ACTE PREMIER, SCÈNE V
ALINE
Il ne me déplaît pas.
VOUZON
Non, je ne peux pas vous croire. Mais vous le connaissez, pourtant, un pauvre esprit à qui Ton fait l'aumône du rire... quelquefois, par faiblesse, parce qu'il faut que tout le monde vive... C'est l'amuseur pour cafés de nuit, et il ne lui manque que des boutons lumineux au plastron.
ALINE
Vous l'arrangez î
VOUZON
Mais non, je le flatte, je vous assure, car au physique comme au... moral, si j*ose dire, il ne s'élève guère au-dessus du camelot... et encore... du camelot ancien modèle. Il date au moins du Seize Mai. Enfin, s'il vous plaît ainsi... je n'ai rien à^ire... je n'ai pas le droit... je vous demande môme pardon de m'être laisser aller à quelques critiques...
ALINE
Oh! si légères! C'est d'ailleurs moi qui ai tort de bavarder...
VOUZON
Mais non, au contraire...
ALINE
C'est qu'il est très tard...
Allons, je ne vous retiens pas... et je suis enchanté de vous voir si joliment en train...
ALINE
Je me suis fait une raison. Je suis très gaie.
VOUZON
Tant mieux!... tant mfeux!...
AUNE
Vous me dites ça d'un air sinistre!
VOUZON
Je ne suis pas sinistre. Pourquoi voulez-vous que je sois sinistre? Ce que vous venez de me dire m'attriste un peu, voilà tout. J'étais tout joyeux, il n'y a qu'un instant, mais c'est comme ça, c'est régulier, il n'y a pas de. joie complète pour moi.
ALINE
Vous ne vous faites pas à Tidée de ne pas me laisser inconsolable.
VOUZON
Je ne me fais pas facilement à l'idée de vous savoir consolée par Durangy, ça, je l'avoue, mais ce regret n'exclut pas la loyauté de notre rupture ni la sincérité de mes sentiments à l'égard de ma femme... ce n'est qu'un regret...
ALINE
Absolument injuste.
C'est possible. Vous pouvez, d'ailleurs, me répondre que cela ne me regarde plus. C'est la vérité [La reconduisant,) Et vous devez faire un long séjour?