ACTE DEUXIÈME, SCÈNE VI
pris tout cela, si je vous ai pardonné, si j'implore à présent votre pardon, c'est que je viens de connaître, là, tout à l'heure, cette minute d'oubli que je vous reprochais...
VOUZON
Que dites-vous? Morier? Vous connaissiez Morier ?...
HENRIETTE
Je le connaissais...
VOUZON
Et VOUS vous étiez aimés? Vous avez été à lui?
HENRIETTE
Et il est revenu. Il a rappelé des souvenirs.
VOUZON
Et vous Tavez écouté? Et vous osez avouer?... Ah I malheureuse !...
HENRIETTE
Mais j'ai dominé ce trouble, je vous le jure; je me suis reprise...
VOUZON
Ah ! c'est affreux ! Vous attendiez donc, pour mieux me frapper, pour me frapper en plein cœur?...
Je n'ai pas osé parler. Je n'ai pas eu ce courage quand il l'aurait fallu. Je vous aimais trop I J'ai été lâche par la pôj^ï de vous faire souffrir, d'être moins aimée de vous L..
VOUZON
Mais vous me laissiez croire que vous n'aviez aimé que moi ! Et cela n'était pas vrai ! Vous ne compreniez donc pas que ce silence était le plus odieux des mensonges ? Vous étiez impitoyable ! Et avec quel acharnement ! Et vous achevez votre œuvre de rancune et de cruauté par cet aveu qui m*arrache tout espoir et qui nous sépare pour toujours, car c'est fini, à présent,... et bien fini !...
HENRIETTE
Je VOUS en supplie, écoutez-moi. Il s'agit de toute notre existence. Je ne m'excuse pas. Vos torts étaient pardonnables, les miens ne le sont pas. Et pourtant il faut que nous le reconnaissions, si nous nous étions tout dit, nous aurions été protégés contre toute surprise. Mais on ne se punit pas d'une erreur comme d'un crime. Si nous avons manqué de franchise, c'était pour nous épargner une souffrance. C'est donc que nous nous aimons toujours, et que rien ne peut nous séparer.
VOUZON
Vous l'avez voulu ! Et je vous répondrai ce que vous me disiez tout à l'heure, nous n'en sommes plus à discuter nos torts. Je n'ai jamais nié les miens. Je les ai regrettés, je les regrette encore. Mais en quoi excusent-ils les vôtres ? Le mal est fait. Il est irréparable...
HENRIETTE
C'est moi qui veiix le guérir. C'est une grâce que je vous demande, que je vous supplie de m'accorder, que j'implore à genoux.
VOUZON, retenant le mouvement qu^elle fait.
Non ! non ! je ne veux pas que vous me parliez ainsi.