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Qu'on attelle le carrosse, s’écria alors Fleur-de-Mai

… M. l'abbé Fouquet repart pour Angers, où le gouverneur

de la province lui a réservé un logis digne de lui. Et Fleur-de-Mai, montrant à l'officier qui comman- dait les soldats d'Anjou le rarchemin signà par Colbert, Jai dit:

=—Vous me répondez, monsieur, de tous ces hommes ;

si un seul s’échappait pour eourir à Ancenis, vous courriez grand risque d’être dégradé.

L’officier s’inclina.

En &ix minutes, le carrosse eut des chevaux frais, et abbé y prit place à côté du chevalier du Vernais.

Le chevalier du Vernais paraissait plus rassuré, En entrant dans le carrosse, il jeta un regard sur la lucarne située au rez-de-chaussée. Pepe sanglant, mais plein de vie, s’était traîné jusque-là, et échangea avec lui un regard d'intelligence.

—Le surintendant est sauvé! murmura du Vernais.

La voiture partit à fond-1de train. Le vicomte et Fleur-de-Mai galopaient aux portières.

Quelques heures après, le carrosse roulait sur le pavé d'Angers et entrait dans la cour du château.

Le gouverneur, M. de la Vauguyon, vint recevoir le prisonnier.

—Monsieur le gouverneur, lui dit Fleur-de-Mai, vous me répondez sur votre tête de M. l’abbé Fouquet.

—Soyez tranquille, monsieur, répondit M. de la Vauguyon, le prisonnier ne sortira d’ici que pour aller à la Bastille avec une escorte de deux cents mousquetaires.

—Je vous confie également M. du Vernaiïs.

—Qu’il soit le bienvenu! répondit M. de la Vauguyon avec un sourire moqueur.

Les dents du chevalier grinçaient de colère.

Monsieur, dit-il à Fleur-de-Mai, vous savez que vous me devez une revanche!

—Je vous la donnerai, monsieur.

—Quanid cela ?

—Lorsque vous sortirez de la Bastille.

: Pourquoi pas tout de suite?

—Parce que vous pouvez me tuer et que ma vie ne m’appartient point en ce moment... J’ai à rendre cempte de ma mission à S. M. le roi.

OÙ L’ON REVOIT BLUETTE, ET COMMENT FLEUR-DE-MAI EN ARRIVA A AVOIR CONNAISSANCE DES MYSTERIEUX CHAGRINS DU VICOMTE

Cependant Fleur-de-Mai avait rejoint Coquelicot, e! le vicomte.

—{Mon ami, dit-il, à ce dernier, vous allez rester ici, à Angers, jusqu’à ce que le roi ait décidé ‘du sort de votre prisonnier.

Et vous, damanda le vicomte. x

—Moi, dit Fleur-de-Mai, je vais à Paris porter au roi la nouvelle de d’arrestation (de M. l’abbé Fouquet, et luŸ remettre les papiers.

Fleur-de-Mai prit Coquelicot à part.

—Connais-tu la route de Blois ?

—Sans ‘doute.

—Tu iras à Blois.

—Je n’accompagne donc pas M. le chevalier ?

—Non, répondit Fleur-de-Mai avec un sourire; il y a à Blois un être qui est la moitié de ma vie; je veux qu'il apprenne que son petit Fleur-de-Maiï est sur la route de la fortune. Tu iras donc à Blois, tu te feras

sa indiquer la Maison-Close, c’est ainsi qu’on nomme ma

maison, et tu demanderas à parler au vieil ‘Antoine, à qui tu remettras cette lettre; puis tu attendras qu’on

t'invite à entrer. Seulement, souviens-toi que la personne que tu vas voir est inconnue et morte pour l’univers entier. Une heure après, Fleur-de-Mai et Coquelicot montaient à cheval, iaissant M. de Mailly à Angers.

A la porte de la ville, le page du roi prit à gauche la route de Paris, Coquelicot tira sur sa droite et se dirigea vers Blois, où il arriva après avoir chevauché toute la nuit.

Il se fit indiquer la Maison-Ulose, et les bonnes gens quartier ne furent pas-peu étonnés de l’apparition d’un cavalier dans la petite rue, à la porte de cette maison mystérieuse qui, depuis le départ de Fleur-de-Mai, était devenue plus silencieuse encore.

Coquelicot cogna à la porte et mit pied à terre. Le petit guichet de fer s’ouvrit et encadra la figure ridée et les cheveux blancs du vieilt Antoine,

—Que demandez-vous ? dit-il brusquement.

Coquelicot lui tendit la lettre, qui ne portait aucune suscription.

—Je viens, dit-il, de la part de M. Fleur-de-Maiï.

Attendez alors, s’écria le vieillard, dont le visage refléta un rayon de joie.

Et, la lettre à la main, il courut au fond du jardin, où Bluette était assise triste et pensive, rêvant peutêtre à son cher Fleur-de-Mai et à ce passé mystérieux et sombre qui avait dévoré le repos de son avenir, et Pavait ensevelie toute vivante.

