‹ Le pacte: légende en un acte en versChapitre 13 sur 20 · ULTIMA FRANZ · texte numérisé non relu

ULTIMA FRANZ

Ici pourtant vous êtes inconnue.

ULTIMA

Moins que vous le pensez... souvent je suis venue Chez les nobles barons, et depuis fort longtemps Je connais le domaine avec ses habitants.

FRANZ

Vraiment !

ULTIMA

Certe, et de plus je me suis aperçue Que Ton m'a chaque fois très dignement reçue.

FRANZ, avec galanterie.

Je Tignorais, madame, et j'en suis désolé.

ULTIMA

Tôt ou tard vous devez en être consolé ;

Il fut écrit là-haut, le jour de ma naissance,

Que chacun avec moi doit faire connaissance.

FRANZ

Et chacun, j'en suis sûr, doit en être flatté... Habitez-vous ici?

ULTIMA

Non pas, en vérité ; J'ai choisi pour demeure un plus vaste domaine.

FRANZ

On l'appelle ?

ULTIMA

D'un nom étrange... Race humaine.

FRANZ

Le gérez-vous?., pardon d'un pareil sans-façon.

Je ne le gère pas, mais j'y fais la moisson.

FRANZ, & part.

Qnelqne chose d'étrange entonre cette femme ; Je le pressens...

à Ultima.

Ainsi vous êtes grande dame, Et quelque haut baron sans doute est votre époux ?

ULTIMA

Non; de ces titres vains mon cœur n*est point jaloux, Et la voix de Tamour ne m*a jamais touchée.

Plus d'un amoureux fou pourtant m'a recherchée ; Mais quand l'heure venait, pris d'un soudain émoi. Ils refusaient toujours de s'allier à moi.

FRANZ

Je leur en veux beaucoup de leur mauvaise grâce ; Mais, du moins, étaient-ils issus de noble race ?

ULTIMA

Peut-être... mais qu'importe orgueil ou vanité? Je fais autour^de moi régner l'égalité.

Tous les rangs, quels qu'ils soient, à mes yeux senties mêmes; Obscurité, grandeurs, fiers blasons, diadèmes, Fronts de peuple et de rois, vieux nom, titre nouveau,

Faisant un geste vers la terre.

Je passe tout cela sous le même niveau.

FRANZ

Quel langage profond ! quelle philosophie !

ULTIMA

Pour aimer ces hochets qu'est-ce donc que la vie? Un mot, un souffle vain, quelques moments passés.

Elle s'approche de Franz.

Y tenez- vous beaucoup?

FRANZ

Ma foi, j'y tiens assez ; On ne meurt qu'une fois, soit dit sans faire outrage A votre beau discours.

ULTIMA

Je pensais qu'à votre âge On craignait moins la mort.

FRANZ

Oh 1 je ne la crains pas ; Et si je me trouvais par hasard sur ses pas, Je lui dirais...

ULTIMA, le regardant fixement.

Quoi donc ?

FRANZ, en hésitant.

Je ne sais pas, au juste.

ULTIMA

Vous auriez peur, je crois, à son aspect auguste.

FRANZ

Peut-être bien...

ULTIMA

Déjà vous semblez frissonner,

FRANZ

C'est très-possible...

ULTIMA

Alors si vous deviez donner La vie...

FRANZ, l'interrompant.

Ohl non!..

à part.

Je suis fort mal à cette place...

Regardant Ultiina.

Sa parole me pèse et son regard me glace.

ULTIMA

Votre âme est donc fermée à ce beau sentiment, A cet instinct du ciel appelé dévouement?

FRANZ

J'ai toujours admiré celui qui se dévoue ; Mais c'est aller peut-être un peu loin, je Tavoue, Que de donner sa vie, et je ne me sens pas Malgré tous mes efforts de franchir un tel pas.

Ainsi, nul n'obtiendrait ce dévouement ?

FRANZ

Non, certeî

ULTIMA

Pas même un ami cher?

FRANZ

Non, non !

ULTIMA

Pas même... Berthe?

FRANZ

Que dites- vous?

à part.

J'ai peur... c'est peut-être...

ULTIMA

Ce nom Vous déciderait-il?

FRANZ, à part.

Je frissonne...

ULTIMA

Eh bien ?

FRANZ, avec effroi.

NonI

Je ne veux pas mourir !

ULTIMA

Rassurez-vous ; personne Ne vous dit, maître Franz, que pour vous T heure sonne. Je causais seulement pour vous entretenir. . .

Après une pause.

Messire Cari de Reuss tarde fort à venir.

FRANZ, à part.

Quelle idée !

à Ultima.

En effet, ma surprise est extrême ; Et si vous le voulez, je vais à l'instant même Le chercher.

ULTIMA

Dites-lui qu'on le demande ici.

FRANZ

J'y cours...

à part.

Ah I quel bonheur de m'en sortir ainsi I

Il sort.

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