‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 33 sur 145 · CARPEAUX · texte numérisé non relu

CARPEAUX

J'avoue que cette dépêche me troubla fort, et que j en renvoyaiimmédiatement une autre pour avoir quelques détails. Je sus ainsi le soir même que l’on avait jeté une bouteille d'encre sur le groupe et que plusieurs figures étaient gravement atteintes. Je reçus le surlendemain des détails circonstanciés sur l’attentat commis, et écrivis à Louvet, mon inspecteur, pour lui dire avant tout de cacher provisoirement le groupe avec des toiles, afin qu’on pût réfléchir à ce qui devrait être fait sans amasser la foule, qui, paraissait-il, se pressait devant la façade de l'Opéra. Mais mon désir, mes instructions plutôt, ne purent être suivies. Carpeaux s’opposa absolument à ce que l’on masquât son œuvre, etvoulut montrer à tous les yeux l'acte de vandalisme dont elle venait d’être l’objet. Je ne comprenais pas trèsbien cette résolution, ou plutôt elle pouvaitse comprendre par l’espèce d’absolution que chacun donnait alors au groupe. En présence de l’événement, on oubliait un peu les nudités choquantes, et l’on ne voyait plus qu’une grande production sculpturale, menacée d’être dégradée.

L'artiste alors savourait sans doute ce retour à la vérité, et, trouvant dans le mouvement quise faisait en faveur de son œuvre une compensation aux critiques acerbes dont elle avait été l’objet, ne voulait pas arrêter trop tôt ce mouvement qui lui était si favorable.

Je revins alors à Paris, et voulus m'occuper immédiatement de l’enlèvement de la tache ; mais je parus encore trop pressé pour Carpeaux qui, du reste, avec raison, voulait que l’on étudiât bien les moyens proposés pour remédier à l’accident. Je fis donc cette étude aussi complète que possible, et certes ce n’était pas une petite affaire! car depuis le moment où fut jetée la bouteille d'encre, jusqu’à celui où la tache fut enlevée, ce ne fut qu’un déluge de lettres émanant de mille inventeurs, et proposant tous un moyen sûr et certain d'arriver à un bon résultat. Je n'aurais jamais cru qu’une tache d’encre püt tant en faire répandre, et que cent encriers se videraient pour chercher à effacer le dommage causé par un seul!

Je dus naturellement repousser tous les procédés que je ne pouvais éprouver avant l’exécution, et je me bornai, à l’aide d’un de mes inspecteurs, M. Sabathier, ingénieur civil et bon chimiste, à chercher entre nous ce qui semblait devoir réussir.

Comme nos expériences peuvent à l'avenir servir à

quelques personnes, il me semble bon de les indiquer succinctement.

Nous avons fait un grand nombre d'essais sur des pierres d'Échaillon blanc de la même provenance que celle du groupe; or, comme tous les calcaires sont attaqués par les acides libres, il était impossible d’en employer aucun pour faire disparaître la tache d’encre. Nos essais ont

porté sur l’emploi du chlore libre en dissolution, des hypochlorites de chaux, de soude, de potasse, de zinc, du protochlorure d’étain, etc., etc. Voyant que les résultats produits par ces différents agents ne donnaient qu'un effacement partiel, laissant souvent des taches indestrucbles, il a fallu trouver un autre moyen.

M. Esquiron, quiavait déjà exécuté pour l'Opéra divers ciments particuliers, et qui était des nôtres pour nos expériences, se rappela les recherches qu'il avait faites jadis pour le blanchiment des fibres textiles et des tissus, et les beaux résultats qu'il avait obtenus au moyen d’un sel d'hypochlorite d'alumine très-instable, se décomposant facilement en ses éléments, sans présenter de réaction acide, et dont la solution conservait toujours 1a neutralité.