Bluette ouvrit la lettre en tremblant, reconnut Pécriture de Fleur-de-Mai et poussa un cri de joie. (C'était la première fois qu’elle avait de ses nouvelles depuis qu'il était parti.

—Qui donc a apporté cette lettre ? denada-telis

—Un cavalier qui attend. à

={Va le chercher, dit-elle avec une émotion croissante,

Et tandis que le vieil Anteine courait exécuter les or-

Es

ares de sa maîtresse, elle Int avec avidité la lettre de Fleur-de-Mai.

Mais tout à coup elle pâlit, la lettre échanpa à ses mains et elle se laissa aller mourante, brisée, à demi folle, sur le banc d’où elle s’était levée une minute auparavant.

—Lui! lui! toujours ce démon ! murmura-t-elle.

Fleur-de-Mai racontait naïvement à sa soeur les épisodes divers de son voyage et de son arrivée à Paris, ef un nom tracé dans sa lettre avait arraché à Bluette cette exclamation étrange.

Cfétait le nom du chevalier du Vernais

Tandis que Coquelicot allait à Blois, Fieur-de-Mai galopait sans repos ni trêve sur la route de Paris.

Il creva trois chevaux, fit cent lieues en vingt heures, et il arriva à la nuit tombante aux portes de Paris.

II ne s'arrêta qu’à la porte du Palais-Royal, au bas

de cet escalier du service militaire qui donnaït dans la rue de Valois.

On lui demanda le mot d'ordre. ïl ne le savait pas, mais il répondit, en montrant la passe de Colbert:

—Service du roi !

Les gardes le leissèrent passer; les pages et les valets de chambre firent comme les gardes, et il arriva ainsi comme une bombe dans ce même cabinet où, quelques jours auparavant, il avait reg les instructions de Louis XIV.

Comme ce jour-là, le roi travaillait seul avec (Colbert. . À la vue de Fileur-de-Maï tout poudreux et encore botté, il laissa échapper un geste de surprise.

——Pandonnez-moi, Sire, dit ce dernier, de me présenter aux voux de Votre Cajesté en un si piteux état, * mais je n’a: pas voulu perdre une minute.

—Pariez, monsie=, d’où venez-vous ?

—PD'Angers, Sire.

—Eh bien! M. l'abbé Fouquet ?...

—Arrêté, dit Fleur-de+Mai.

—En quel lisu ?

—À Ingrande, à la frontière bretonne.

—Par qui? * —Par moi, dit modestement Fleur-de-Mai.

Et Fleur-de-Mai tendit sa gibecière à (Colbert, qui s’en empara et en visita sur-le-dhamp le contenu. Puis le page raconta, avec un laconisme tout militaire et di- * gre des Commentaires de César, les épisodes multiples de son aventureuse expédition.

Le roi lécouta attentivement, tandis que les yeux de Colbert étincelaient de joie en parcourant les papiers. —Enfin, murmura le contrôleur général, nous tenons le surintendant.

Et justice sera faite, dit froidement le roi. —Mais, observa Colbert, il faut que Pon se hâte de

s’emparer des papiers qui sont au châteauide Vaux. Si 4 on savait l’abbé arrêté, on brûlerait tout, et tout ce que k | nos avons là ne compromet le surintendant qu’à moi- "à : tié. L —Vous avez raison, dit de roi. Li Et, frappant sur un timbre, il appela un huissier: LE

—Faites venir un officier des gardes, dit-il.

Un lieutenant des mousquetaires entra et salua avec respect. |

—Monsieur, lui dit le roi, vous allez prendre cinquante mousquetaires avec vous, vous les conduirez à Vaux, au château de M. Fouquet, et, vous vous en emparerez de gré ou de force. Surtout, prenez garde qu’an seul papier soit brûlé.

officier s’inchina et sortit.

Le roi se tourna alors vers Fleur-de-Mai:

M. de (Chastenay, lui dit-il, il est réellement fâ- L: cheux qü’au lieu d’avoir dix-huit ans, vous n’en ayez |

pas trente.

—Pourquoi? demanda Fleur-de-Maï.

—Parce que, au lieu de vous faire lieutenant dans mes gardes, je vous eusse donné un régiment à commander. ”

Et, sur ce caninient Louis XIV congédia Fleurde-Mai d’un geste plein de noblesse, ajoutant :

— Vous vous rprésenterez demain à la. chancellerie. vous y trouverez votre brevet signé de ma main.

Fleur-de-Mai s’inclina avec respect, et 1 sortit, ou- “bliant de rendre au roi le précieux parchemin devant lequel tout le monde s’inclinait.

Fleur-de-Mai ne s’en alla point à lhôtellerie de la Croix du Trahoir, mais bien à l’hôtel de M. de Maïlly, que celui-ci avait mis à sa disposition par un mot écrit à son intendant.

