‹ Le Nu au salon de (volume 2)Chapitre 2 sur 22 · SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE

Vénus

Du grand rêve païen par les âges déchue, Femme, cette douleur amère Fes échue,

De garder sur ton front cher et découronné, Rameau toujours vivant, le laurier de Daphné.

Si tu n’es plus debout, aux temps durs où nous sommes, Entre l’amour des Dieux et le culte des hommes.

Les poètes, du moins, te gardant de l’affront.

Devant tes pieds sacrés courbent encor le front.

Sous le désir troublé dont l’effroi les tourmente» Ils ne t’appellent plus leur sœur et leur amante, Mais regardent, pensifs, luire dans ta beauté.

Le dernier rayon d’or de l’Immortalité!

Et les peintres, comme les poètes, sont demeurés fidèles à cette image auguste de la beauté nue ; et c’est pourquoi, nous voyons encore, du gouffre de l’oubli, cette mer nouvelle, surgir encore le spectre divin de Yénus, d’une main soulevant sa lourde chevelure, de l’autre caressant les fermes contours de son sein, les épaules effleurées par le vol amoureux des colombes, une esclave à ses pieds, — l’Humanité, — et, tout autour d’elle, les fleurs, comme des encensoirs, lui tendant leur âme parfumée. Et cela sera toujours ainsi tant que des esprits élus se souviendront, tant que le culte du Beau, dans son expression la plus vivante et éternelle ne sera pas abandonnée, tant que des cultes obscurs s’agenouilleront aux pieds abandonnés des idoles.

O noble image de Yénus, c’est un Dieu lui-même qui te conçut, dans ta vigoureuse splendeur, dans ton éternelle jeunesse, symbole de la Nature éternelle et jeune comme toi !

Il te fît cette image éternelle et profonde Où nos premiers regards retrouvent, éperdus. L’amante impitoyable et la mer féconde A qui tous nos bonheurs et tous nos maux sont dus.

Pour leur double labeur il arrondit tes hanches.

Où meurent les désirs, où les races naîtront,

Et pencha le sillon de tes épaules blanches Vers le jong qui lui fait la caresse ou Paffront.

Sous ton col généreux il gonfla des mamelles Robustes à la soif comme 'aux enlacements,

Où viennent boire, ainsi qu’à des coupes jumelles,

La bouche des petits et celle des amants!

En un paysage que sa beauté remplit, comme la majesté du Dieu remplit le temple, l’artiste nous montre ta sérénité immortelle, et derrière toi, mugit la mer, ton berceau qui semble te pleurer encore ; la mer où ton âme, si jeune pourtant, a bu toutes les caresses perfides qui te font pareille encore à la vague qui nous enlace et qui nous engloutit!

Au fait, nous assistons sans doute à ta première toilette. A tes cheveux pendent encore les nacres du fiot, en des brillants qui éblouissent ; ton beau corps est encore humide des baisers de Tonde, comme disaient nos pères ; de ce nuage qui semble, autour de toi, la première fumée des encens à venir, sortira, comme en une féerie, le char qui te doit emporter par le monde, broyant la terre sur tes pas, et ces colombes blanches en sont les impatients coursiers. Amants qui vous trouverez sur sa route, vos poitrines seront bientôt pareilles à ces fleurs sanglantes dont la pourpre saigne aux buissons.

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