Des essais furent faits avec ce sel, en y ajoutant toutefois de l’hypochlorite de soude et de chaux, plus un grand excès d’alumine hydratée, cet‘excès motivé par cette propriété curieuse de ce dernier corps d’absorber certains sels et d’en décomposer quelques autres, en s’emparant de leur base. Ces essais ont parfaitement réussi, et nous les avons considérés comme offrant toute garantie; et de fait l'opération a réussi et nulle trace nest restée de la maculature. C’est donc à l’aide d’une solution très-concentrée d’un mélange d’hypochlorite d’alumine de soude et de chaux, avec addition d’alumine hydratée, formant une bouillie épaisse, que les surfaces tachées ont été débarrassées de l’encre. La substance a été appliquée deux fois, en faisant un lavage énergique à l'eau pure après chaque application.

Après l’émotion causée par l'apparition et l’enlève-

ment de la tache, les ennemis et les opposants du groupe, qui s'étaient un peu calmés, recommencèrent leur campagne de plus belle; les lettres, les rapports, les récriminations furent de nouveau mis en œuvre, et l’on fit tant et si bien que le maréchal Vaillant, poussé par en haut, tiré par en bas, entrainé de tous les côtés, décida enfin, malgré mes instances, que le groupe de Carpeaux serait retiré, et qu’un autre plus convenable et de proportions plus satisfaisantes le remplacerait. |

Il n’y avait plus à reculer : le Sénat, la Chambre des députés, lé ministre et le souverain même, tout le monde était d'accord pour l’enlèvement de ce groupe! On me laissa pourtant le choix de l’artiste qui devait exécuter celui qui le remplacerait et je pus obtenir que ce füt Carpeaux qui composerait un nouvel ouvrage pour se remplacer lui-même. Il était convenu que je chercherais à l'Opéra une place un peu secondaire pour y installer le groupe refusé, qui aurait trouvé grâce devant ses détracteurs s'il avait été exposé à un endroit moins en vue.

Ces conditions me semblèrent bonnes, en ce que j'y voyais le moyen d'éluder l’ordre reçu. Je commandai donc à Carpeaux le travail, lui faisant voir que si son nouveau groupe était réussi, ilaurait l'avantage de montrer que son talent n’avait pas qu'une seule façon de se produire, et que si, tout au contraire, il n’en était pas satisfait, il pourrait faire durer l’exécution du modèle au moins deux ou trois ans, ce qui modifierait peut-être les événements et la façon de penser de ses antagonistes. C'était de plus une assez grosse Somme arrivant à l'artiste, qui, composant son groupe plus, simple, n’aurait cette fois aucun des dé-

boires qu'il venait d’avoir pour la question de dépenses. Tout cela me semblait au mieux combiné pour faire patienter le public, pour rémunérer un peu Carpeaux, et pour lui donner l’occasion de faire encore une œuvre remarquable, bien que traitée différemment de la première au moyen de draperies cachant les nus.

Malgré cela, il fut fort difficile de faire entendre raison à Carpeaux, justement blessé de la mise à l'index de son groupe; mais je lui fis voir tous les avantages attachés à son acceptation; je lui montrai divers endroits qui peut-être auraient pu lui convenir, et, dans la visite que je fis avec lui à cet effet de rechercher un emplacement, je voulus bien accepter celui qu'il me désigna, c’est-à-dire sous la voûte du grand escalier, à l'endroit où est aujourd’hui la Prthie de la duchesse Colonna. Il est bien vrai que, in pelto, aucun des emplacements ne me semblait convenable, et que celui que Carpeaux venait de choisir était absolument impossible pour des raisons d’eflet, de dimension et d'architecture ; mais céla importait peu, il y avait toujours le temps de se fixer sur un emplacement définitif, puisque j'avais obtenu du ministère que la translation du groupe ne se ferait qu'après que son remplaçant serait prêt à poser. Je paraissais donc accepter le choix de Carpeaux; mais jamais je n’eusse donné à ce consentement un commencement d'exécution. D'ailleurs. il me semblait fort difcile de transporter le groupe, con- Struit en trois morceaux difiérents, assemblés par des goujons et munis d’armatures les reliant à la muraille. On eût couru grand risque de briser quelques membres en faisant le détachement et la translation, et pour rien au

monde je n’eusse voulu me charger d’une telle opératian

et passer pour un Vandale, si le malheur voulait qu’un orteil ou un bout de nez füt détaché dans la route! Mais, je le répète, il fallait tergiverser ; ne pouvant m'opposer absolument à des instructions impératives, il fallait user de quelque subterfuge, ce qui me fut, au surplus, assez facile; car, dans le fond de leur pensée, le ministre et le directeur des Bâtiments civils trouvaient la mesure et . bien sévère et bien inopportune. É

