‹ Le nouvel Opéra de ParisChapitre 66 sur 145 · DE LA CONSTRUCTION DE LA CUVE · texte numérisé non relu

DE LA CONSTRUCTION DE LA CUVE

gauche; puis enfin, doublés d’un contre-mur en briques de Bourgogne, toujours garnies en ciment et jointoyées extérieurement. Puis, enfin, un béton ordinaire fut exécuté dans l’espace qui séparait les murs de pourtour du batardeau de construction, et, finalement, les voûtes supérieures des piles étant construites, la pesanteur totale des matériaux employés étant suflisante pour contrebalancer la poussée souterraine, et ne craignant plus dès lors le soulèvement des maçonneries, je fis arrêter le fonctionnement des pompes qui, ainsi que je l'ai dit, avaient marché sans interruption aucune, pendant l’espace de cinq mois.

Vous voyez quelles précautions avaient été prises! Vous voyez que je n’avais rien négligé pour me mettre à l'abri de tout accident! et cependant je n'étais encore qu’à moitié rassuré, sachant fort bien que les bétons exigent un certain temps pour avoir toute leur cohésion et que les cristallisations d’obstruction se font souvent à longue échéance. |

Aussi j'attendais avec impatience l'instant où je pourrais constater la réussite complète de nos opérations.

Cependant, si j'avais le grand désir que tout se passât le mieux possible, il me semblait que je ne devrais pas être fâché si quelques infiltrations se manifestaient. En effet, si la cuve inférieure était absolument étanche, j'aurais alors exécuté des travaux inutiles, ou, tout au moins, j'aurais eu excès de prudence en exécutant la seconde enveloppe! C'était du temps passé et de l'argent dépensé qu’on aurait pu économiser. Si, au contraire, des infiltrations se présentaient, cela montrait que j'avais eu grand’raison d'agir comme je l'avais fait, et de me défier

d’une ennemie infatigable, ayant déjà causé bien des ennuis à plus d’un constructeur. Mais cette dernière interprétation, si elle constituait comme une affirmation donnée à mes appréhensions, n’en constituerait pas moins, d’un autre côté, comme une sorte d’échec éprouvé dans cette dificile opération. J'avais déjà à cette époque un certain nombre d’envieux qui n’eussent pas été fâchés de répandre le bruit de ma déconvenue.

Je n’étais donc pas sans quelques craintes du résultat futur; aussi, le soir même du jour où les pompes avaient été arrêtées, j'allai seul sur les travaux; et, du haut de la fouille, dans le couloir du fond qui n’était pas encore voüté, je vis comme quelques flaques d’eau sur le béton du sol! Je sentis une violente commotion. Je visitai la chose de plus près, ne pouvant savoir encore si c'était bien des infiltrations qui se montraient, ou si c'était seulement le béton qui perdait son eau, peut-être mis en excès en cet endroit. Néanmoins, je pris une voiture et allai immédiatement prévenir de ce fait l'entrepreneur des travaux, qui fut également surpris de l’incident, et qui, de plus, avait vis-à-vis de moi une responsabilité effective de construction ; les précautions prises paraissaient devoir être efficaces s’il n’y avait pas eu de malfaçon. — Le lendemain matin, à la première heure, nous nous retrouvames sur le chantier. L’eau avait encore augmenté , il n’y avait plus de doute ; ou bien quelque fissure s'était déclarée, quelque tassement avait eu lieu, quelques joints avaient été mal garnis, ou bien la cristallisation n’était pas encore assez complète!

Je pris une résolution immédiate : je donnai l’ordre à l'entrepreneur de faire, sans plus attendre, remettre

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toutes les pompes en jeu; mais au lieu de rejeter l’eau retirée des puits dans les égouts de la ville, je ‘la rejetai, ostensiblement devant tout le monde et les portes du chantier ouvertes, dans la cuve même, déclarant à chacun et même à mon personnel (sauf à mon ami Louvet), que l'expérience avait réussi, mais que, la chaux employée étant hydraulique, il fallait, pour qu’elle füt parfaite, consistante, qu’elle füt baignée dans l’eau pendant une année au moins ; et chacun admira ma sagacité et l’idée merveilleuse que j'avais de me servir de l’eau pour donner plus de résistance contre elle à nos matériaux.

