Le Nu au salon de
Vom m'ave\ bien voulu dire que vous prenie:[ quelque plaisir à la lecture de ces fantaisies que m’inspirent annuellement les œuvres nues exposées au Salon. Mieux que personne vous avez compris dans quel sentiment d'Hart absolument chaste et respectueux de la Beauté, dans son expression la plus parfaite, je laisse courir les caprices de plume qui ne sont que pour les poètes d’un paganisme aussi spi-^ ritualiste que le mien.
Permette^-moi donc de mettre sous le patronage de votre cher et glorieux nom, cette série nouvelle de croquis que je ne regrette pas puisqu’ils ont su vous plaire. Je n’ose qualifier d’hommage une si mince offrande, et tout l’honneur sera pour moi si, en l’acceptant, vous me permette^ de dire bien haut quels sentiments d’admiration, d'affection et de reconnaissance m'unissent à vous.
Armand SILYESTEE
25 Avril 1893.
It : M.
AXILETTE
Surprise
E n’est pas Diane assurément quand Actéon eut la fatale idée de la contempler, nue, à travers les feuillages et le paya si chèrement. Ce n’est pas l’indignation d’une Déesse outragée que nous lisons sur ce visage et dans cette attitude presque peureuse de pudeur, s’enveloppant de tout ce qui lui tombe sous la main. Ce qui domine dans l’expression, c’est quelque chose de farouche, farouche comme le paysage même où l’innocent sacrilège a été commis.
Ce n’est pas davantage Suzanne, quand les deux vieillards que fit punir un peu sévèrement, à mon avis, Daniel, bien jeune encore pour être aussi impitoyable, violèrent le mystère de son bain; ni davantage Betsabée, quand le roi David, du haut de sa terrasse, conçut son amour adultère et résolut la mort de l’innocent Uri. Dégagée de tout symbole, mythologique ou biblique, cette figure anonyme* contemporaine, n’en a qu’un charme plus inquiétant et plus mystérieux. Si vous êtes de ce temps-ci. Madame, vous avez été au moins imprudente d’abandonner vos vêtements, en quelque forêt fréquentée des chasseurs sans doute, pour un hydraulique divertissement. Ah ! le temps est bien passé de ces fantaisies chantées par les poètes d’autrefois ! Alors, de grâce, ne soyez pas trop sévère, car vous êtes assurément complice de la mésaventure qui semble vous chagriner véhémentement. Qui sait ? Celui qui vous a surprise a peut être l’excuse de ne vous avoir pas cherchée, ou l’excuse plus grande encore de vous avoir ardemment, silencieusement, sournoisement poursuivie pour cette joie coupable, mais bien amoureuse, de vous apercevoir un seul instant ainsi !
S’il ne faut qu’une chanson pour vous désarmer, je vais vous la. chanter pour lui, mêlant ma voix au concert énamouré de l’aurore.
Des bords vermeils du ciel changeant Voici que ta clarté ruisselle Et que la rosée étincelle Partout, en poussière d’argent.
— Quand sous la bruyère endormie,
Tu poseras ton pied mutin,
Toutes les splendeurs du matin S’éveilleront pour Tadorer, o mon amie!
Cela n’est-il pas vraiment galant, et ne mérite-t-il pas un regard de pitié ? Mais écoutez encore :
L’alouette clans le ciel clair,
Au bord du toit des hirondelles,
Partout un'frémissement d’ailes Met un frisson joyeux dans l’air.
— Quand, près de la source endormie,
Tu viendras parmi les roseaux.
Toutes les chansons des oiseaux S’éveilleront pour te chanter, o mon amie!
Le pauvre garçon n’est-il pas plein de bonne volonté et ne lui devez -vous pas un sourire ? Et voici qu’il chante encore :
Des bois ciui bordent le chemin,
Alonte et se répand sur la plaine Un souffle où se confond l’haleine De la violette et du jasmin.
— Quand, sous la feuillée endormie,
Nous marcherons d’un pas discret,
Tous les parfums de la forêt S’éveilleront pour t’embrasser, o mon amie!
Soyez désarmée, Madame, par tant de respectueuse tendresse. Un mot, et tremblant à son tour, obéissant comme tous les amoureux fervents, il se détournera docilement pour vous laisser reprendre les habits que vous avez dû pendre à quelques branches de saule et vous rentrerez avec lui dans le monde réel qui a bien son charme aussi.