ACTE DEUXIÈME, SCÈNE VI
Vous n'avez pas à vous humilier. C'est une souffrance que je ne peux pas surmonter, que je ne surmonterai jamais Non, non, laissez-moi...
HENRIETTE
Mais je t'aime ! Je t'adore ! Tu es toute ma vie ! !
VOUZON
Adieu !
HENRIETTE
Eh.bien, non, pas avant que vous m'ayez entendue une tdernière fois. Vous ne pouvez douter de ma sincérité. On ne ment pas quand on est désespérée. Je vous ai aimé avec toutes les lâchetés, toutes les jalousies, toutes les douleurs. Je vous ai aimé comme on hait, avec toutes les colères, toutes les rancunes. Je vous aime, maintenant, avec toute la honte de moi-môme, avec tout le remords de ce que j*ai été pour vous, avec Tunique désir d'adoucir et de vous faire oublier votre peine. Je ne m'adresse ni à votre conscience, ni à votre raison. Je m'adresse à votre cœur, et je lui demande si, se rappelant que j'ai souffert par vous tout ce que vous souffrez par moi, il me refusera le mot de pardon que j'implore de sa générosité ?
Mais la peur de me faire souffrir ne devait pas vous empêcher de parler I II fallait avoir confiance. Et nous n'en serions pas réduits, à présent, à nous traiter en ennemis en nous aimant quand môme, car je ne peux pas ôtre insensible à ce que vous me dites. Ce sont des paroles que j'ai tant désiré entendre, qu'au moment où elles me déchirent, je sens malgré tout leur douceur. Elles m'émeuvent Elles
m'attirent. Elles me désespèrent... Je voudrais de toute mon âme pouvoir leur répondre*..
HENRIETTE
Mais c'est trop tard, et vous ne le pouvez plus. Vous avez raison. Partez bien vite, allez-vous-en, vous n'avez plus qu'à oublier.
VOUZON
J'ai au contraire à me souvenir. La colère peut s'égarer un moment. On souffre, on se révolte, on crie. Mais il y a une conscience qui vous fait taire. Il y a une justice qui s'impose, et à laquelle on ne peut échapper. J'ai à me souvenir que vous m'aviez donné, avec tout votre cœur, toute votre confiance, et que, le premier de nous deux, j'ai désolé votre cœur et trompé votre confiance. Il faut que je me souvienne de cela, car on doit avoir le courage de se juger soi-même avant d'avoir le droit de condamner les autres. Il faut reconnaître que les fautes sont égales devant la douleur qu'elles nous imposent; que si l'amour ne peut pas se passer de franchise, il se passe encore moins d'indulgence; que s'il y a, comme vous le disiez, une minute où une force inconnue nous arrache l'un à l'autre, il y a aussi la minute qui succède à celle-là, la minute où l'on se retrouve, où Ton se reprend et où le devoir de se pardonner l'un l'autre se confond dans la dauceur de s'aimer toujours. .. Et c'est pour cela que je ne vous obéis plus, et que, lorsque vous voulez que j'oublie, je me souviens, et que, lorsque vous me dites : partez [s' asseyant,), je reste auprès de vous...
HENRIETTE
André f