LA FEMME AUX CAPUCINES
LE NU ET LA BEAUTÉ DANS l’aRT
incessant et continu des Sports. Jamais, autant qu’à présent, la culture physique de la race ne fut, en France, l’objet de tant de soins. Il n’y a pas longtemps encore, les manifestations spirituelles primaient tout. Aujourd’hui, les manifestations d’adresse, de force et de beauté sont tenues en honneur à l’égal des premières. La plastique entre en lutte avec l’esprit. Un champion du monde de lutte ou de boxe, un premier prix de beauté, ont leurs portraits dans tous les journaux, portraits qui font souvent tort à celui d’un académicien nouvellement élu.
L’amour du sport engendre celui de la plastique et la plastique humaine où trouve -
t-elle son expression C.uiir.i.i- fremonï
définitive, sinon à l’état de nature? Bernardin de Saint-Pierre a exprimé cette pensée que l’homme est le seul être qui ait honte de paraître nu. On peut lui opposer ce vers de Musset que
Tout est nu sur la terre,
[hormis l’hypocrisie.
Eh bien ! il faut avoir le courage de le dire :
si l’état de nudité a paru sembler une honte, c’est que, depuis des siècles, il fut la dupe de l'hypocrisie. N’exagérons pas cependant. N’accusons pas seulement les mœurs de certaines pratiques tendancieuses. Accusons aussi la rigueur des climats qui nous forcent à nous vêtir lourdement et chaudement. Les pays de soleil ne connaissent pas les pudeurs dont parle Bernardin
de Saint-Pierre. premier désespoir
A. , phût.
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Félicitons-nous seulement que, dans notre Paris, où la brume le dispute souvent en intensité avec le froid, on voit, grâce à la renaissance du sport, renaître l’amour de ce qui fut l’orgueil et le triomphe
de la Grèce antique.
Le Nu parfait n’est- il pas la beauté parfaite?
Je sais bien que cet aphorisme risque de trouver des contradicteurs. Quoique d’une contrée où le Nu produisit tant de chefsd'œuvre, Platon l’eût combattu; mais Platon adjoignait à l'idée de Beauté l’idée de Morale. 11 faisait mieux :
il souhaitait que l’Art fût un instrument de politique et de religion.
Il réprouvait les œuvres de Sophocle et d’Aristophane. 11 entendait que les poètes et les artistes fussent sous la domination de l’Etat.
Il s'écriait qu'on devait chasser de la République ceux qui ne se conformaient pas à ces règles. En un mot, Platon apportait dans les choses de Part l’âme d’un politicien conservateur.
Aristote fut d’esprit plus libéral. Platon ne voulait pas que la lin de l’Art fût l’exaltation des sentiments et des sensations. Aristote, au contraire, soutient cette théorie que, par la représentation des passions, celles-ci sont épurées et magnihées grâce à l’Art véritable.
Mais il serait oiseux de disputer ici des théories nombreuses que les philosophes de tous ordres, soit Plotin, soit Schelling, llutcheson, llégel et bien d’autres ont consacrées à la Beauté.
Bornons-nous à rappeler cette pensée de Kant que l'idéal du beau, dans la ligure humaine, de laquelle seule on le peut atlcndre, consiste dans l'expression du moral. Cette pensée est peut-être la
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Pierre BRACQUE MONT
plus juste ou, plus exactement, la plus en rapport avec nos idées actuelles.
Et, à la vérité, si les artistes ne s’entendent pas avec les philosophes sur cette question, si un désaccord flagrant existe entre eux, c’est parce que ces derniers ont toujours cherché la fin et le but de l’art. Or, quand Platon veut en faire un instrument politique et religieux, il condamne sa propre théorie. Quand des autres veulent que l’art soit utile, ils rentrent, sous une autre forme, dans le même ordre d’idées que Platon. Le seul but de l’art est de nous charmer ou de nous émouvoir. La beauté ne doit pas être mise au service de l’Etat, pas plus qu’elle ne doit avoir un but pratique.
Autrement, pourquoi notre admiration irait-elle encore aux chefsd’œuvre de la statuaire grecque ?
On pourra m’objecter que, parmi eux, il en est un grand nombre qui représentent les dieux et les déesses de l’Olympe, et par là serait marquée l’excellence de la théorie platonicienne, puisque l’artiste, en créant ces œuvres, obéissait à la glorification des idées religieuses.
Loin d’affaiblir notre raisonnement, cet argument le fortifie au contraire.
En effet, si nous admirons les Apollon et les Vénus antiques, nous qui avons d’autres croyances et d’autres religions que les anciens Grecs, ce n’est pas à cause des idées qu’ils représentent. Le sens de leur divinité ne touche point. Ce qui nous séduit et nous force à l’admiration, c’est la splendeur
des formes, la pureté étude de nu
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et l'harmonie des lignes restées vivantes à travers les siècles.
Maintenant, reprenons le mot de Kant : « L’idéal du beau, dans la figure humaine, consiste dans l’expression du moral. » J’ai dit que cette pensée était celle qui s’accordait le mieux avec nos idées modernes. Et il en est ainsi, en effet, si le philosophe n’entend pas que le moral soit équivalent à la moralité. Car, s’il en allait de cette façon, le portrait d’une vieille fille, ornée de toutes les vertus et susceptible de concourir pour un prix Montyon, serait le plus beau du monde.
Accordons-nous donc sur la valeur du mot. Il est évident que la beauté peut être inexpressive, mais elle ne sera parfaite, que si elle traduit le moral. Peu importe la nature du sentiment exprimé. La candeur d'une vierge est aussi belle que l'air volontaire et dominateur d’une impératrice ; le sourire d’une mère, regardant les ébats de ses enfants, est aussi beau que le sourire arqué d’une courtisane s’efforçant de plaire à ses amants. La beauté n’est pas Une, elle ne se fixe pas
dans un type définitif, elle revêt toutes les formes. Ainsi que l’a dit Théophile Gautier, la qualité esthétique des êtres et des choses, au point de vue de la beauté, est toute subjective.
La preuve en est dans ceci que les Orientaux, par exemple, ont, sur ce sujet, des opinions tout autres que les nôtres. Nous aimons les physionomies aux traits caractéristiques et accusés. Ils estiment, eux, chez la femme, les faces rondes, ce qui leur permet de comparer la figure à la lune.
Aimant les métaphores poétiques, ils
Amélie L it ERMITE
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