DE EA CONSTRUCTION"DE: LA CUVE
les interstices des palplanches. Le travail se continua de même, jusqu’au fond de la fouille, à plus de cinq mètres ; mais 1l fallut alors augmenter le nombre des pompes, qui progressivement fut élevé jusqu'à sept, débitant un volume d’eau considérable. J’ai calculé à cette époque que l’eau ainsi retirée équivalait à peu près à un volume ayant pour base la surface de la cour du Louvre et pour hauteur une élévation double de celle des tours Notre- Dame. Ces pompes ont marché sans interruption jour et nuit pendant deux mois consécutifs, non sans épuiser quelque peu les puits et les pompes existant encore dans le quartier ; de sorte que je fus contraint, pour éviter des réclamations devenant trop fréquentes, de faire établir des bornes fontaines alimentées par les eaux de la ville, là où l’épuisement se faisait sentir chez les voisins. Cela du reste avait peu d'importance; ce qui me préoccupait davantage, c'était la crainte que les eaux, en se retirant de la couche siliceuse environnante, ne laissassent tasser celle-ci, et par contre que des effets ne se manifestassent dans les maisons du voisinage. Je fis plus d’une visite discrète à ces maisons, notamment à celles de la rue Neuve-des-Mathurins, afin de voir si quelques tassements se manifestaient. Il n’en fut rien heureusement; car, si j'avais commencé l’Opéra en démolissant les constructions particulières, je crois bien qu’on ne me leût pas laissé achever.
Donc, grâce à ces épuisements, je pus mettre d’abord à sec les quatre tranchées pratiquées autour de l’emplacement de la cuve, garnir ces tranchées de plats-bords étrésillonnés fortement, et finalement construire, au milieu de tous ces bois d’étayement, un batardeau en
béton, ayant la forme d’un talus et qui devait soutenir la poussée extérieure des terres et des eaux, pour me permettre de travailler à la cuve proprement dite.
Tout se passa régulièrement; la construction fut bien assise et aucun mouvement de poussée ne se manifesta; c’est alors que commença le déblayement de la partie centrale, qui fut fait sans incident, bien que le centre füt encore à un niveau d’un mètre en contre-bas de la fouille du pourtour. Cette différence avait été établie afin de donner au béton, qui devait recouvrir le fond de fouille, une sorte de forme en cuvette et une épaisseur plus grande au milieu pour résister à la poussée des eaux, dont l'effet était plus à craindre au centre isolé qu’à la périphérie, maintenue par les murs de ceinture.
Pendant cette fouille, on retira naturellementlarangée de poteaux intérieure qui devenait libre; quant à celle de l'extérieur, placée entre le terrain etle batardeau en béton, elle ne devait pas être extraite, et elle restait dans le sol. Je me bornai seulement à faire recéper la tête des pieux.
J’ai fait à diverses reprises quelques essais sur la pression des eaux; celle-ci était très-violente; un arrêt d’un quart d’heure seulement sur une des pompes amenait l’eau filtrant à la surface ; un arrêt d’un instant sur l’ensemble des appareils à épuisement, et l’eau jaillissait immédiatement de toute la superficie! I1n’y avaitdonc pas à douter : l’eau n’était pas une simple nappe qu’on pouvait épuiser pour longtemps; elle se renouvelait incessamment et il fallait, dès lors, compter sérieusement avecelle. Heureusement le terrain de sable était bon, résistant, compacte et vierge, et les divers sondages que j’ai fait opérer, jusqu’à la profondeur de dix mètres au-dessous des
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basses fondations, me donnaient toujours pour résultat des sables de divers agrégats, mais toujours serrés et homogènes dans chacune de leurs couches. Je n’avais donc plus d'inquiétude sur l'assiette future du monument et avouez que c’est déjà quelque chose!
Lorsque la fouille fut complétement terminée, je fis mettre sur la surface totale une couche de béton bien dosée, avec un quart de ciment dans la composition du mortier de chaux hydraulique. Cette couche totale de béton de 1",20 d'épaisseur au pourtour et de 2",20 au centre fut naturellement effectuée par couches particulières de 0,16 à 0°",20, fortement pilonnées, et les jonctions de chacune de ces couches furent faites à plein mortier, afin que leur soudure füt complète.
Ce béton général placé, je mis dessus : d’abord une couche de mortier fin de o",r0 d'épaisseur, bien tassée et bien unie; puis une chape de mortier pour rendre la surface aussi plane que possible; puis ensuite sur cette dernière surface, une chape en ciment, avec moitié sable d’une épaisseur de o",0o$ et lissée à la surface supérieure. C’est alors que je commençai la plantation des murs de pourtour et des murs de séparation de la scène, avec le couloir du fond. Lorsque cette plantation fut montée à une hauteur d’assise, je bourrai le plus possible, au moyen de ciment, la jonction du lit de pose de ces assises et de la surface par laquelle elle avait lieu ; puis, après avoir piqueté la pierre sur une certaine hauteur, je fis faire tout à l’entour de la construction comme une espèce de calfeutrement, également en ciment à forme concave, adoucie, rejoignant la surface du fond de
cuye avec celle des parois des pierres.
Cela fait, je mis une nouvelle chape en ciment, pour cette fois de 0",02 d'épaisseur, et dont le travail était conduit régulièrement du nord au sud, et qui partait du haut du calfeutrement ci-dessus indiqué, pour aller, en passant par la surface de la cuve, jusqu’au-dessus du calfeutrement opposé. Puis enfin, je fis faire une nouvelle chape de même matière et de même disposition; mais, cette fois, établie en poursuivant le travail de l’est à l’ouest.
Il va sans dire qu’une fois les chapes terminées, et même au fur et à mesure de leur exécution, elles étaient couvertes de grandes bâches, recouvertes elles-mêmes de sable, arrosé fréquemment, afin que le soleil ne gerçât pas le ciment.
Tous ces travaux minutieux exécutés, commencèrent ceux de maçonnerie en pierre, formant les piles intérieures de support, et la continuation des murs de jonction. Ces piles furent placées sur le sol, à bains de mortier, de ciment et de sable, et montées jusqu’à la hauteur des sommiers des voûtes supérieures. Quant à la partie inférieure, elle se composa de voûtes renversées destinées à résister également à la pression souterraine. Ces voûtes furent construites en briques de Bourgogne, posées également à bain de ciment et jointoyées ensuite avec grand soin. Puis enfin une nouvelle chape en ciment fut étendue sur l’extrados de ces voütes renversées, ainsi qu’un remplissage en béton destiné à former un sol horizontal. Quant à l'extérieur des murs de pourtour, ils furent d’abord jointoyés au moyen de cordes en chanvre enfoncées dans les lits et les joints, puis enduits par une chape en ciment de o",04 d'épaisseur, faite en deux fois, sur deux directions différentes, de haut en bas, et de droite à