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EVANT le miroir qui lui renvoie son image et lui sourit, complaisante à si propre beauté, elle s'est assise une main ramenant, sur sa nuque d'ambre, le lourd chi-
gnon prêt à s'en dénouer, l'autre piquant une épingle au sommet de sa chevelure sombre amoncelée au-dessus du front où elle se sépare en deux ondes profondes comme deux flots jumeaux du Léthé.
Elle s'est mise toute nue pour cette toilette qui vise plutôt, j'imagine, le bonheur d'un amant que la banale admiration des foules qu'on rencontre dans la rue ou au bal. La jolie saillie de l'épaule légèrement soulevée fait courir une ombre sur le velours blanc de la chair, et le sein entrevu seulement par la pointe rosée, tend, au-dessous du bras, sa savoureuse fermeté.
La ligne droite du torse s'infléchit harmonieusement à la hanche, en un renflement voluptueux et plein d'appel aux audacieuses caresses. Rien que de chaste cependant, dans sa tenue sommaire et, comme il convient, un morceau d'étoffe sur lequel elle est assise, est ramené par devant jusqu'au haut des cuisses dont la rondeur appétissante transparaît sous les plis qu'elle tend. Sur la jolie tablette que couvre une mousseline à petits pois blancs, tout l'arsenal des féminines coquetteries, depuis la houpette qui mettra aux joues une fleur rose de neige, jusqu'au flacon de parfums dont on mouillera les bords vibrants du cou. Ah ! si vous saviez, Madame, ce que le parfum de la beauté et de
la jeunesse, qui sont en vous, sont autrement grisants que ces âmes de fleurs enfermées dans des larmes d'alcool !
S'il m'était donné de glisser un regard indiscret dans le trou de la serrure — car vous avez assurément tiré le verrou de votre cabinet, — savez-vous ce que je vous chanterais tout bas, votre image évoquant, dans mon âme païenne, la vision des beautés nues que les poètes de tous les âges, depuis Homère, ont fidèlement chantées.
Femme, je veux mouler deux coupes sur ton sein, Pour enivrer mes yeux de leur beauté jumelle ; Et, comme un nourrisson qui pend à la mamelle, Y boire lentement le doux sang du raisin.
Sur ta croupe je veux mouler un grand bassin. Où l'art du ciseleur savamment entremêle Des femmes et des fleurs, — un étrange dessin ; - Tout un poème, ainsi qu'un chant de Philomèle.
Sur ton col où, ce soir, tomberont tes cheveux,
J'imiterai l'amphore à la courbe suave.
Je sauverai ton corps de l'oubli! Car je veux,
Qu'en retrouvant l'argile où ta forme se grave,
Un poète s'écrie aux âges inconnus :
Ce trésor fut pétri sur le corps de Vénus !
Et tu ne m'écouterais pas, je le sais. Que fait à la femme, triomphante dans sa grâce immortelle, la plainte mélancolique ou l'hosanna glorieux du rêveur ? Elle passe dans la sérénité de ses formes divines, sûre de sa divinité, laquelle est faite de notre adoration résignée et de notre voluptueux martyre !
Indifférente à l'amour qui pleure à tes pieds, ô Femme, va donc par le monde, cruelle maîtresse, aiguisant à tes propres regards, aux dents cruelles de ton sourire, les flèches de notre tourment !
Nous ne nous lasserons pas de souffrir, tant que tu ne te lasseras pas d'être belle, forme vivante de l'idéal.
Corps féminin qui tant est tendre !
Comme disait le plus vieux de nos poètes.
Argile idéale ! ô merveille !
Comme a dit le plus grand.