‹ Le pacte: légende en un acte en versChapitre 8 sur 20 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

BERTHE, dans le pavillon. - ULTIMA. — VITA.

VITA

Dans la nuit de la tombe Tu n'emporteras pas ce pauvre ange qui tombe ;

Tu ne glaceras pas ce cœur de dix-sept ans ; Je suis la Vie.

Eh bien ! que me veux-tu ?

VITA

J'attends De te voir épargner cette existence frêle.

ULTIMA) impassiblement.

Berthe est à moi.

VITA

Du ciel je viens veiller sur elle ; Je viens la protéger, la préserver de toi; Tel est mon but, mon but sacré.

ULTIMA

Berthe est à moi.

VITA

Puisqu'il faut que chacun ici-bas te connaisse. Pourquoi viens-tu chercher la grâce et la jeunesse ? Pourquoi préfères-tu ces cœurs purs, ces fronts blancs ?

Va, va plutôt vers ceux dont les pas sont tremblants, Vers ceux qui sont courbés par la vieillesse austère. Et qui pensent au ciel en regardant la terre. Exerce sur eux tous ton pouvoir triomphant, C'estjuste, c'est ton droit... mais prendre cette enfant! Eteindre dans les plis d'une funèbre toile Le sourire éclatant de cette jeune étoile !

Epuiser cette coupe encor pleine de jours 1 Non ! ce serait affreux t..

ULTIMA, avec la même impassibilité.

Berthe est à moi.

VITA

Toujours Cette phrase cruelle, aveugle, irrévocable !.. Ohl c'est bien toi la mort froidement implacable ; La mort qui devant elle ouvre un sillon de deuil, Et voudrait transformer le monde en un cercueil. Oui, c'est toi qui te plais aux douleurs infinies. Aux cris de désespoir, aux râles d'agonies !

C'est toi le spectre affreux qui vient, sinistre et seul, Sortant un doigt glacé des plis de son linceul,

Et qui voudrait, rêvant pour temple un ossuaire, Entourer l'univers d'un immense suaire !

Va ! tu me fais horreur !

ULTIMA

Est-ce un ange des cieux, Est-ce un hôte divin que j'ai devant les yeux? Quel étrange discours!.. En vérité, je doute De ta sainte origine alors que je t'écoute.

Je suis un spectre f . . Eh bien 1 sache qu'entre nous deux. Entre l'ange vivant et le spectre hideux, C'est moi que Dieu revêt du plus haut caractère. Ta mission unique est de peupler la terre.

Moi, par un ordre saint et providentiel, Je fauche sur la terre et je peuple le ciel.

Telle est de notre but l'immense différence : Tu prolonges l'exil, je suis la délivrance ; Tu n'es que l'ombre obscure et je suis la clarté ; Tu n'es que le moment, je suis l'éternité.

Ainsi, dédaigne moins la part que Dieu m'a faite. Aux regards du mourant ma vue est une fête ; L'être que je vais prendre et qui ferme les yeux

Entrevoit la splendeur éclatante des cieux, Et dans leurs profondeurs vastes et solennelles, Il écoule chanter les harpes étemelles...

Berthe est à moi. . .

Elle fait un mouvement vers la jeune fille.

VITA

Non, non !

ULTIMA

A quoi bon retarder Le bonheur que déjà Dieu lui veut accorder?

Laisse monter au ciel cette âme chaste et belle..

Elle s'approche encore du pavillon.

Regarde ; elle sourit quand je m'approche d'elle, Elle entrevoit le ciel...

VITA

Si Dieu t'envoie ici C'est par sa volonté que je m'y rends aussi.

Ta présence toujours demande une victime, Je le sais ; mais ton droit devient moins légitime Près de Berthe.

Un aïeul de Gesten fut maudit Jusqu'en ses descendants; de plus il fut prédit Que son nom passerait comme une vaine trace, Et qu'une enfant, dernier rejeton de sa race, Serait à dix-sept ans livrée à ma merci.

Ce fut dit dans le ciel.

VITA

Mais il fut dit aussi Que si pour elle un autre abandonnait la vie, Berthe vivrait.

C'est juste.

VITA

Eh bien f je te convie A ce pacte s^cré.

ULTIMA

J'y dois souscrire.

VITA

Et moi Je vais chercher celui. . .

ULTIMA

Non, ce n'est pas à toi; Ce mandat m'est échu, tel est Tordre suprême; Mais compte sur mon zèle autant que sur toi-même; J'en prends jusqu'à ce soir l'engagement sacré.

Avec intention.

J'ai dit : jusqu'à ce soir.

VITA

C'est juré.

ULTIMA

C'est juré.

Ultima s'éloigne et disparait derrière les massifis du jardin. — Vita s'éloigne du côté opposé en jetant un regard sur Berthe qui revient à elle et rentre en scène.

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