LP PATEN ENS | PT OT
Lo A A
… vité économique doit s'orienter simplement vers une
production complémentaire de la production métropolitaine!, toutes idées qui constituent le tréfonds du pacte Colonal : aussi Adam Smith dirait-il sans doute de la politique nouvelle, comme jadis il disait de l’ancienne, qu’elle convient parfaitement à un pays dont le gouvernement serait sous l'influence des boutiquiers.
Si nous nous bornons à voir dans les colonies des - débouchés à l'industrie métropolitaine, si nous en sommes restés à la conception coloniale de nos pères, c'est peut-être que nos habitudes nationales ne nous ont pas permis de nous élever à la conception moderne. D’après celle-ci, l'utilité, le bienfait de la colonisation, c’est d’être «un dérivatif naturel d’un superflu de population, la ressource offerte à ceux qui se trouvent à l’étroit dans la mère patrie, et qui, hors de la patrie, peuvent espérer une vie aisée sans sacrifier ce bien inestimable, leur nationalité... En effet, la plupart des hommes aiment à vivre parmi leurs concitoyens, sous les lois, la religion et les institutions dont ils ont l'habitude. En outre, ils s’exposent à des désavantages très réels en allant vivre au
milieu d’une population parlant une autre langue » ?.
1 Cf. Discours de M. d'Estournelles à la Chambre des dépuütés, le 8 février 1898. — Ed. Théry : Nécessité d'un régime douanier entre la France el ses colonies.
2 Cf. Seeley, L'Expansion de l'Angleterre, p.73 et 88.
Or, le Français est rebelle àl émigration ; î n'a pas " cette initiative hardie de l’Anglo-Saxon ou de l’Allemand qui va chercher fortune aux extrémités du monde ; nous n'avons pas une Plus Grande France
comme il existe une Plus Grande Angleterre ‘ets
comme il se forme une Plus Grande Allemagne. Et pourtant nous colonisons ; dans quel but? dans le but d'ouvrir des débouchés à notre industrie, comme à l'époque de Richelieu et de Colbert; et tandis que l'Angleterre donne à ses possessions le bénéfice de l'indépendance économique, tandis que l'Allemagne se contente de droits de 5 p. 100 dans ses colonies africaines, à l’exemple de nos pères, nous avons vu dans notre empire colonial non pas une seconde patrie, mais un simple débouché à l'industrie métropolitaine.
Cette conception ne nous a pas permis de gratifier nos possessions d’un régime d’autonomie ou de libre échange. Produisant plus chèrement que l’Angleterre, l'Allemagne et les Etats-Unis, ne pouvant offrir que des frets plus élevés, nous avons été obligés de faire revivre en partie les restrictions du pacte colonial, entourées d’ailleurs de notables atténuations. L’effet immédiat a été l'élévation du taux de la vie et par suite un mécontentement général : € Partout des crises locales ont éclaté lors de l’ application des nouveaux tarifs, qui ont amené d’abord
un ralentissement des affaires et quelquefois des rui-
F- roduits Dane sont en se chers que les produits: similaires étrangers, puis encore de ce
que le fret entre la France et ses colonies est plus
coûteux qu'entre l'étranger et les colonies. . Sur la côte occidentale d'Afrique, les noirs n'hésitent pas
à faire plusieurs jours de route pour éviter nos comptoirs et aller échanger leurs produits dans les colonies étrangères où ils trouvent les articles dont ils ont besoin à meilleur marché que dans les nôtres !. » |
C’est que la protection qui anime le régime douanier de 1892 n’a pas été établie dans l'intérêt de nos colonies, mais au bénéfice de l’industrie métropolitaine ; elle n’a pas eu pour effet, suivant le principe de l’économiste Carey, de substituer un marché plus rapproché à un marché plus lointain, elle a forcé nos possessions océaniennes à demander à la France des marchandises que l'Australie leur eût offertes à meilleur compte. De même que le pacte colonial, la loi de 1892 a été, dans une certaine mesure, un régime d'exploitation, et, comme lui, il a suscité un vif mécontentement chezles nations étrangères, surtout chez nos voisins les Anglais, qui ne cessent de préconiser le régime de la porte ouverte.
