revendiquer leur place dans les premiers rangs : je veux dire seulement qu’ils ont l'intuition décorative, si précieuse en ce cas spécial, et que leurs œuvres ont été composées de façon à ce que, pour ce couronnement de la scène, je puis presque considérer ces sculpteurs comme des collaborateurs architectes.
IL est vrai que ces artistes ont bien voulu quelquefois écouter mes avis, non comme sculpture, cela va sans
dire, car je ne me serais pas permis cette immixtion, mais comme arrangement des contours et des masses. Grâce à cette entente amicale, qui au surplus s’est presque toujours présentée à l'Opéra, le résultat de nos efforts a été très-heureux, et le pignon de la scène, ainsi complété par des bronzes de belle allure, a grand air et belle tournure, ce dont il est juste de féliciter les deux vaillants statuaires.
Il est évident que ces groupes, placés haut et se détachant toujours en vigueur sur le ciel, ont dü être exécutés d’une façon un peu conventionnelle; c’est-à-dire que, pour leur faire produire un effet net et marqué, il a fallu exagérer certaines parties aux dépens des autres : les bras ont été considérablement grossis; les modelés ont été simplifiés; les contours ont été soutenus; en somme, il fallait, pour mener à bien ces œuvres de dimensions colossales, voir plus loin que le travail d’atelier; il fallait, pour ainsi dire, prévoir l’avenir et, sculptant en artistes, sculpter de plus en divinateurs. C’est à peu près le rôle que joue l'architecte qui ne peut agir qu'avec une sorte de prescience; c’est du reste celui que doivent jouer tous les artistes ayant l’occasion de faire une œuvre qu'ils ne pourront juger que dans un milieu différent de celui dans lequel elle s'exécute.
Certes la sculpture ainsi que la peinture n’ont pas la décoration monumentale comme but le plus élevé, et l’art le plus pur n’est pas celui qui produit toujours l'effet le plus saisissant. La Venus de Milo et la Joconde de Léonard sont de l'art plus parfait que les statues du Bernin ou les plafonds de Lefranc; mais la perfection de ceci ne nuit pas à la désinvolture de cela. Ce sont