PREMIER RÊVE
Mathusalem se promène en ville. On ne voit que les pieds des passants : chaussures d'hommes, de femmes, de luxe, de sport, de fatigue, bottes d’ouvrier et pantoufles de vieilles femmes. — Soudain au premier plan, le visage d’une femme. Puis sa poitrine. Puis, pour un très court instant, ses jambes nues sous la jupe. Mathusalem la suit. Ilsentrent dans un restaurant. Tandis que Mathusalem consulte la carte, la femme se transforme : et toutes les deux minutes, la compagne de Mathusalem prend tour à tour les traits de sa cuisinière, d’une danseuse de Music-Hall, de la femme de son cousin, d’une cocotte, d’une autre cocotte, de son épouse Élise, de sa fille, et de nouveau de l’étrangère qu'il avait rencontrée dans la rue. Ils dinent. Puis soudain, il enlève le soulier de son pied gauche, le tend à la femme par-dessus la table, et lui dit (en grosses lettres à l'écran) : « Achetez Ia chaussure Mathusalem, ma bien-aimée. Et nous coucherons ensemble. »