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Le Nu au salon de

Le Nu a eu sa place d’honneur au Salon. On peut même dire que la place qu’il occupa fut rarement aussi importante que cette année.

Las sans doute d’exprimer les caprices fugaces de la mode, bon nombre de nos peintres reviennent, en effet, à l’étude et à l’exaltation des formes corporelles, dans leur toute-puissante et divine harmonie.

Ne faut-il voir là qu’un retour passager vers ce qui est la source même de l’Art? Car si, d’après Saint- Marc Girardin la beauté du corps n’est que le premier degré de cette échelle du Beau qui commence sur la terre et qui aboutit aux cieux >/, on peut dire avec Sainte-Beuve qui, avant d’être critique, fut poète, que « même sous les plis llottants d’une draperie, il faut qu'on sente toujours les lignes du nu ». Maxime que les artistes devraient constamment méditer et que certains d’entre eux oublient trop facilement.

Mais voyons si cette tendance à remettre le Nu en honneur n’est que passagère.

L’observateur informé pourrait noter qu’en l’an de grâce mil neuf cent huit, les Parisiennes, se souvenant peut-être du mot de Sainte- Beuve, portèrent des robes destinées à accuser leurs lignes et que la forme de ces robes fut tellement précise qu’elles durent substituer des maillots de soie aux jupons qui, si légers qu’ils fussent, altéraient les courbes élégantes de leurs contours.

Il pourrait noter, d’autre part, que non seulement dans les musichalls, mais dans les théâtres aussi, de sculpturales personnes qui.

LE Nü ET LA BEAUTÉ DAKS l’aRT

Emile MANGEANT

jusqu'alors, n'apparaissaient ainsi que dans les ateliers, offrirent aux spectateurs la vue rayonnante de leurs chairs, débarrassées de tous voiles importuns. 11 pourrait enfin marquer la faveur qu’obtinrent les matchs de lutte où les héros, qui n’ont pas toujours la grâce de leurs ancêtres grecs ou romains, réduisent quand même au strict nécessaire ce qui constitue le costume masculin.

Ces observations suffisent-elles pour en tirer cette conclusion que nous revenons à l’araour de la nature primitive ? Ce serait aller un peu loin et l’on serait vite tenté de crier au paradoxe. Néanmoins, ce sont les indices d’un état nouveau d’esprit qu’il ne faut pas négliger

et dont il est permis de rechercher les causes.

Si nous envisageons seulement la question des personnes qui, sur les scènes, se montrent dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil, il ne faut pas dire que cela tient à la suppression de la Censure. Le public est le meilleur des censeurs, et, si ces apparitions l’eussent choqué, il eût vivement protesté.

Or, pourquoi ne proteste-t-il pas ? Et pourquoi admet- il maintenant ce qu’il eût refusé de voir il y a u n e quinzaine d’années?

La raison — et ce n’est pas seulement mon avis, mais aussi celui d’artistes, de littérateurs, voire de philosophes, avec lesquels je m’entretins à ce sujet, — la raison^ nous la trouvons dans le d é 1 0 P P e m e n t

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