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—Eh bien, dit résolument Coquelicot, je vous affirme que “vous vous trompez ; il en a passé un à minuit, vous lui avez remis un cheval frais, et il a continué sa route. —Vous êtes fou, M. Coquelicot.

—C’est vous qui le seriez, maître Jean, si vous ne fournissiez pas aux gens du carrosse les renseignements que je vous donne.

-—Mais. . |

—Pas de mais... moi et Pepe ne vous quitterons

pas d’une minute. Si vous ne répondez pas hardiment

aux questions que l’on vous fera par -laffirmative,

nous vous logerons une balle dans la tête; dans le cas

contraire, les cent louis seront doublés.

—J’obéirai, murmura l’ancien bedeau frissonnant,.

Et il appela ses palefreniers.

—Hola! enfants, leur dit-il, je me souviens à pré-

sent que le coureur a passé cette muit, mais vous dor-

amiez comme des brutes, et c’est monsieur qui l’a enten-

du.

—Parbleu! dit tranquillement Coquelicot, et il a.

gardé le cheval qu’il avait pris à ure lieue d’ici, ayant

crevé le sien au carrefour du Chêne.

L’explication était vraisemblable; des palefreniers

l’acceptèrent.

Alors Coquelicot héla Pepe, qui se hâta de descendre.

: =Tu vois ce drôle, lui dit-il tout bas en lui montrant

l’hôtelier; tu lui casseras la tête d’un coup de pistolet

s’il ose affirmer que le coureur n’a (point passé.

| —Qui, fit Pepe qui demeura auprès de maître Jean,

+, lequel murmurait:

| —Tout cela est bien extraordinaire !

= Or, durant les quelques minutes que Pepe avait jpassées dans la chambre de l’abbé, il avait profité d’un

instant où les deux gentilshommes tournaient à demi = la tête, pour adresser un coup d'oeil significatif au

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Ce coup d’oeil signifiait :

—Je veux vous sauver.

L’abbé avait compris, et passant sa main sous l’oreiller, il avait repris le feuillet roulé du carnet, puis, d’un signe, demanda un verre d’eau à Pepe.

Pepe lui avait présenté le verre, et il lui avait glissé le billet dans les doigts.

Tout cela s'était accompli avec une adresse si merveilleuse, et une promptitude telle, que ni Fleur-de-Mai ni le vicomte n’avaient pu &’en apercevoir.

Pepe se hâta de sortir lorsque Coquelicot appela, mais dans l'escalier il avait eu le temps de déplier le billet et de le lire.

— Ab ! murmura-t-il, je tiens ma vengeance !

Or, tandis que Pepe se faisait le gardien de l'hôte, Fleur-de-Mai, rejoint par Coauelicot, disait à l’abbé:

—Je ne sais, monsieur, ce qui va arriver, et si vos gens n’attaqueront pas l’hôteileric pour vous délivrer et nous reprendre vos papiers; mais j’ai engagé ma parole

au roi de vous livrer mort ou vivant. Si nous sommes

assiégés et que tout moyen de salut nous soit impossi-

ble, j’aurai la douleur de vous tuer.

L’9°" frissonna; il savait Fleur-de-Mai capable

d’exécuter son projet.

Cependant un nuage de poussière s'était fait à l’horizon.

Le carrosse arrivait, et à ses portières galonaient une trentaine de cavaliers bien montés et anmés jusqu'aux dents. :

Il arrivait avec la rapidité de l'éclair et il s’arrêta à ee la porte de l'hôtellerie. Les chevaux étaient prêts et at-

tendaient sur la route.

Fleur-de-Mai, abrité derrière les vciets à demi fer-

més de sa croisée, observait sans être vu et comptait les . gens du surintendant. Tout à coup il poussa nn cri:

—Du Vernais! murmura-t-il.

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—Du Vernais! exclama le vicomte, c’est impossible ! — Regardez.

Le vicomte s’approcha de la croisée, et reconnut de chevalier sortant du carrosse en boitant encore un peu, car sa récente blessure n’était point fermée, et se dirigeant vers l’hôtelier qu’il interpella directement :

—Hé! brave lhomme, lui dit-il, donnez-moi donc de: nouvelles d‘un coureur qui a dû passer ici cette nuit, et dont nous avons trouvé le cheval mort à trois lieues d’ici ?

Per e était à côté de maître eur, lequel se souvenait € * la terrible recommandation de Coquelicot.

—je coureur a passé, dit-il.

