ULTIMA FRANZ
Ici pourtant vous êtes inconnue.
ULTIMA
Moins que vous le pensez... souvent je suis venue Chez les nobles barons, et depuis fort longtemps Je connais le domaine avec ses habitants.
FRANZ
Vraiment !
ULTIMA
Certe, et de plus je me suis aperçue Que Ton m'a chaque fois très dignement reçue.
FRANZ, avec galanterie.
Je Tignorais, madame, et j'en suis désolé.
ULTIMA
Tôt ou tard vous devez en être consolé ;
Il fut écrit là-haut, le jour de ma naissance,
Que chacun avec moi doit faire connaissance.
FRANZ
Et chacun, j'en suis sûr, doit en être flatté... Habitez-vous ici?
ULTIMA
Non pas, en vérité ; J'ai choisi pour demeure un plus vaste domaine.
FRANZ
On l'appelle ?
ULTIMA
D'un nom étrange... Race humaine.
FRANZ
Le gérez-vous?., pardon d'un pareil sans-façon.
Je ne le gère pas, mais j'y fais la moisson.
FRANZ, & part.
Qnelqne chose d'étrange entonre cette femme ; Je le pressens...
à Ultima.
Ainsi vous êtes grande dame, Et quelque haut baron sans doute est votre époux ?
ULTIMA
Non; de ces titres vains mon cœur n*est point jaloux, Et la voix de Tamour ne m*a jamais touchée.
Plus d'un amoureux fou pourtant m'a recherchée ; Mais quand l'heure venait, pris d'un soudain émoi. Ils refusaient toujours de s'allier à moi.
FRANZ
Je leur en veux beaucoup de leur mauvaise grâce ; Mais, du moins, étaient-ils issus de noble race ?
ULTIMA
Peut-être... mais qu'importe orgueil ou vanité? Je fais autour^de moi régner l'égalité.
Tous les rangs, quels qu'ils soient, à mes yeux senties mêmes; Obscurité, grandeurs, fiers blasons, diadèmes, Fronts de peuple et de rois, vieux nom, titre nouveau,
Faisant un geste vers la terre.
Je passe tout cela sous le même niveau.
FRANZ
Quel langage profond ! quelle philosophie !
ULTIMA
Pour aimer ces hochets qu'est-ce donc que la vie? Un mot, un souffle vain, quelques moments passés.
Elle s'approche de Franz.
Y tenez- vous beaucoup?
FRANZ
Ma foi, j'y tiens assez ; On ne meurt qu'une fois, soit dit sans faire outrage A votre beau discours.
ULTIMA
Je pensais qu'à votre âge On craignait moins la mort.
FRANZ
Oh 1 je ne la crains pas ; Et si je me trouvais par hasard sur ses pas, Je lui dirais...
ULTIMA, le regardant fixement.
Quoi donc ?
FRANZ, en hésitant.
Je ne sais pas, au juste.
ULTIMA
Vous auriez peur, je crois, à son aspect auguste.
FRANZ
Peut-être bien...
ULTIMA
Déjà vous semblez frissonner,
FRANZ
C'est très-possible...
ULTIMA
Alors si vous deviez donner La vie...
FRANZ, l'interrompant.
Ohl non!..
à part.
Je suis fort mal à cette place...
Regardant Ultiina.
Sa parole me pèse et son regard me glace.
ULTIMA
Votre âme est donc fermée à ce beau sentiment, A cet instinct du ciel appelé dévouement?
FRANZ
J'ai toujours admiré celui qui se dévoue ; Mais c'est aller peut-être un peu loin, je Tavoue, Que de donner sa vie, et je ne me sens pas Malgré tous mes efforts de franchir un tel pas.
Ainsi, nul n'obtiendrait ce dévouement ?
FRANZ
Non, certeî
ULTIMA
Pas même un ami cher?
FRANZ
Non, non !
ULTIMA
Pas même... Berthe?
FRANZ
Que dites- vous?
à part.
J'ai peur... c'est peut-être...
ULTIMA
Ce nom Vous déciderait-il?
FRANZ, à part.
Je frissonne...
ULTIMA
Eh bien ?
FRANZ, avec effroi.
NonI
Je ne veux pas mourir !
ULTIMA
Rassurez-vous ; personne Ne vous dit, maître Franz, que pour vous T heure sonne. Je causais seulement pour vous entretenir. . .
Après une pause.
Messire Cari de Reuss tarde fort à venir.
FRANZ, à part.
Quelle idée !
à Ultima.
En effet, ma surprise est extrême ; Et si vous le voulez, je vais à l'instant même Le chercher.
ULTIMA
Dites-lui qu'on le demande ici.
FRANZ
J'y cours...
à part.
Ah I quel bonheur de m'en sortir ainsi I
Il sort.