J'avaié alors du temps devant moi; je pouvais laisser la cuve remplie jusqu'aux voûtes pendant un an, deux ans, trois ans même et plus; et, comme tout se passerait alors dans un endroit hors des yeux de la foule, je pouvais à mon aise interroger chaque joint, faire des visites minutieuses et réparer peu à peu les endroits qui paraissaient avoir souffert. |

Je dois dire au surplus que, dans les circonstances ordinaires et l’opération ayant réussi complétement, si je n’eusse pas inondé la cuve aux yeux de tous, je l’eusse fait au moins en partie par raison. Je craignais toujours qu'une crue subite des eaux ne se manifestât, comme cela est arrivé d'après l’inspection des sables enlevés dans la fouille, où la hauteur avait dépassé de trois mètres le niveau moyen, et, dès lors, la poussée aurait pu devenir trop puissante pour que les maçonneries, alors exécutées pussent y résister. Aussi il devenait prudent de remplir la cuve pour s'opposer à cette sous-pression. De plus, j'étais convaincu que le temps coagulerait davantage les ciments et les mortiers, et que leur séjour dans l’eau

amènerait à un résultat plus prompt. Seulement, j'eusse fait cela après avoir constaté une réussite et il fallait que je le fisse pour cacher une défaite partielle!

Point n’est besoin de dire à présent que, par la suite, et à diverses fois, j’ai pu reconnaitre la nature des infiltrations et leur opposer des obstacles qui, peu à peu, ont rendu la cuve parfaitement étanche, et que, si le résultat a été, non pas compromis, mais retardé à l’origine, il est maintenant parfait. Vous comprenez bien, du reste, que, $’il n’en était pas ainsi, je n’irais pas de gaieté de cœur vous dire mes petites misères, et que je laisserais croire, s’il y avait encore de l’eau dans la cuve, que cela est conservé exprès pour le service d'incendie.

Ce ne serait pas du reste tout à fait invraisemblable; car il en à été souvent question, et je ne dis pas qu’à l'avenir on ne considérera pas la cuve comme un grand réservoir destiné à conserver une grande masse d’eau disponible, en cas d'interruption dans la distribution des eaux de la ville.

Du reste, si l’on songe qu'avec une pression de cinq mètres de haut, il suffit qu’il y ait dans toute la surface de la cuve et de ses parois un petit trou de quinze millimètres de diamètre pour y amener une notable quantité d’eau en assez peu de temps, il ne faudrait pas croire qu'à l'avenir de petites infiltrations ne se manifesteront jamais. 11 faut toujours être en garde contre des irruptions de ce genre, qu'un tassement, mème insensible, peut produire. En tout cas, elles ne nuiraïient en rien au service du théâtre, assuré qu'il est par la double enveloppe qui le sépare des eaux et le met à l’abri de tout danger et

même de tout inconvénient,

DE BIEN DES CHOSES DONT JE VOULAIS PARLER ET DONT JE NE PARLERAI GUËÈRE OÙ NE PARLERAI PAS

En commençant ce grand travail d'écriture qui devait remplir un ou deux volumes, j'avais fait comme une liste des chapitres dont je voulais entretenir mes lecteurs. J’ai pris sur cette liste à droite et à gauche, en haut et en bas, suivant que l'esprit du moment me conduisait vers telle ou telle chose. Maintenant, en parcourant cette liste, je vois encore bien des points qui pourraient servir de sujet à quelques dissertations artistiques ou scientifiques ; mais je me sens réellement fatigué de la besogne que j'ai entreprise, et je crois que vous avez autant que moi hâte d'arriver à la fin. Je vais donc faire un tout de ces sujets divers, les nommant seulement lorsque je ne saurai qu’en dire, ou m'y arrêtant quelque peu si quelques idées me viennent à la cervelle, Je serai peut-être insipide, peutêtre intéressant; je n’en sais rien, et nous verrons bien en route quel chemin nous prendrons. En attendant, je copie les titres inscrits suivant l’ordre, ou plutôt le désordre dans lequel ils se trouvent maintenant, depuis qu'ils sont restés comme épaves dans ma nomenclature générale. Les voici donc : DES LOGES DES CHORISTES ET DES

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