INTRODUCTION
Origines historiques du Pacte colonial.
Les économistes se demandent parfois si les doctrines ne résultent pas naturellement des circonstances de temps et de lieu, de telle sorte que chaque époque voie surgir les théories qui lui conviennent le plus parfaitement et que la recherche de la vérité universelle et constante soit un problème irréalisable. La réponse est ardue ; mais si l’on envisage l'influence du milieu contemporain sur la politique des gouvernements, est-il douteux que cette influence soit réelle et décisive ? Or, au moment même où la découverte de l'Amérique et les exploits des conquistadors imprimaient à l'expansion du vieux monde un essor inattendu, l’économie des grands États européens présentait certains caractères, une idée particulière de la richesse nationale s'était formée, dont l'empreinte allait marquer profondément le régime des colonies nouvelles.
Le temps n’était plus de cette civilisation féodale, où la vie des sociétés durant plusieurs siècles avait reposé sur l'économie naturelle. Le Moyen-Age, en effet, cristallisé dans une vie locale et en quelque
sorte cellulaire, ne connut de l'argent que des usa-
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ges fort restreints : le troc, si exceptionnel de nos jours, se présentait alors comme le mode normal des échanges ; les diverses branches de l'outillage national étaient constituées et entretenues, dans l’intérieur de chaque seigneurie, au moyen de péages et de corvées; la terre, la grande richesse de l'époque, était l’objet de concessions payées par de modiques redevances.
Au début du xvre siècle, la situation économique est toute différente. Sous l’influence de causes diverses, qui agissent alors avec une pressante acuité, l’économie monétaire s’est substituée à l’économie naturelle ; l'argent, le métal précieux, prend alors une importance extraordinaire, et l'opinion publique l'enveloppe d’un si haut prestige qu'elle finit par y voir le bien le plus désirable pour un Etat, la grande richesse, la richesse même.
Pour comprendre comment une pareille idée put naître et s'imposer à l'esprit des contemporains, il faut jeter un regard en arrière et montrer que le développement de la puissance royale et les progrès du trafic et de l’industrie y conduisirent comme à une conséquence naturelle.
En France, en Angleterre, en Espagne, une longue suite de rois s’est appliquée, avec une persévérance que rien ne décourage, à la démolition de l'édifice féodal ; pièce à pièce, ils l'ont réduit en ruine ; pas
à pas, ils ont étendu les limites de leur pouvoir. A