DES"SCULPTURES DE CHABAUD
convenue, que chacun appliquait à peu près sans hésitation et sans récrimination. De cela il résultait que le maitre chargé d’un grand travail pouvait obtenir et obtenait en effet aide eflicace de ses nombreux élèves, et que, quelque grande que füt la besogne, elle arrivait toujours à bonne fin. Je parle, bien entendu, des peintres féconds, comme les Véronèse, les Dominiquin , les Lanfranc, les Raphaël même; mais il va sans dire que j’excepte les compositions grandioses et développées en elles-mêmes comme, par exemple, celles de la chapelle Sixtine, et que si j'indique un des procédés suivis lors de l’exécution de travaux considérables, je ne puis poser cette règle en principe immuable.
Cependant, il est réel que, dans certains cas très-fréquents, cette adjonction d'élèves de valeur aux maitres dirigeants a permis à ceux-ci de produire des œuvres plus nombreuses qu’ils n’auraient pu le faire livrés à leurs seules forces. Aujourd’hui cet état n'existe plus : peu d'élèves gardent intactes les leçons du professeur, et le désir de se produire un peu hâtivement fait que ces élèves, encore loin d’être parfaits, préfèrent courir à la renommée en produisant des œuvres signées de leur nom, qu’en travaillant incognito pour un autre artiste, si grand qu’il soit! Il n’y a guère qu’en architecture où cette aide est presque indispensable, parce qu'il s’agit là souvent de choses à répéter ou tout au plus à interpréter, que les jeunes travaillent pour les plus avancés dans la carrière. Mais il ne faut pas leur en faire un trop grand mérite ; car il est rare qu’un architecte puisse produire avant d’avoir quelques cheveux blancs, et leur abandon du métier de dessinateur et de commis ne leur servirait
pas à grand’chose pour illustrer leur nom. D'ailleurs, comme peu à peu les ateliers de peintres et de statuaires particuliers ont été délaissés pour les ateliers officiels, il n’y a plus entre les maîtres et les élèves cette communauté d'idées qui existait jadis : le respect, la reconnaissance sont déjà bien affaiblis envers ceux qui, au lieu d’être librement choisis, et qui voulaient bien vous accepter dans leurs écoles, ne sont plus guère maintenant que des professeurs payés par l’État et n’ayant plus grande influence morale sur les jeunes gens, ceux-ci considérant l’enseignement qu'ils reçoivent d’eux comme un droit absolu.
Il ne faut pas trop exagérer le sentiment d’ennui que peut causer un tel changement de procédés ; il est devenu presque fatal avec les nouveaux règlements scolaires, et je ne pense pas que les élèves de maintenant aient une nature moins affectueuse et moins généreuse que ceux des temps passés; mais si on ne peut blâmer les gens de subir une modification presque inévitable, on peut toujours la regretter un peu, et constater en tout cas que cette rupture du lien qui autrefois réunissait le maitre et les élèves empêche en certains cas ceux-ci de devenir les aides de ceux-là. Je dis en certains cas, car, grâce à Dieu, il se trouve encore quelques braves écoliers de valeur, qui, à l’occasion, se dévouent de tout cœur à l’œuvre de leur patron. Lenepveu fut de ceux-là avec M. Picot. Clairin en fut également avec Pils lorsqu'il refit presque toute la peinture de l’escalier de l'Opéra, et d’autres feraient certainement de même à l’occasion.
On voit par lesr éticences que j’apporte dans l’exposition de ces faits, que l’on ne peut guère accuser spéciale-