DES BATIMENTS DE L’ADMINISTRATION
notes artistiques, et elles auront ainsi un intérêt archéologique. Il y a deux ou trois ans elles auraient eu un intérêt d'actualité ; aujourd’hui elles se perdent dans les préoccupations du moment, et il faut bien avouer qu’il ne peut en être autrement.
Et pourtant la force d’une nation se tompose de toutes les petites forces particulières, et, si peu qu’il apporte à la masse générale, tout individu a le devoir de lui fournir son contingent. Un soldat ne fait pas une armée ; mais comment l’armée se formerait-elle si chaque soldat désertait parce qu’il se croit peu de chose? Il faut donc par devoir, par raison, par nécessité, que personne n’abandonne la tâche qui lui est échue, et puisque la mienne est de m'occuper d’art, eh bien, je m'en occupe! J’aimerais mieux, certes, au lieu de faire des descriptions et des théories, bâtir à nouveau un monument quelconque! mais, puisque les circonstances ne s’y prêtent pas et que je reste un peu isolé dans mon coin, je fais le mieux que je puis, et n'ayant plus mème un simple mur à édifier, je cause de mes travaux passés, en espérant que quelques artistes profiteront des bonnes choses que j'ai pu faire ou des erreurs que j'ai pu commettre. Et voilà pourquoi, bien que le métier me lasse, je vous ai parlé de l’Opéra et je vous parle aujourd’hui de la porte sur le boulevard Haussman; voilà pourquoi je vous ai dit que je me trouve fort empêché à la juger; voilà pourquoi je vous dis que les bâtiments de l’administration sont de bonne composition, ce qui n’était pas facile; que leur architecture est d’un bon caractère ; que J'avais inventé sur les cheminées un nouveau motif en fonte découpée, destiné à cacher les affreux mitrons des cheminées, mais
que mon invention n’a guère eu de succès; car les cheminées ayant pour principe de fumer toujours quand leurs tuyaux ne s'élèvent pas au-dessus de ceux des cheminées voisines, il a fallu rajouter, sur les mitrons cachés, des prolongements en tôle qui dépassent les galeries de fonte, et qui menatent de s’allonger encore, les fumistes ayant toujours cet objectif de dominer leur entourage. C’est une lutte de croissance qui dépasse celle des asperges et qui fait que tous les monuments du monde entier ont pour couronnement des dentelures de peigne ébréché et de longs chicots noirs. Regardez plutôt le gardemeuble, ‘et voyez l’envahissement du ramonage sur larchitectureth à
Mes gentilles petites cheminées! Je les avais étudiées avec tant de soin pour les rendre parfaites! Chabaud y avait sculpté des têtes représentant le grillon, l’hiver et le pot-au-feu. J'avais arrangé ma gracieuse galerie à jours avec de jolies lyres, bien découpées! C'était charmant, en un mot ettleSsimitrons, Ncache Sala se tenaient modestement à leur place. Cela dura ainsi tant que l’on ne fit pas de feu; mais voilà qu’un jour on s'imagina d’en faire, et naturellement la cheminée de fumer! Alors commença l’œuvre du fumiste, et l’installation de la ribambelle de tuyaux, d’aspirateurs, de ventilateurs, de gueules-de-loup, de capuchons, etc. Il n’y a pas encore les fils de fer ni les tringles qui s’attachent à ces excroissances; mais, patience; cela viendra, et les souches proverbiales des cheminées de Genève auront des rivales puissantes dans les souches des cheminées de l’administration de l'Opéra !
Pour terminer ce chapitre, j’ai bien envie de vous