‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 6 sur 145 · TROP D’OR! TROP D'OR · texte numérisé non relu

TROP D’OR! TROP D'OR

face-enveloppe comprenant la salle et la coupole est de 1,483 mètres; que le développement des corniches, des ornements de tympans, etc., est énorme (les tympans seuls développant cing fois la surface lisse), et que ces développements peuvent s’évaluer, à l’erreur d’un cinquantième près, à 2,300 mètres, ainsi qu'il résulte des opérations minutieuses auxquelles je me suis livré pour trouver cette surface. Cela donne déjà une superficie en nombre rond de 3,800 mètres. Ajoutons maintenant le cadre de la scène avec les retours, 100 mètres; les dessous des arcs-doubleaux et des lunettes, 200 mètres; les dessous des balcons, 300 mètres, et nous arriverons ainsi à un chifire de 4,400 mètres.

Voilà donc deux chiffres de comparaison de surfaces qui ont déjà quelque intérêt : ainsi 1,700 mètres d’une part, 4,400 mètres de l’autre! Que va-t-il arriver maintenant pour se rendre compte des dépenses relatives? Une chose bien simple, une modeste règle de proportion; celle-ci : si une salle ayant 1,700 mètres de surface a coûté 53,000 francs, combien coûterait une salle ayant une surface de 4,400 mètres? Réponse : 137,176 francs.

Ainsi la nouvelle salle de l'Opéra, pour n’être pas plus chargée de dorure que l’ancienne, pour ne pas mériter plus que celle-ci le reproche d’être trop luxueuse,’ devrait coûter 197;170 francs!

Eh bien, la nouvelle salle, y compris tous les apprèts, a coûté en tout 47,520 francs!

C'est-à-dire, en proportion, à peu près le tiers de ce qu’a coûté la salle de la rue Le Peletier et en réalité un prix inférieur! D’où il résulte, je suppose, qu'il y a moins d’or dans toute la salle du nouvel Opéra que dans toute

la salle incendiée, et qu’il y en a trois fois moins par rapport aux surfaces réelles.

Après cela, que devient l'accusation? où sont ces millions qui s'étaient engloutis dans les dorures du nouveau théâtre? où sont ces prodigalités insensées de luxe et de dépense? Vous ne trouviez pas l’ancienne salle trop fastueuse et vous ne l’accusiez pas d’avoir coûté trop cher, "et voilà que celle à laquelle vous adressez les reproches épargnés à sa devancière a coûté encore moins cher que celle-ci, et est trois fois moins dorée!

Pensez-vous maintenant que vos critiques étaient fondées? Au surplus, voulez-vous que je vous dise à quelle somme reviennent TOUTES les dorures de l’Opéra, et la salle, et l’escalier, et le grand foyer, et l’avant-foyer, et les salons circulaires, et le foyer de la danse, et tous les petits coins enfin où des ors ont été placés? Toutes ces dorures sans exception, y compris tous les apprèts de teintes dures ou de mixion, ont coûté au total 132,000 francs!!!

Et voilà comme on juge les choses et comme on accuse les gens! et, fait à noter, si dans diverses parties dont je parlerai plus tard, et notamment dans la machinerie théâtrale, les devis ont été plus ou moins dépassés, il se trouve que les travaux dits de luxe, ceux qui ont été accusés d’être la cause des dépenses, sont précisément ceux qui ont présenté souvent des économies sur les prévisions : ainsi le devis de dorure s’élevait à 320,000 francs, y compris, il est vrai, les deux pavillons marqués pour une somme d’environ 50,000 francs, et 1l arrive que les dépenses ne s'élèvent pas à la moitié du chiffre prévu!

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Allons, décidément, le mot : « Trop d’or, trop d’or!» était une fausse alerte. Je parle toujours au point de vue des dépenses; nous verrons plus tard ce qu’il faut en penser au point de vue de l’art.

Mais, maintenant que vous êtes avertis, ne tombez pas dans l’excès contraire et ne vous avisez pas de dire que j'ai été trop parcimonieux dans l’emploi de l'or, puisque la teinte jaune que j'ai mise trompe vos yeux et vous donne l’impression de la richesse. IL n’est pas nécessaire d’avoir de l’argenterie massive pour recevoir ses hôtes, et l’on peut diner fort élégamment dans des couverts en ruolz!

N'importe! le premier coup est porté; peu de gens liront ces lignes, et pendant longtemps encore ceux qui voudront bien s’occuper un peu de l'Opéra pousseront sans doute toujours ce cri : « Trop d’or! trop d’or! »

« Et voilà comme on écrit l’histoire! »

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Si le grand escalier de l'Opéra m’a valu des félicitations en prose et en vers, il faut bien avouer que le foyer de la danse ne m’a guère attiré que des invectives et qu'il a fait l’office de tête de Turc. Si l’on n’avait pas tout à fait raison, on n'avait pas non plus tout à fait tort, et ce petit coin du monument qui, avant l’exécution, m'apparaissait comme une merveille, n’a plus été, après son achèvement, que l’image déformée de ce que j'avais TÉNe:

Cela ne veut pas dire que je l’abandonne tout entier à la critique ; loin de là : jy trouve encore bien des choses qui satisfont mon amour-propre d'artiste et que je réclame avec un certain orgueil ; mais comme, à côté de ce qui me réjouit, je vois des parties qui m'attristent et dont pourtant je ne suis pas réellement responsable, je me laisse aller, malgré moi, plutôt aux regrets de voir mon projet mal construit qu’au plaisir de regarder quelques points échappés au massacre et exécutés comme ils avaient été conçus.

Lorsque ces bouffées de regrets m’arrivent à la cer-

velle je n’ai d’autre envie que celle de voir disparaitre ce malencontreux foyer, cette page pleine de coquilles, et j'en veux alors à ceux qui, m'ayant attaqué, ont pour moi le défaut impardonnable de n’avoir pas été entièrement injustes! Mais lorsque je puis faire sortir de mon esprit chagriné l’amertume qui me tient en voyant ma pensée trahie, lorsque je songe à l’idée première qui m’a guidé, lorsque j’étudie à nouveau ces détails multiples sortis bien constitués de ma tête et de mon crayon, je me dis qu'après tout, avec ses manques d'harmonie et ses lourdeurs déplaisantes, le foyer possède encore dans sa composition générale et dans l’indication artistique de ses ornements tout ce qu'il faut pour satisfaire les yeux des gens qui ne jugent pas tout un drame sur quelques scènes mal venues.

Laissez-moi donc, tout en abandonnant au sort qu’elles ont encouru ces mauvaises scènes plutôt mal récitées que mal composées, laissez-moi donc défendre un peu ce qui mérite non-seulement indulgence, mais vraisemblablement approbation. Peut-être qu'après avoir lu cette discussion sincère quelques aristarques oublieront leur mauvaise humeur pour trouver, qu’en somme, je suis plus à plaindre qu’à blâmer. Je plaiderai, je le sais, les circonstances atténuantes ; mais il me faut plus de courage pour agir ainsi que pour m'insurger contre les jugements rendus, défendre pied à pied mon œuvre, et finalement monter au Capitole pour rendre grâces aux dieux.

Voici d'abord ce que je voulais faire ; nous verrons ensuite ce qui à été fait :-

Le foyer de la danse à l’Opéra reçoit bien quelques ministres, quelques ambassadeurs, quelques abonnés et

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