Il faut néanmoins se garder de toute exagération.
1 Cf. Vignon, L’Exploitation de notre empire colonial, p.
Nous le savons, le législateur a pris soin de modérer |
la rigueur du principe : « Il n'est jamais entré dans la pensée d’un être raisonnable, écrivait Jules Ferry :
v BR
de transporter en blocles tarifs de la métropole dans É
les colonies françaises, sans tenir compte ni des distances, ni des climats, ni de l’infinie variété de ce
lointain domaine dispersé dans toutes les parties du monde, sous toutes les latitudes habitables. Cette conception étroite, absolue, radicale, n’a point été
celle du Parlement; c’est la caricature du régime
nouveau, ce n’en est point la saine et loyale appli-
cation. Par le 4e paragraphe de l’art. 3, la porte est toute grande ouverte aux exceptions nécessaires. En somme, chaque colonie aura son régime spécial !. » Le paragraphe 4 de l’art. 3 est le rouage, la clef, dont l’action commande tout le mécanisme. Que le gouvernement apporte les exceptions nécessaires au principe de l'assimilation, le paragraphe 4 jouera l'office d’une soupape de sûreté ; et tel a été le but des décrets intervenus à la date du 26 novembre 1892 pour la Réunion, Mayotte et la Nouvelle-Calédonie, du 29 novembre pour le Gabon, l’Indo-Chine, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, et du 21 décembre pour Saint-Pierre et Miquelon. Ces diverses mesures ont ramené à leur juste valeur les craintes exprimées par les habitants de nos colonies ; c’est ainsi qu'un de nos patriotes de la Martinique
! Cité par Girault, op. cit., p. 531.
Does
avait présumé que le nouveau régime enléverait chaque année au revenu de la petite île une somme de 3.482.000'frances, au lieu des 432.000 francs qui formaient la contribution de l’île en 1889; or, quand le gouvernement eut usé de sa faculté d'atténuation par le décret du 29 novembre 1892, le montant des droits à l'importation se réduisit à la somme de 810.000 francs.
Mais c’est à l'industrie française qu’il appartient de donner la véritable réponse aux protestations des colonies. Que nos industriels sachent se montrer dignes de la faveur toute spéciale dont on encourage leurs efforts ; qu'ils n’abusent pas de la protection pour fournir aux colonies des marchandises mal appropriées à leurs goûts et à leurs besoins; qu'à l'exemple de leurs concurrents d'Allemagne et d’Angleterre, ils répandent leurs agents aux quatre coins du monde pour s'informer des moindres désirs de la clientèle, qu'ils se mettent résolument à la fabrication de cette camelote, plus goûtée sur les marchés d’Afrique que les articles les plus soignés de la métropole.
Mais un jour viendra, proche peut-être, où les colonies fabriqueront elles-mêmes les objets nécessaires à leur consommation. Déjà l'Inde anglaise fait une concurrence redoutable aux manufactures du Lancashire ; l’'Indo-Chine a suivi son exemple et
plusieurs filatures se sont élevées à Hanoï et à
colonies ne seront te le bone 4e ue Re pole, et il n’y aura plus de pacte colonial.
2 ÉILOQUE.
Dans cette étude historique sur la pacte colonial,
nous nous sommes attachés plus particulièrement à
montrer l'application du système en France et en
Angleterre : ce n’est pas seulement parce qu'elles
sont aujourd'hui les deux grandes nations colonisatrices, mais encore parce qu’elles ont adopté les deux formes caractéristiques de la politique coloniale au xixe siècle. A l’ancien pacte, l'Angleterre de Smith et de Cobden a fait succéder l’autonomie, la France s’est déclarée pour l’assimilation. Une double voie est ainsi ouverte à la politique des nations contemporaines, mais il paraît bien que l'assimilation recueille aujourd’hui la faveur universelle : l’Angleterre même se repent de l'autonomie, dont elle a fait tout d’abord une si brillante expérience. Il y a là un phénomène important que nous ne pouvions omettre à la fin de cet ouvrage et dont il convient de signaler rapidement les causes.