—AÀ cheval ?

—Sans doute.

—Et sain et sauf?

—Oui, monseigneur.

Et l'hôte tremblait en parlant ainsi.

Mais Pepe s’écria tout à coup :

—C'est faux! le coureur n’a point passé. Ce coureur, c'était de Fouquet: il a iébé arrêté et il est prisonnier ici. . dans cette chambre.

Et d’un Ft Pope indiqua la croisée derrière- laquelle se tenaient le vicomte et Fleur-de-Mai stupéfaits de-cette trahison, et ül tendit de billet de Fouquet au chevalier.

Ah! traître! exclamo la voix.

Et soudain un éclair se fit derrière les volets, une balle siffla et Pepe roula sanglant sur le sol.

Mais l'avertissement était bon; d’un saut, le Chevalier

du Vernais s'était retranché derrite le carrosse, et, t1-

rant son épée, il s ’était écrié :

A moi les gens de M. Fouquet, à moi !

En un instant, la‘maison fut envahie par trente hom-

. mes armés, et il ne resta plus à Fleur-de-Mai, à Coque-

Lame

licot et au vicomte, d’autre parti à prendre que celui de se barricader et de vendre chèrement leur vie. —Coquelicot, mon ami, dit Fleur-de-Mai en mettant Pépée à la main, si la porte est enfoncée, brûle la cervelle à M. l’abbé.

La porte était solide, elle pouvait résister dix minu-

tes ; de chaque côté se tenaient calmes et froids, M. de

Maiïlly et Fleur-de-Mai, l'épée d’une main, le. pistolet de l’autre.

—Ouvrez! ouvrez! cria-t-on du dehors en ébranlant les panneaux de chêne ferrés. |

L'abbé était fort pâle, ainsi qu’un homme qui va mourir.

—Apprete-toi, Coquelicot, disait en même temps Fleur-de-Maï.

Coqueïicot ajusta le prisonnier.

—Monsieur, s’écria celui-ci dominé par l’instinct suprême de da conservation, un mot, un seul...

—Parlez, que voulez-vous ?

—Si j’ordonnais à ces hommes de s’éloigner, me feriez-vous grâce de la vie.

—Oui.

—Ouvrez, alors, ouvrez !

—oit, dit Fleur-de-Mai; seulement, prends-y bien garde Coquelicot, si un seul homme fait un pas et franchit le seuil de cette porte, fais feu. ;

Coquelicot ne répondit point, mais il fit un pas en

avant, et appliqua le canon de son pistolet sur la poitri-

ne de l’abbé. s Alors Fleur-de-Mai ouvrit les deux battants de lu

porte, et le dhevalier du Vernais, qui marchait en tête des assaïllants, recula d’un pas à la vue du vicomte, son

ami, et du prisonnier dont la vie tenait à un fil et lui dit avec calme:

—Si vous faites un pas de plus, monsieur, vous aurez

tué le frère du surintendant.

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Le chevalier remit son épée au fourreau.

—Merci, du Vernais, merci de votre zèle, dit l’abbé; mais il est inutile, ils ont les papiers et ne les rendront pas, et si vous vouliez me délivrer, vous ne m’auriez que mort. Retirez-vous.

Du Vernais sinclina.

Soudain le vicomte poussa un cri et courut à la croisée :

- —Les soldats du gouverneur! dit-il, les soldats !

La route retentissait sous le galop sonore d’une troupe de cavaliers :

—À moi! cria le vicomte, à moi-les gens du roi! cernez la maison, que personne n’en sorte!

Le chevalier du Vernais pâlit et voulut fuir; mais alors Fleur-de-Mai fit un pas vers lui:

—Au nom du roi, dit-il, je vous arrête, monsieur !

—Vous m’arrêterz, moi? Et quel crime ai-je done commis ? LA

—Vous avez essayé ide délivrer un prisonnier d'Etat.

Du Vernais jeta les yeux autour de lui comme un homme égaré. Une fenêtre donnait sur la campagne; il y court et la franchit d’un bond, sans que le vicomté ni le chevalier pussent empêcher cet acte" de témérité.

Fleur-de-Mai se pencha fiévreusement sur l’appui de la fenêtre, et vit du Vernais étendu sur le sol grièvement blessé. Au même moment, les soldats d’Anjou lentourèrent. Toute résistance était inutile. Le chevalier rendit son épée et les gens du surintendant se laïssèrent idésarmer sans coup férir.

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