DES MAGASINS DE DÉCORS
À proprement parler, il n’y a pas, à l'Opéra, de magasins de décors, dans le terme strict du mot. Il n’y a que des remises et des tas pouvant contenir une demidouzaine de pièces du répertoire. T'out le matériel général de décoration est emmagasiné dans les bâtiments de la rue Richer, formant dépendance de l'Opéra.
234 LPEUNOUVELSORERA D Et PARIS;
N'ayant pas grande envie de sortir du théâtre pour aller visiter ces annexes, bien que celles-ci aient été reconstruites par moi après l’incendie qui les avait détruites 1l y a une quinzaine d’années, je me borneraï à dire que les {as de l'Opéra sont de simples cases juxtaposées et contre les parois desquelles on applique les feuilles de décoration. Celles-ci sont, bien entendu, divisées en deux sections : le côté cour et le côté jardin, qui se remisent alors suivant leur destination, au côté droit ou au côté gauche de la scène. Il faut pourtant constater que les chefs machinistes ont une tendance fort marquée à conserver à l'Opéra le plus possible du matériel scénique, afin d'éviter les voyages aller et retour que ce matériel est obligé de faire souvent du théâtre au magasin. Aussi, au lieu de se conformer strictement aux clauses du cahier des charges, qui imposent au directeur l'obligation de ne pas mettre en réserve à l'Opéra plus de six pièces du répertoire, on est arrivé insensiblement à en mettre sept, huit ou neuf, et je ne sais pas si actuellement cela ne dépasse pas la dizaine! Aussi on se sert de tous les endroits vacants pour y déposer quelques châssis, etles couloirs, affectés aux services généraux, sont plus ou moins envahis par des praticables et des accessoires qui, rigoureusement, devraient en être bannis. Au surplus, cela n’a pas grande importance, et il n’y aurait qu’en cas d'incendie que ce supplément de matières inflammables pourrait être dangereux. Mais les châssis et les toiles des six pièces tolérées seraient déjà suffisants pour alimenter le feu, et un peu plus ou un peu moins de combustible ne changerait sans doute pas grand’chose au désastre, si celui-ci venait
à se produire.
Je n'ose donc pas user de mon droit de réclamation au sujet de la violation du cahier des charges, parce que je reconnais que, grâce à cette violation, le service est souvent simplifié, et puis parce que, en résumé, j'aurais aussi des reproches à me faire pour avoir construit en bois les séparations des remises à décors qui eussent dû être faites en matériaux incombustibles.
Mais vous pensez bien que si j'ai fait ainsi, j'ai quelques raisons qui m’excusent : l’une d’elles est que, dans le principe, les remises ne devaient pas être séparées de la scène, afin qu’un nouveau système, indiqué dans le programme du concours, püt être mis à exécution. Dans ce système, en effet, ainsi que je l’ai dit au chapitre de la machinerie, les décors devaient être suspendus par le haut et être placés dans les remises au prolongement de la place qu’ils devaient occuper sur la scène. Dès lors il ne fallait aucun obstacle au mouvement de ces décors. On a vu que ce système n'avait pu être accepté; mais comme la commission chargée de l’étude de la machinerie scénique à mis plus de quatre ans pour ne pas aboutir, il en est résulté que, ne pouvant attendre ses décisions, j'ai dû continuer de construire suivant les données imposées, c’est-à-dire ne pas fonder de mur audessous des séparations des remises et de la scène, puisqu’on ne savait encore si ces séparations existeraient, et, en tout cas, à quelle place on les installerait. Il est donc arrivé ceci : c’est que, lorsque la décision a été enfin prise (par moi tout seul), je ne pouvais construire les séparations rigides et pesantes sur des fondations qui n’existaient pas, et que j'ai dû trouver des expédients pour rendre ces séparations les moins lourdes possibles, en les
faisant porter sur des filets qui ne gênaient pas les services installés déjà dans les pièces placées au-dessous du bas côté de la scène, et c’est naturellement le bois qui, étant le plus léger, a dû être employé dans cette circonstance.
Quant à l’autre raison que j'ai à invoquer pour défendre l’emploi du bois dans les réseaux des décors, c'estique Ce trayail s'estiditeamlathnidestravaurade l'Opéra, alors que le temps était bien limité; 1l 4 fallu prendre tous les moyens possibles pour arriver à l’époque fixée, et le bois seul, par sa facilité à être travaillé, me permettait de mener activement ces dernières opérations. Je dirai, du reste, que les machinistes préfèrent le bois à toute autre matière, celle-ci leur permettant des installations et des modifications faciles et économiques ; aussi, si je regrette personnellement d’avoir été contraint de mettre sur les côtés de la scène plus de bois que je n'eusse voulu en mettre, les machinistes ne le regrettent guère, car ils désireraient même que tout le théâtre ne füt qu'un assemblage de voliges et de planches en sapin. Enfin, ce qui est fait est fait.
J'avais pourtant demandé, il y a quatre ou cinq ans, de recouvrir les planches séparatives par une garniture de staff, qui eût empèché les premières atteintes du feu. La chose était pratique, assez peu coûteuse et pouvait se faire sans interrompre aucun service. Mais, cela arrivant après un commencement d'incendie qui s'était manifesté, et après la destruction du théâtre de Rouen, l’administration, émue de ce dernier désastre et inquiète de la première atteinte, avait immédiatement nommé une commission spéciale, devant étudier les moyens préservatifs à
DIVERS. 237 prendre à l’Opéra pour donner une entière sécurité. Cette commission s’est réunie deux ou trois fois, dans le commencement. Mais, depuis cette époque, aucune séance n’a eu lieu; les ministres ont changé, ont oublié la création de leurs devanciers, et la commission s’est éteinte doucement dans l’ombre et dans l’inaction, sort commun à presque toutes les commissions, qui pourraient si bien être remplacées par l'architecte, intéressé plus que personne aux bons résultats de son entreprise!
Mais qui oserait croire à l’avis d’un architecte, ce pelé, ce galeux d’où nous vient tout le mal? Ce qu'il demande est toujours soupçonné d’exagération, ce qu'il désire de billevesée, et ce qu’il propose de machiavélisme. Je crois que l’on nous prend pour des jésuites de l'art, et qu’il n’est pas besoin d’article 7 pour nous combattre! Enfin les commissions servent au moins à enterrer les questions et elles paraissent se contenter de ce bel office de fossoyeur.
N’empêche que si un incendie commençait par ces parois en planches que je pourrais pourtant rendre incombustibles, on me dirait que c’est ma faute, sans songer que cette faute commise, ou plutôt cette obligation jadis imposée, pouvait être effacée très-facilement avec un peu plus de confiance en moi tout seul, et un peu moins de foi dans les commissions à durée illimitée.