‹ Le Nu au salon de (volume 4)Chapitre 26 sur 27 · DE S^ MARCEAUX · texte numérisé non relu

DE S^ MARCEAUX

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Le sourire est plus doux d'une lèvre baisée ; Le regard est plus cher des j'eux qu'on a vu clos ; La gorge dont on a pu compter les sanglots Paraît plus belle encor quand elle est apaisée.

Les parfums sont meilleurs de la coupe épuisée, Quand notre soif a bu l'or vermeil de ses flots. La mer, plus attirante, attend les matelots Sur les bords où jadis leur barque s'est brisée.

C'est le souvenir seul qui fait l'espoir charmant. C'est pour avoir aimé qu'on s'en va, plus aimant Vers celle qui nous tend de nouvelles ivresses, Et le bonheur passé revit dans les caresses !

Car c'est bien vraiment, n'est-ce pas, dans une lassitude d'amour que ce beau corps s'est étendu parmi l'or des gerbes qu'il ployé, dans cette pose abandonnée qui est celle des lourds sommeils, peut-être des douleurs péniblement endormies. Car nos paupières semblent quelquefois ne se fermer que sous le faix des larmes. De quels sanglots, de quels soupirs s'était gonflée cette belle gorge un instant auparavant tumultueuse ? Quel nom ont murmuré ces belles lèvres dont une main semble écraser les suprêmes baisers. C'est dans cette grande fatigue de caresses que la femme prend vraiment le charme le plus puissant et le plus morbide dont se revêt sa beauté. Vainement vous le chercherez dans la sj^lendeur tranquille des vierges dont le corps semble un lis vivant. La souffrance passionnelle marque ses élus d'une grâce douloureuse où le désir s'obstine bien mieux qu'à certaines sérénités.

Quel désespoir, ô Femme, t'a ainsi couchée, mystérieux et profond ? Es-tu Ariadne abandonné ou Calypso qui se lamente, ou Sapho encore qui pleure l'infidèle Phaon

Ecoute ce que le poète, qui est uu croyaut, s'écrie, à te voir ainsi dans ton obscure douleur abîmée :

Moi je crois seulement aux choses éternelles Que cache en soi la mort, que cherche en soi l'amour. Tandis que, dans sa robe apportant leur retour, La nuit sur nous étend ses ombres solennelles .

Moi je crois seulement aux splendeurs qu'ont en elles La beauté de la femme et la clarté du jour, Au soleil Dieu créant chaque fleur à son tour, A l'infini vivant des caresses charnelles.

Je crois aux saints plaisirs comme aux saintes douleurs,

Au charme des baisers, à la vertu des pleurs,

A tout ce qui nous vient de notre âme et des choses.

Je ne sais ici-bas qu'aimer et que souffrir

Et ne souhaite rien à l'heure de mourir,

Qu'un sourire de femme et qu'un parfum de roses.

Ce sourire et ce parfum sont en toi, ô Femme qui dors sur la moisson de tes illusions peut-être. Réveille-toi donc et rends-nous les, à nous qui rêvons immortellement de mourir pour la beauté !

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