Les dernières années du xixe siècle ont vu naître et grandir le mouvement protectionniste. A l'abri des tarifs, la France a défendu ses fabriques contre la redoutable concurrence de l’industrie anglaise ; d’autres nations ont préparé leur avènement à la puis-
sance manufacturière. Cet avènement est à l’heure
Tu!
lemagne : non seulement ces deux pays sont à même
de pourvoir aux besoins de leur consommation pa- sé tionale, mais le développement de leurs exportations $ marche à pas de géant ; le fer et le charbon d’Amérique sont offerts à meilleur compte que les produits | similaires de la Grande-Bretagne, la camelote allemande se répand dans toutes les parties du monde, Hambourg et New-York balancent la fortune de Lon-
dres et de Liverpool. Il y a vingt ans, les tarifs protecteurs enlevaient à l’Angleterre le débouché de l’Europe et des Etats-Unis ; aujourd’hui la production 2 se anglaise est menacée dans toutes les parties du monde Pr: par l’apparition d’une double concurrence souvent victorieuse.
Aussi l’inquiélude grandit chez nos voisins et le protectionnisme de Birmingham fait place au libreéchange de Manchester ; le gouvernement n’a pas de souci plus impérieux que de rendre à la production anglaise ses débouchés perdus ; il fait la conquête du Transvaal et préconise en Chine le système de la porte ouverte. Mais les industriels demandent plus encore, el quand le gouvernement les interroge sur le remède qu’il convient d'apporter au malaise actuel, ils font unanimement la même réponse : «Il n'y a qu'un seul remède : l'union commerciale avec les colonies. Il faudrait établirentre elles toutes et la mé-
! CE, Victor Bérard, L’Angleterre et l'impérialisme, p.57 ets.
RG rio
tropole une sorte d'union douanière comparable au Zollverein allemand: on supprimerail toutes les douanes intérieures d’une colonie à l’autre, ou des colonies à la métropole, et l'on rétablirait une douane extérieure contre les produits étrangers. Nous donnerions ainsi aux colonies le monopole de notre marché pour leurs matières premières. Elles nous donneraient le monopole de leurs marchés pour nos manufactures et nos produits ouvrés '.» Qu'’indiquent ces dernières lignes si ce n’est un retour non dissimulé au pacte colonial ? C’est ainsi que la gêne de l’industrie a donné naissance à l'impérialisme ; M. Chamberlain est le chef du mouvement, il en est à la fois l'orateur et l'homme d'action, et les récentes élections anglaises viennent de montrer quelle faveur accueillait l'impérialisme, non seulement parmi les industriels et les patrons, mais jusque dans les masses profondes du peuple de la Grande-Bretagne.
Ce n’est pas seulement de l’autre côté de la Manche que souffle le vent de l'impérialisme. Au delà des mers, les Etas-Unis s’affirment exécuteurs fidèles de la doctrine de Monroë ; déjà ils ont chassé l'Espagne de Cuba et de Porto-Rico, ils se sont installés en maîtres aux Philippines; ce n’est là sans doute que
le commencement d’une œuvre qui se poursuivra
! Blue Book, C - 4715, p. 32 ets. Dépositions de MM. W. Lord et H. Müller, délégués de la Chambre de commerce de Birmingham.
De
nière, nn au Zoliverein qui a ajere fa ba:
sa prospérité actuelle ? Bref, les trois grandes nations 4
industrielles de notre époque recherchent avant tout
des débouchés, etle besoin des débouchés les conduit
à l'impérialisme. Or, l'impérialisme n’est pas autre
chose que l'assimilation, et nous savons que celle-ci ‘2 est encore le ie colonial, mais Ale ne
atalenent entraîné par l'évolution des faits, Si “disparaîtra quand les colonies deviendront à leur tour des contrées manufacturières, il semble du
moins que l'avenir lui réserve encore une longue
existence.
+ Nu À Le Doyen, Le Président de la Thése, + GLASSON. LÉVEILLÉ, @ Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, 4 GRÉARD. De 3