‹ Le Nu au salon de (volume 4)Chapitre 27 sur 27 · LANSON · texte numérisé non relu

LANSON

JELLE-ci qui, un croissant au front, détache sur l'azur sombre du ciel, l'image menaçante de son arc toujours tendu, c'est Diane :

C'est bien la Déesse farouche Et que nul ne sait apaiser, Dont le sourire sur la bouche Jamais n'appela le baiser:

Les seins durs dont nulle caresse N'attendrit les cruels attraits ; L'impitoyable charmeresse Dont Actéon connut les traits ;

La Vierge au rêve solitaire N'ayaat que ses chiens pour amis.

Et dans l'âme, d'autre mystère Que ceux des grands bois endormis,

Que sa seule pudeur iDour voiles ; Qui même, loin des feux du jour, 'Ne sentit jamais, des e'toiles, Tomber des floraisons d'amour !

Rarement nous fut montrée plus implacable, dans sa grâce farouche, cette Déesse dont Falguières nous donne de gracieuses, mais mensongères, sans doute, visions. Ce n'est pour la Diane, amoureuse du berger de Carie que le caprice du poète et du peintre penche vers la bouche fleurie d'Endymion. C'est la chasseresse éperdue de grand air et de courses dans les bois, déchirant avec ses flèches, les flancs haletants des biches et les ailes grandes ouvertes des

oiseaux. Vous qui cherchez, en elle, l'image plus douce de Phébé, savez- vous ce que sont les étoiles ? Les blessures qu'elle ouvrit au firmament et qui saignent de l'or fluide dans l'espace. Chacun des javelots qu'elle darde au hasard fait perler une de ces gouttes de lumière.

Diane, le jour déjà blanchit aux horizons.

Endymion s'éveille et n'est plus solitaire

Une aube impatiente a chassé le mystère

De l'ombre où, dans l'amour, s'égaraient nos raisons.

Aux larmes que, la Nuit sème sur les gazons, Le souffle du Matin déjà se désaltère.

Quitte ton char de flamme et descend sur la terre, Goûter, au bord des lacs, la paix des frondaisons .

Durant que dans l'azur, s'enfuit ta forme nue. Il ne reste de toi, qu'un croissant dans la nue. — Une dernière étoile au Ijord du ciel changeant.

Perle comme un sang clair à la pointe d'un glaive. Et le premier rayon du soleil qui se lève Pose une flèche d'or sur ce bel arc d'argent.

Et Diane sourit dans cette clarté qui meurt dans une clarté plus grande, de ce sourire où jamais les amants n'ont bu le vin divin du baiser.

Page 1