SCENE PREMIÈRE
Madame LORNOY, LORNOY
LORNOY, tendant sa tasse à 3f"* Lomoy.
Enfin, si je t'avais écoutée, nous serions à l'heure qu'il est en Bretagne, et par un joli temps I J'ai des nouvelles de Dinard. La pluie et le brouillard depuis trois semaines! Tandis qu'ici... Regarde-moi ce ciel. Si on se croirait sur la côte normande I C'est la Provence,
MADAME LORNOY, vevsant le café.
Pourvu que cela dure.
LORNOY
Mais ouil Je t'en réponds. Je le demandais ce matin
même au jardinier. Tu sais qu'il se trompe rarement. Il est normand, eh bien, quoique normand, il a été tout ce qu'il y a de plus affirmatif. Je lui disais : « Ça va-t-il durer ce beau temps? » Il m'a répondu ; « Ça se pourrait bien ». C'est comme s'il m'avait dit : « Vous avez deux mois de soleil... » Je savais ce qu'il fallait à Henriette...
MADAME LORNOY
Moi, j'aurais voulu un peu plus d'isolement. Cette route de Trouville est bien bruyante...
LORNOY
C'est ce qu'il faut! Précisément! ce bruit lui rappelle la ,vie. Et il ne l'ennuie pas, au contraire, remarque-le. Elle ne descend jamais au jardin, ni au bord de la mer. J'avais fait installer sur la terrasse cet énorme télescope. On voit les bateaux à des distances incroyables, on distingue l'heure au cadran de la Bourse du Havre. (Sur un mouvement de j^me i^ornoy.) Oh! je sais bien, ce n'est pas une distraction intellectuelle. Mais enfin c'est une minute intéressante. Eh bien, non, elle passe ses après-midi accoudée à la fenêtre de sa chambre. Elle regarde défiler les voitures. C'est un indice... et qui sait si elle n'espère pas que l'une d'elles va lui ramener André...
MADAME LORNOY
Mon pauvre ami, tu te fais des illusions...
LORNOY
Pas le moins du monde. D'ailleurs, cela ne pouvait s'éterniser. Voilà près d'un mois qu'ils sont séparés, et pour un motif qui ne méritait vraiment pas cette mesure...