ACTE DEUXIÈME, SCÈNE III
HENRIETTE
On s'est trompé. M. Lornoy n'était pas autorisé à vous écrire. II vous en fera sans doute ses excuses. Mais puisqu'il nous a mis en présence, je tiens à m'acquitter tout de suite d'un devoir envers vous. Ce sera le dernier...
VOUZON
Un devoir?...
HENRIETTE
J'ai dû vous laisser croire par mon silence que notre séparation ne serait pas définitive; je l'espérais aussi. Je m'étais trompée sur moi-même. Aujourd'hui, je sais à quoi m'en tenir. L'expérience est faite. Je n'ai pas le droit d'enchaîner votre existence à un espoir qui ne se réalisera jamais plus, et c'est un devoir de conscience que j'accomplis envers vous en vous rendant votre liberté. C'est ce que j'avais à vous dire. S'il y a des arrangements à prendre, voyez M. Lornoy... je vais le faire prévenir...' Quant à moi...
VOUZON
C'est impossible ! Votre ressentiment ne peut pas être implacable à ce point ! . . .
HENRIETTE
Ce n'est pas un ressentiment. Je n'ai contre vous n^ haine ni rancune. Je souffre autant que vous, plus peut-être. Je sais injuste, c'est possible, mais c'est vous-même qui avez créé cet obstacle entre nous. Il est insurmontable. Je De peux pas l'oublier : on oublie ce qui est incertain, ce que Ton apprend par d'autres et qu'on doit dédaigner; mais vous avez placé cette vision devant mes yeux et j'ai vu,
vous entendez, j'ai vu. Ma décision est prise. Vous comprendrez que j'ai hâte de l'exécuter.. .
vouzoN, la retenant.
Vous ne le pouvez pas ! Vous ne pouvez pas plus me rendre ma liberté que je ne pettx la reprendre... Il faut que vous m'entendiez...
HENRIETTE
Nous n'avons rien à nous dire.
VOUZON
J'ai à vous dire que j e viens de connaître par vous, là, à l'instant même, la douleur la plus affreuse, Ta destruction d'un espoir qui me faisait venir à vous tout confiant, tout joyeux... Comprenez-vous l'arrachement d'un bonheur que je croyais déjà mien? Cela, voyez-vous, c'est atroce!... Et c'est au .nom de cette souffrance que je vous demande, que je vous supplie de m'écouter.
HENRIETTE
Parlez.
VOUZON
... Je ne sais plus... J'ai tant de choses à vous dire... que tout cela se brouille... J'étais venu, croyant que vous pardonniez, qu'on allait être heureux et très gais... alors, je savais ce que j'avais à dire... ce n'était pas difficile... Mais ce n'est plus ça, je vous vois indifférente, presque glacée... alors je ne sais plus, je me sens absurde... je ne trouve plus rien et je ne peux vous dire qu'une chose, c'est que je donnerais ma vie pour racheter une faute inexcusable, c'est que je ne suis plus l'homme léger qui a pu