Enfin Carpeaux céda, pendant un instant du moins, etil me quitta en me disant que tout était convenu; mais il parait qu'il rencontra en route quelques personnes qui lui parlèrent de dignité, de résistance, et d’une foule de belles choses très-grandes en théorie, mais parfois plus modestes en pratique ; de sorte que le lendemain matin, alors que j'allais faire mon rapport au ministre, je lus dans le Figaro un petit billet de l'artiste, lequel se gendarmait, s’offusquait de la détermination prise et finalement refusait de laisser déposer son groupe et de le refaire, à moins que l’empereur lui-même ne lui en donnût l’ordre formel!

Ce coup de tête fut une grande erreur; en mettant la presse dans la confidence de ce qui se préparait, Carpeaux se retirait tout moyen de sortir de l’impasse dans laquelle il s'était engagé, et en indiquant le nom de l’empereur, il rendait sa position plus difäcile encore, puisque c'était l’empereur qui, cédant aux sollicitations d’un grand nombre de personnages, avait donné lui-même au maréchal Vaillant l’ordre de faire enlever le groupe.

Je voulus conjurer le péril ; j'allai chez Carpeaux sans le trouver. Je lui écrivis une longue lettre en le priant de revenir sur sa décision et lui demandant un rendez-

vous immédiat à l'Opéra. Mais Carpeaux me répondit d’abord par ce premier billet.

« Mon cher Garnier,

« Après y avoir réfléchi, je refuse l’exécution d’un nouveau travail en remplacement de celui que l'Administration Supprimerait aujourd’hui, bien qu’elle l'ait adopté préalablement.

« Si S. M. l’empereur l’ordonnait formellement, il ne me resterait évidemment qu'à me soumettre.

« Mais, dans tous les cas, il m'est impossible d’entreprendre un travail dans de semblables conditions.

« Mille amitiés.

IMAC RPEAUX

« Ce 27 novembre 1869. »

Je ne me tins pas pour battu et fis encore de mon mieux pour le faire changer d’avis, en lui montrant bien que ce n'était pas la question d’art qui était en jeu, mais plutôtune question censée de moralité qui s’éteindrait d'elle-même avec le temps et que c'était ce temps qu'il fallait gagner avant tout. Ce fut inutile ; il me répondit le . lendemain une nouvelle lettre, dans laquelle il me disait « qu'aucune considération ne le ferait changer d'avis, et qu'il ne viendrait pas au rendes-vous que je lui donnais.»

J'étais très-décontenancé de tout cela; je comprenais fort bien la susceptibilité de Carpeaux, car son refus provenait, en somme, d’un sentiment de dignité personnelle que l’on ne pouvait blâmer, et, comme à sa place j'aurais certainement fait comme lui, je me sentais arrèté dans

mon insistance, et me disais qu'après tout la résistance

de Carpeaux produirait peut-être auprès du ministre un effet plus utile que mon entremise et mon amitié.

Il n’en fut pas ainsi; la note insérée dans le Figaro, avait éveillé aussi la susceptibilité du maréchal: Vaillant, qui trouva cette revendication publique un peu impertinente ; et comme il était en somme le plus fort, il fallut bien que Carpeaux cédât ; et, le 8 décembre 1869, sur le refus officiel de Carpeaux de se charger de l’exécution du nouveau groupe, il confia celle-ci à Gumery, qui n’était pas à faire ses preuves de talent. |

