‹ Le pacte de famine. L'administration du commerceChapitre 1 sur 38 · PARIS LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET G · texte numérisé non relu

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Par des règlements d'une exj:rême rigueur, le gouvernement de l'ancien régime avait rendu lé commerce des grains impraticable. Il avait voulu seulement diriger ce commerce \ il Tavait anéanti; il devait le suppléer dans les temps de disette.

On a flétri sous le nom de pacte de famine l'un des traités conclus par suite de cette obligation.

Comme toutes les autres opérations faites sur les grains, celle-là fut Tobjetdes soupçons les plus outrageants. L'erreur qui s'est accréditée et qui se perpétue encore, a été causée, en grande partie, par les précautions prises pour ensevelir dans le plus profond secret tout ce qui concernait ces mesures. Effrayé par les clameurs populaires, le gouvernement n'a pas essayé de se justifier. Le principal accusé a été condamné sans avoir pu se faire entendre.

De nos jours, il est loisible, môme avec quelque pro-

* « On entend par police des grains, disait Condillac en 1776, les règlements que fait le gouvernement lorsqu'il veut lui-même diriger le com luerce des grains. > (Le commerce et le gouvernement, p 470 )

fit, de réviser ce procès historique. S'il en résulte une réhabilitation partielle de Louis XV, cela importe peu, quoique l'histoire lui doive aussi la vérité; mais il n'est pas le seul intéressé. Les opérations sur les grains ont été sinon conseillées, du moins conduites par des économistes; Trudaine de Montigny et Turgot y ont été mêlés.

A un autre point de vue, cet examen importe davantage.

Le gouvernementdel'ancien régime voulaitparaître paternel. A l'égard des subsistances, sa sollicitude pour « ses peuples » le portait à faire du socialisme par tradition et plus encore par nécessité. Les opérations sur les grains qu'il a entreprises, sont peutôtreTune des applications les plus concluantes du socialisme d'État que Ton s'efforce de réhabiliter aujourd'hui, et qui, même en Angleterre, a de si nombreux partisans.

Les résultats de cette longue et douloureuse expérience sont oubliés; à peine soupçonne-t-on la cause véritable des erreurs économiques qui, par leur insuccès, par l'animadversion qu'elles ont soulevée, ont largement contribué à la chute de la vieille monarchie.

Je me propose à Taide de documents, nouveaux en partie, de rechercher les motifs pour lesquels Louis XV s'est déterminé à faire le commerce des grains.

Beaucoup de lecteurs n'aiment pas à sentir la poussière des archives. L'étalage d'une vaine érudition les rebute. Je leur demande pardon des citations fort nombreuses qu'ils vont rencontrer.

L'histoire n'est qu'un tribunal où chaque génération juge selon ses lumières, ses préjugés et même ses partis-pris, les grandes et les petites causes du passé. Tous ceux qui veulent y plaider doivent produire leurs témoins et, suivant l'usage du palais, communiquer leur dossier.

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