‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 31 sur 145 · DES BATIMENTS DE L'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

DES BATIMENTS DE L'ADMINISTRATION

parler d'autre chose,’ d’une chose qui, elle, est toute d’actualité : c’est presque un fait divers que je vais vous raconter, avec une petite queue que je lui ajouterai : Donc, aujourd’hui 1* septembre, je viens d’avoir à l'Opéra la visite de mon ministre (mon dix-huitième ministre) qui, chemin faisant, m’a appris qu’il lisait ces fascicules. Trouvez-moi donc beaucoup de ministres qui fassent comme celui-là ! Or, M. Paris m'a engagé, lorsque je terminerai la publication de mon ouvrage, à consacrer un chapitre à mon testament ; — mon testament artistique, bien entendu, —et de dire tout ce que je désire qu’on fasse par la suite dans l'intérêt du monument. Cette idée, qui m'était déjà venue et que j’égrène même par-ci par-là dans ce volume, me montre bien que, dans plusieurs centaines d’années, si on découvre quelques traces de mes désirs, il serait possible qu’on les prit en considération ; mais ça m'indique aussi que, de monvivant, il ne faut pas que je fonde grande espérance sur mes propositions. Je me résignerai donc à attendre trois ou quatre cents ans pour qu'on arrange à ma façon les abords de l'Opéra. Cependant, comme il y a un point qui me taquine très-fort en ce moment au sujet de l’avenue de l'Opéra, je me risque à dire tout de suite mon regret et mon désir. Donc, j'étais monté avec mon ministre sur la loggia pour lui montrer de là la nouvelle percée, que je n'avais pas encore vue moi-même. Cette percée est fort belle, bien qu’un peu courte ; mais, hélas ! vue du balcon de l'Opéra, elle se termine aussi mal que possible. Une grande maison, gauchement posée, fait le fond du point de vue, et sans médire de l’architecture de cette maison, je puis bien reconnaître que celle-ci est posée de travers

par rapport à la voie, et qu’elle n’a pas une silhouette des plus avantageuses. Avoir une si belle avenue pour que l’œil se porte sur une simple maison de commerce, n’est pas précisément l'idéal, et je suis convaincu que tout le monde fera bientôt la remarque que je fais aujourd’hui.

Eh bien, voici le désir que j'exprime, sans me préoccuper, bien entendu, des ressources pécuniaires de Ia Ville. Ce n’est pas un financier qui parle, mais un simple architecte, qui voudrait bien, ayant travaillé à un bout, voir travailler aussi à l’autre. Je voudrais donc que cette maison de la rue de Rohan füt achetée en partie par la Ville, et que sur le pan coupé qui fait face à l’avenue de l'Opéra, mais pan coupé très-élargi, füt établi un grand monument décoratif, un Château d’eau, par exemple, avec une silhouette ferme, des saillies prononcées, des chutes et des cascades vigoureuses; enfin quelque chose de pompeux et de théâtral. Du reste, si l’on ne comprend pas très-bien mon idée, je suis tout prêt à faire le dessin de l'édifice et je ne serais pas fàché d'occuper les deux extrémités de la grande voie.

: Que pensez-vous de mon projet? Moi, je le trouve parfait, et je vais, pour mon plaisir, en faire le dessin, que je joindrai au testament artistique recommandé par mon ministre.

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