‹ Le nuage: comédie en deux actesChapitre 29 sur 55 · ACTE PREMIER, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE VI

BENRIETTE

Oh! c'est bien inutile...

VOUZON

Mon seul tort a été de ne pas vous apprendre quelles relations avaient existé entre M"^ de Gizeuil et moi... Et encore, non, je n'en avais pas le droit... Non!... Écoutez-^ moi. Je vous en prie. Voici ce qui s'est passé... M""" de Gizeuil avait accepté notre rupture. Elle l'avait si bien acceptée qu'elle me rapportait mes lettres... {Désignant son portefeuille,) Ces lettres-là qu'elle m'a remises. C'était donc fini et bien fini . Seulement elle m*a annoncé qu'elle allait voyager en Ecosse en compagnie d'un homme dont elle ignore la réputation détestable, qui est taré, qui est un véritable danger pour elle. J'ai fait, en somme, ce qu'un étranger aurait fait à ma place. J'ai voulu la prévenir. Elle a refusé de me croire. J'ai insisté...

HENRIETTE

Et VOUS l'avez prise dans vos bras !...

VOUZON

Mais c'est faux ! Je vous assure que c'est faux. Je l'ai exhortée à se méfier de cet homme. Je l'ai pressée de renoncer à ce projet. J'ai eu, vers elle, dans la vivacité de la discussion, oui, c'est vrai, j'ai eu vers elle un mouvement irréfléchi, involontaire, mais sur la signification duquel vous vous êtes méprise, je vous le certifie, je vous en donne ma parole d'honneur... Voyons, comment avez-vous pu croire?... Pour qui me prenez-vous?

Pour ce que vous êtes, pour un homme comme tant

d'autres, affranchi de scrupules, ne croyante rien et trouvant très simple, très amusant d'être aimé par sa maîtresse et par sa femme, de tromper Tune avec l'autre et de ne compter qu'avec son plaisir et sa fantaisie. Ce n'est pas un cas de folie, ça n'est ni original, ni nouveau. Et puis, quand même vous m'auriez dit la vérité, oui, quand même? Vous avouez que vous avez voulu défendre cette femme, la préserver d'un danger... Vous ne voyez donc plus clair en vousmême ? Vous ne savez pas ce que c'est que cette sollicitude? Et il faut que ce soit moi qui vous l'apprenne? Mais vous l'aimez, n'en doutez pas, vous l'aimez.- D'ailleurs, vous le savez fort bien. Ayez donc le courage de le reconnaître, vous l'aimez...

VOUZON

Je vous le jure.

HENRIETTE

Ne jurez donc pas tant, c'est bien inutile !...

VOUZON

Je pouvais vous mentir ! Je pouvais trouver une explication.

HENRIETTE

Il fallait la trouver! Je vous aurais cru, je n'étais pas difficile! Et vous allez inventer des susceptibilités, une psychologie spéciale, l'adultère par imprudence ou par bienveillance! Et tout ça pour m'apprendre que ce n'est pas fini, car vous avez beau chercher des nuances, c'est cela et pas autre chose... Ah ! c'est atroce ! et c'est inexplicable, car ça n'arrive pas ainsi ces choses-là. On n'y met pas cette cruauté ! Et moi qui m'étais reprise à espérer quand même 1 . . . Car vous ne savez pas ce que je souffre. Vous ne savez pas ce qui s'est brisé en moi. Vous ne pouvez pas le savoir...

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