‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 24 sur 145 · DU RIDEAU D’AVANT-SCÈNE · texte numérisé non relu

DU RIDEAU D’AVANT-SCÈNE

draperies à au moins autant d'importance que le parti général.

Du reste, si je réclame pour moi la conception du lambrequin, c’est moins pour me faire un mérite de l'avoir réussi, que pour reconnaitre que les deux pendentifs qui le terminent sont un peu trop développés, et qu'ils eussent gagné à être moins longs de trente ou quarante centimètres. Cela pourra se refaire facilement plus tard; mais, en attendant, comme quelques personnes ont fait cette remarque, je tiens à ce qu'on sache que ia faute n’en incombe pas aux décorateurs; ils n’ont rien à se reprocher, et le public n’a qu’à les applaudir.

Vous avez peut-être remarqué que le milieu de ce lambrequin est orné par un cartouche circulaire, contenant les armes du Roi-Soleil, et par une petite plaque indiquant l’année de la fondation de l'Opéra. Ce motif s'arrange bien; c’est du moins ce qu’il me semble; il fait bon effet, mais évidemment tout autre cartouche et même tout autre motif aurait pu donner lieu à un arrangement tout aussi satisfaisant; car il faut que des cartouches, des palmes et des guirlandes soient bien mal agencés pour n'être pas à peu près acceptables. Cependant, si j’ai choisi ces armes et ces millésimes, c’est que je voulais éviter de mettre de la politique à la place de l'architecture. J'ai dit déjà que je ne considère pas comme emblèmes politiques ceux qui, appartenant au souverain régnant lors de l’édification d’un monument, ont pour but, lorsqu'ils prennent place dans un édifice, de fournir des motifs nouveaux et d'indiquer des dates historiques. Aussi j'ai introduit des aigles à l'Opéra, avec la même tranquillité d'esprit que j'y eusse introduit des lis

ou des faisceaux si le monument avait été construit sous Louis XV ou sous la République. Mais il y a dans beaucoup d’édifices un emplacement spécial, qui est presque toujours destiné à recevoir officiellement les emblèmes du régime alors en vigueur, et si ce n’était pas irrespectueux, je dirais presque le régime courant; c'est à cet endroit que se trouve, sous forme allégorique, ce que l’on pourrait appeler l’enseigne du Chef de l’État. Quand un titulaire disparaît, son successeur (qui n’est pas toujours son gendre) s’empresse de modifier Pécriteau. Jadis ça durait pourtant assez longtemps, et on se faisait gloire de conserver l’enseigne précédente et d'inscrire à côté : Maison fondée en 1589; un tel, successeur, continue son commerce. Mais depuis quelque temps les changements de propriétaires sont fréquents, et le Coq Hardi, le Cheval Blanc, la Maison Rouge et l’Aigle Noir, viennent tour à tour prendre place sur la devanture de l’établissement.

Je disais donc que dans les édifices il y a un endroit qui reçoit spécialement l'étiquette et qui, dès lors, peut être considéré comme emplacement politique. Dans les mairies, c’est le dessus de la grande cheminée; dans les marchés, c’est le couronnement d’une petite fontaine placée dans la cour centrale; dans les écoles, c’est le plateau d’une console en plâtre, scéllée au-dessus du poêle; dans les ministères, c’est un des trumeaux de la salle du conseil; dans les théâtres, c’est au milieu du manteau d’Arlequin. Lorsque les gouvernants ou les architectes sont confiants, ils installent ces emblèmes à demeure fixe; mais dans les théâtres, il paraît que les directeurs sont plus hésitants; car les attributs sont le plus souvent

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