RUE MONSIEUR-LE-PRINCE
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Nous avons eu souvent occasion de dire, k propos du Génevois Rousseau, du Zurichois Pestalozzi, que la Suisse était la torre sainte de la pédagogie, la patrie des éducateurs, Nous le répéterons volontiers, en abordant cette ' élude sur le Fribourgeois Girard. La Suisse française,
; particulièrement, tient une place d'honneur dans Vhistoire de l'éducation, et il ne faut pas oublier que le P. Girard était le contemporain de Mme Necker de Saussure, qui est née la même année que lui, en1765, ni que François Naville fut son disciple et son ami.
Ce qu'on doit constater aussi, c'est que tous ces éducateurs suisses ont tourné leurs regards vers la France, .^qu'ils Vont aimée, qu'ils ont travaillé pour elle, et qu'en ^ retour la France les a appréciés et honorés. Pestalozzi .était fier d'avoir reçu de la Convention nationale le litre de citoyen français ». Et si le P. Girard n'a pas eu le même honneur, d'autres ne lui ont pas manqué : la croix de la Légion d'honneur, un des plus beaux prix de l'Aca démie française, le titre de correspondant étranger de l'Académie des sciences morales, l'approbation flatteuse de Cousin et de Villemain. « H y a en lui, écrivait Vitiemain, quelque chose de Fénelon et de Roüin. » Ne disait-il pas lui-même, heureux de trouver en France des sympathies que la Suisse lui refusait parfois : « La France est devenue ma patrie adoptive In
Assurément, Girard ne peut être comparé à ses deux grands compatriotes, Rousseau et Pestalozzi, pour la pro- ^fondeur et l'originalité de l'esprit. Mais quoiqu'on ne puisse lui attribuer le génie créateur de Pestalozzi, il a J. eu pourtant ses doctrines, ses méthodes k lui; et la preuve^,
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c’est que nombre d’écoles, organisées d'après ses vues et baptisées de son nom, furent appelées les « Girardines », en Italie et en Suisse. Et si sa pensée modérée, calme et prudente, ne ressemble en rien à l’imagination ardente d'un agitateur d'idées tel que Rousseau, ce sage, ce « Socrate chrétien », comme se plaisaient à l’appeler ses concitoyens, n’en mérite pas moins de prendre place parmi les grands éducateurs.
Il a été un pédagogue de tradition française, un Pécaut catholique, préoccupé, avant tout, comme lui, deV éducation morale, et, pour en établir les fondements, faisant appel, comme lui, à la conscience personnelle : très religieux, sans doute, mais d’une religion large et libérale qui lui permettait de célébrer les bienfaits de l’instruction chez les nations protestantes, et de se plaindre que la superstition défigurât parfois les croyances des peuples catholiques. Il a voulu mettre une « âme » jusque dans l’étude de la lecture et de l’écriture, éveiller et cultiver l’intelligence et toutes les facultés, animer et vivifier tous les enseignements et les faire servir à l’apprentissage de la vertu.
Justice lui a été rendue maintes fois. Michelet, seul, chez nous, l’a jugé avec une sévérité inique.
Dans son rapport à t Académie française sur le livre de Girard, rEnseignement régulier de la langue maternelle, Villemain faisait de l'auteur, en 1845, ce bel éloge : « Esprit supérieur et naïf ami de l’enfance, passant tour à tour de l’enseignement primaire à une chaire de philosophie, unissant à la religion la plus fervente la charité la plus égale, homme de Dieu et de notre siècle, auquel il n’a manqué dans sa longue carrière, aucune épreuve, pas même celle des persécutions jalouses,... avec une sorte de liberté moderne et de judicieuse hardiesse. » Et, pour ne citer qu’un autre témoignage, voici en quels termes le pédagogue italien Lambruschini rendait hommage à Girard et à son ouvrage: « Girard expose avec une clarté et une simplicité ineffable les vérités les plus élevées de la philosophie, de la morale et de la religion. Sa sagesse est aimable et douce. Son livre est de ceux que tout le monde doit lire et méditer... »
Nous sommes loin d’espérer que l'œuvre d’un homme qui
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e.ii mort il y a, plus d'un demi-siècle puisse compter^ de nos jours, sur le succès qu'il trouva auprès de ses contem porains : mais nous constatons pourtant avec joie ([ue V oubli ne s'est point fait sur la mémoire de Girard. Son disciple favori, le pédayogue suisse Daguet, lui a consacré, il y a dix ans à peine, deux gros volumes de biographie. En 1905, le 18 juillet, ses compatriotes ont célébré avec éclat le centenaire de sa nomination comme Préfet des écoles primaires de la ville de Fribourg; et celte fête organisée par M. Léon Genoud, directeur du Musée Pédagogique, a eu son retentissement dans toute la Suisse. Et quelque difficulté qu'il y ait eu pour nous à resserrer en une centaine de pages une aussi abondante matière, nous avons plaisir à faire revivre ici les principaux traits de la vie et de Vœuvre de celui dont ses admirateurs italiens disaient que « son nom serait béni de toutes les générations futures » ; et que 1400 en'ants de Fribourg, joyeusement associés a la fête du centenaire de 1905, saluaient encore, il y a deux ans, comme « le père de la jeunesse, » dans des chœurs dont nous voulons au moins citer quelques vers :
« Moine vénéré, dont l’image fière Verse sur l’école où penchent nos fronts Un flot de tendresse, un flot de prière,
O Père Girard, que nous célébrons,
Nous tressons pour toi la verte couronne De nos rêves frais, de nos cœrrg. d’enfants.
Écoute nos cœurs aux paroles franches ; Vois nos airs de fête et nos robes blanches : Les petits enfants sont autour de toi... »
l’Éducation du p. girard, son caractère