Le jeune homme était affamé et las; il but et mangea comme un ogre, se coucha et dormit d’une seule raite jusqu’au jour.

On lui avait préparé une chambre dont les cvoité donnaient sur le jardin de l’hôtel, Lorsqu'il s’éveilla, il éprouva le besoin de respirer le grand air et cette brise du matin qui dégage si bien le cerveau des dernières lourdeurs du sommeil.

Et puis il avait besoin de rêver au moyen de voir le jour même cette jeune et charmante femme qu’il aimait et dont àl avait emporté le plus parfumé et le plus romanesque des souvenirs. Il s’habilla done à la hâte et descendit au jardin, voulant demander à la solitude cette rêverie mystérieuse et chanmante dont les amoureux ne sauraient se passer.

Et il s’en alla par les allées ombreuses où les oiseaux Séveillaient en chantant, et il échafauda mille chàteaux en Espagne sur son épaulette, dont il fit la première marche de son amour.

Il avait prudemment gardé le secret de son coeur, durant ses douze jours de vie commune avec le vicom-

Fa

u D + Um

Gagne à loue te, il lui avait tu son amour, mais à présent il comptait sur lui, sur son amitié... et il formait déjà tout ur petit projet de séduction à l'endroit de M. de Maiïlly, dont il voulait se faire un confident et un auxiliaire, quand il arriva à la porte du pavillon que nous connaissons, et que le vicomte avait brusquement quitté la veille de son départ, lorsqu'on était venu lui annoncer la visite nocturne de son nouvel ami.

La tristesse, les habitudes inégales et mystérieuses de M. de Maiïlly lui revinrent alors en mémoire, et le même désir de curiosité qui l’avait poussé, un soir, à regarder à travers les persiennes dans l’intérieur du pavillon, le poussa encore à glisser un oeil curieux par la croisée entr’ouverte. à

Tout était dans le même ordre; seulement ce portrait de femme, que Fleur-de-Mai avait aperçu n’était plus couvert de son voile noïr...

Le voile était à terre, soit que de vicomte eût oublié ide le raplacer après l’avoir enlevé lui-même, soit qu’il se fût détaché par un incident quelconque.

Les yeux de Fleur-de-Mai s’arrêtèrent sar le portrait avec curiosité ; aussitôt il poussa un cri et recula, frappé de stupeu

fl avait reconnu cette tête de femme, éclairée en ple: ‘par un räyon du jour naissant filtrant à travers les y rsiennes. (C’était le portrait de sa soeur, l’image frapp.nte de Bluette.

Et alors il s’opéra dans la tête de Fleur-de-Mai une révolution étrange, un voile se déchira, et il revit et comprit, avec la rapidité de l’éclair, mille circonstances, mille événements demeurés jusque-là pour lui dans Pobseurité la plus profonde.

Il crut comprendre à la fois pourquoi le vicomte avait tressailli-en lui parlant de (Blois, pourquoi 1! était triste et navré, pourquoi il écrivait à une femme qu’il disait morte, pounquoi sa sveur, dont il avait porté le

tir bite

to de deuil, était revenue, après une absence de douze années, . pâle et morne comme la statue que désespoir.

Le vicomte de Mailly, son ami, à lui Fleur-de-Mai, le frère de la chanoinesse qu’il Sont éperdument, était le bourreau de son honneur, l’homme qui avait abreuvé de douleur et de honte les derniers jours de son vieux père... C'était le séducteur de Bluette.

Le malheureux jeune homme prit son front dans ses mains et crut faire un rêve horrible ; puis sa main crispée chercha la garde de son épée, et puis encore il laissa échapper des mots inarticulés et sans suite, pirouettant et chancelant sur lui-même ainsi qu’un homme frappé de la foudre.

Et il faillit devenir fou!

Mais, en ce moment, un bruit se fit à l’extrémité du jardin, des voix et des pas résonnèrent au bout ide la grande allée et Fleur-de-Mai vit s’avancer vers lui un officier des gardes suivi de deux soldats. TLofficier le salua et lui dit:

—Vous êtes M. de Cihastenay ?

—Oui, répondit-il sans chercher à se rendre compte de cette visite inattendue et de cette brusque question.

Alors, continua l'officier, veuillez me rendre votre

—Mon épée !

Au nom du roi! É

-Fleur-de-Mai regarda le garde avec stupeur.

__Que voulez-vous faïie de mon épée ?

—ÿParbleu! si je vous la demande, c’est que jen ai reeu Pordre. Au nom du roi, monsieur, je vous arrête.

Vous m’arrêtez, moi?

-ITenez, dit l’officier, voici la lettre de PRE elle porte bien votre nom. Veuillez me suivre; il y a, à la porte de l'hôtel un carrosse dans lequel je vais vous conduire à la Bastille.

nés com la lettre de cachet d'un oeil

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