Gumery se mit donc à l’œuvre et commença son esquisse, conçue dans le caractère général des autres groupes de la façade, et naturellement je suivis ce travail comme celui du modèle qu'il exécuta ensuite ; mais ce n’était pas néanmoins sans un certain serrement de cœur que j'allais voir cette esquisse et ce modèle. Cela me faisait l’eflet que l’on doit ressentir en visitant un monsieur qui n’attend que votre décès pour se marier avec votre femme. Cependant, je ne pouvais décourager Gumery de son entreprise ; son groupe était d’ailleurs bien arrangé, et avait des parties fort heureuses de lignes; de plus, il fallait user de quelques ménagements avec cet éminent statuaire, qui était fort malade et miné par la cruelle maladie de poitrine qui devait l'emporter l’année suivante, pendant les terribles jours du siége de Paris. C’est toujours avec une grande émotion que je me souviens de l'énergie, de la force d'âme de cet ami, qui, sachant sa fin prochaine, travaillait avec la plus grande ardeur afin de laisser à sa femme et à ses enfants une toute petite fortune devant les sauver de la misère. Maisje vous assure que cette énergie, soutenue d’une façon

factice, cette fièvre de travail, exaltée par la fièvre de la phthisie, avait quelque chose de bien pénible et de bien douloureux; et devant les efforts de ce pauvre Gumery pour terminer promptement son œuvre, je me sentais souvent bien préoccupé et je me demandais si je n'avais pas eu tort de le présenter au ministre pour exécuter le nouveau groupe!

Gumery, au reste, ne put vivre assez pour le voir terminer; son modèle même fut en partie l’œuvre de ses praticiens, et malgré les grandes qualités qui se trouvent dans sa dernière œuvre, il faut bien reconnaître que si Gumery eût été en pleine santé, il eüt donné à son travail ce cachet puissant et particulier qui distinguait le statuaire du grand couronnement de l’Opéra et des belles statues du monument de Chambéry.

Gumery était, en effet, non-seulement statuaire de grande valeur, mais il était encore sculpteur décoratif, composant largement, et donnant à ses figures cette impression architecturale si précieuse, si indispensable même pour Le bon aspect des édifices. Sa sculpture, qui participait un peu de la sculpture romaine à sa belle époque, était cependant de la statuaire moderne, vivante et un peu naturaliste. Cette préoccupation de la nature, jointe à la tradition antique, donnait à ses œuvres un charme exceptionnel et faisait de cet éminent artiste un des meilleurs représentants de notre école française. Composant presque de jet, exécutant avec une remarquable habileté, Gumery était le plus précieux des collaborateurs, et l’on était certain, en s'adressant à lui, de n'éprouver ni mécompte d’exactitude, ni mécompte artistique.

Cependant le temps avait passé; les événements

de 1870 étaient survenus; tout travail était arrêté et personne ne se préoccupait plus de l’Opéra, converti pendant le siége en magasin de vivres, et en poste d’'intendance. Le groupe de Carpeaux fut oublié de même, et le modèle de Gumery, après avoir été moulé en plâtre, restait dans les ateliers de l’État. 11 se passa presque deux ans ainsi, et l’on devait croire qu'après toutes leurs vicissitudes les danseuses de Carpeaux allaient enfin prendre une place définitive sur la façade de l’Opéra. Mais sous le ministère de M. de Larcy, alors qu’une grande partie de la Chambre, hostile à l’Opéra à cause de son origine, considérait Ce monument comme une expression politique, la question revint au jour; quelques fougueux chevau-légers, M.de Lorgeril en tête, recommencèrent à battre en brèche l’œuvre du statuaire et les propos injustes et même outrageants pour Carpeaux se produisirent à la tribune. Devant cette opposition plus passionnée que raisonnable, il devenait difcile de demander à la Chambre des fonds pour continuer le monument, puisque ce monument devenait, pour quelques fanatiques, le sadre d’un groupe abhorré. Pour calmer un peu les esprits, il fallut promettre à la Chambre que ie groupe de Carpeaux serait enlevé et remplacé par un autre, lui montrer que le modèle était déjà exécuté et que l’on s’occupait de la reproduction en pierre d’Échaillon. Pour être dans la vérité, ce qui arrive quelquefois, même aux ministres, 1l fallut bien que l’on s’occupât de cette reproduction, et je reçus l’ordre de commander immédiatement les pierres destinées à devenir les nouvelles danseuses.

