TROP D'OR! TROP D’OR
en plein, naturellement il doit coûter trois ou quatre fois moins cher que celle-ci, et naturellement aussi bien moins que la dorure en plein, faite à l’eau. Je n’ai pas parlé de ce dernier moyen parce qu’il est maintenant rarement employé, car c’est le luxe dans le luxe... Pourtant la galerie dorée de la Banque de Paris est ainsi ornée; mais Dieu sait ce qu’elle a coûté! Ainsi, en prenant des prix moyens, la dorure à l’eau revient de 120 francs à 140 francs le mètre superficiel; la dorure en plein revient à 30 francs environ, et la dorure à l’effet à 15 francs à peu près, quand elle est faite pour être vue de près, et à ÿ francs lorsqu'elle doit être vue de loin. C’est donc approximativement le tiers de la dorure en plein et le douzième de la dorure à l’eau.
Voilà, ce me semble, qui démontre déjà que l’architecte qui a choisi la dorure à effet a eu l’intention de réaliser d’assez notables économies. Voyons donc celles qui, de ce fait, se sont réalisées à l’Opéra, et j'ai quelque idée que les millions que l’on supputait déjà vont se réduire singulièrement.
Pour bien fixer les idées, je vais d’abord prendre un point de comparaison fort connu et d’autant plus facile à apprécier que pour bien des gens les deux termes comparés sont identiques : je veux parler de l’ancienne salle de la rue Le Peletier.
Personne, à ce que je crois du moins, n'avait pensé à reprocher à cette salle un trop grand abus de dorure; elle passait, avec raison du reste, pour une salle magnifique et très-harmonieuse dans sa tonalité et son aspect cossu. Avouez cela, n'est-ce pas, vous qui accusez de trop
d'éclat la nouvelle salle et qui pensez qu’elle a coûté tout un trésor! Oui, vous avez toujours dit comme les autres, et comme de fait cela était, que l’ancienne salle satisfaisait les yeux des gens artistes et des gens économes. Eh bien! je vous suis dans cétte impression, et si J'ai été moins réservé que l'architecte de l’Opéra incendié, je consens bien volontiers à accepter sans murmurer tous les reproches qui me seront adressés.
Cette salle, construite par Debret en 1815, a été restaurée en 1853 par Rohaut de Fleury; c’est à cette époque que l’on a redoré la salle, en profitant sans doute de quelques restes dont je n’ai pas même besoin de tenir compte.
La dorure de la salle a coûté à cette époque la somme de 35,000 francs, ainsi qu’il appert des mémoires réglés, et ce n’est pas trop; car il y avait un assez grand nombre d’ornements qui développent beaucoup en surface et reviennent à un prix bien plus élevé que les parties lisses.
Lorsque, en 1863, je restaurai à nouveau cette salle, indépendamment des raccords de dorure que je fis exécuter afin de ne pas repeindre bien des fonds de balcons ou de tympans, je fis également faire des berclés dorés sur ces mêmes fonds; puis, ayant changé la décoration de la coupole et y ayant établi les espèces d’œils-de-bœuf qui la contournaient, je fis dorer en rehaussé ces œilsde-bœuf exécutés en peinture; enfin, je détachai le plafond, peint par MM. Lenepveu et Boulanger, sur un fond d’or quadrillé, qui tenait toute la surface de la voûte.
Ces dorures diverses, ajoutées aux anciennes, coùtèrent environ 9,000 francs, et je dois dire que tout ce