‹ Le nuage: comédie en deux actesChapitre 47 sur 55 · ACTE DEUXIÈME, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME, SCÈNE IV

c'était pour moi comme un livre dont je relisais les passages aimés, un livre que nous avions écrit tous deux.

HENRIETTK

Et qu'il ne faut plus rouvrir.

MÛRIER

Pourquoi?... Vous avez dit que vous ne les craigniez pas, ces souvenirs. Et vous avez raison, parce qu'ils sont très doux et très bons... Qu'ils nous consolent des tristesses et des laideurs du présent... Qu'ils sont notre revanche des mensonges et des déceptions...

HENRIETTE

On ne se console pas de ce qui est par ce qui n*est plus.

MORIER

Mais sil... C'est notre refuge le plus sûr... Et quand on connaît le dégoût de la trahison et l'amertume de certaines souffrances, n'est-ce pas la consolation véritable, que de pouvoir se réfugier dans un souvenir d'amour sincère, dans un temps heureux ?

HENRIETTE, se lève.

Ah I si c'était possible !

MORIER

... Dans des beaux jours de lumière, et des soirs charmants comme celui-ci. Regardez. Le paysage est le môme. Ce sont les mêmes lointains. Toutes ces voiles qui s'avancent lentement sous le même souffle de brise, ce sont les pêcheurs qui reviennent de Peschiéra, car l'heure est la

mftme. Notre barque ra quitter )e ri?age...Nou8 allons vers Sermionne... Ou glisse dans la nuit qui vient... On parle tout bas... puis on se tait... (L'enlaçant.) Henriette!

HENRIETTE, SB dégageant violemment.

Ab!

HORIER

Mais qu'ayez-TOUs donc ?

Ab ! c'est effrayant I 11 y a donc des moments où on peut tomber aux défaillances et aux lâchetés que l'on ne pardonnerait pas aux autres... Et j'ai pu vous écouter I... et TOUS avez pu croire que je regrettais... mais c'est faus. L'Italie, Venise, tout cela est oublié ; mais j'aime mon mat i, en tendez- vous, lui seul I

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