L'année suivante, il en fut de même ; avant de voter les crédits, il fallut que la Chambre, ou du moins certain

groupe, reçüt satisfaction sur le même point ; et mon cher et regretté ami Beulé, qui avait à cette époque une influence notoire sur les questions artistiques, me stimula à pousser vivement l’exécution du groupe de Gumery, certain qu'il était que cette satisfaction donnée aux opposants, le crédit annuel de l'Opéra ne serait pas encore refusé cette fois. Je pressais donc les praticiens, guidés par Thomas, que le ministère avait chargé de surveiller le travail posthume de Gumery, et le groupe se termina enfin !

Mais peu à peu l'indifférence, ou du moins le calme succédait à la tempête en ce qui regardait l'œuvre de Carpeaux; la majorité de la Chambre se modifiait, les épigrammes devenaient moins nombreuses et l’on ne réclamait plus guère l’enlèvement du groupe. Puis vint l’incendie de l’ancien Opéra ; les travaux du nouveau théâtre furent mené$S avec activité, avec fièvre même, et les danseuses de Carpeaux dansaient toujours sur leur piédestal, pendant que le groupe de Gumery restait en attente dans l’atelier de l'ile des Cygnes.

Carpeaux mourut, emporté par un mal cruel ; la sympathie que l’on devait à son grand talent se développa avec autant de surabondance que jadis s’était développé le dénigrement. Le sculpteur, enlevé à son art, devint une des gloires de la France, et son groupe une des grandes œuvres de notre époque! La mort du vaillant artiste avait produit l'effet ordinaire; tel qui l’accablait de son vivant, ne trouvait plus de paroles assez puissantes pour l’admirer alors qu’il n’était plus; et le groupe de Carpeaux devint comme un lieu de pèlerinage où les couronnes, les bouquetset les épigraphes s’entassaient à la gloire du statuaire

disparu. Qui donc alors aurait osé parler du changement du groupe? Qui donc aurait osé en proposer l’enlèvément? Rien que cette idée eût été déjà regardée comme un sacrilége, et nul n’eût eu le courage de la mettre en avant! Carpeaux venait d'entrer dans l’ère de la postérité et celle-ci rayonnait pour lui de gloire et de lumière!

Il faut donc croire, il faut donc espérer que la grande œuvre de Carpeaux restera maintenant à l'Opéra comme reste à l’arc de l’étoile le Départ de Rude, et si, ce qui est justice, on doit un jour montrer au public le dernier travail de Gumery, on lui cherchera un emplacement convenable ‘, qu’il pourra occuper avec supériorité; mais qui ne doit pas être celui qu’on lui avait destiné, alors qu'une fausse moralité, qui n’atteignait que les vicieux eux-mêmes, leur faisait baisser les yeux devant des seins qu'ils ne savaient voir.

Les artistes ne considèrent pas la pudeur du même œil que les mères de famille, les marguilliers ou les juges d'instruction. Leurs études persistantes sur toutes les formes de la nature font qu'ils ne trouvent que le nu là où les autres trouvent la nudité, et c’est seulement la feuille de vigne qui les choque dans les statues sans vêtements. Aussi, si chez plusieurs d’entre eux le groupe de Carpeaux a éveillé quelques petits sentiments de répulsion, ce n’était pas parce que les formes naturelles étaient visibles, mais parce que ces formes étaient, en certains points, un peu trop vulgaires. Ce n’était pas la question morale, ou soi-disant telle, qui les touchait, mais bien la question purement artistique.

1. Cet emplacement semble être aujourd’hui le vestibule du palais du Trocadero

Néanmoins, si parmi eux les rafhinés ou les spiritualistes ont pu regretter comme un certain manque de goût et de délicatesse dans l’œuvre de Carpeaux, ils n’en reconnaissaient pas moins les qualités supérieures qui la distinguent, et je ne sais pas vraiment S'il y a eu un seul artiste, malgré son école, son sentiment ou son tempérament, qui n’ait pas rendu hommage à la fougue d’exécution du groupe de la danse. C’est qu’en effet on ne se trouve pas là en présence d’une œuvre ordinaire, banale dans ses défauts ou ses mérites; mais bien d’un morceau d'immense valeur, puissant de lignes, large de conception, qui palpite, qui vit, qui force le regard à s'étendre sur lui et admiration à surgir des colères qu'il peut soulever.

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