LE CANAL DE PANAMA
Caraïbes aux canoës clairs sur les lacs bruns Perroquets tricolores incendiant les arbres Singes méchants : hululements et litanies : C'était la forêt vierge ! Alors
Vint l'Espagnol Conquistador grandiose et fol, Accaparant la Terre en l’embrassant
Tuant le dieu éclos des grandes flammes Pour l’autre Dieu né d’une femme !
De petits chemins-de-fer païens
Avec leurs drapeaux de fumée
Comme des vers rongeaient les rocs de craie.
Les palmiers se brisaient comme des mâts Et les grues curieuses tendaient le cou
En conspuant le monde mort partout.
Maladies des pierres et du sang Marais gluants
Soleils puants
Moustiques étés électriques
Chaleur poisseuse filtrant par entonnoirs Ciels de midi devenus noirs !
La Peste verte et brune et borgne Salive huileuse sur les plateaux Dents cariées et lèvres mornes Injectant la mort jusqu'aux os.
Baraques ! Bars ! Dortoirs ! Pissoirs !
Des rats des rats des rats des rats
Qui mangeaient du cheval gonflé
Et de l’homme à peine étonné.