‹ Le page Fleur-de-Mai [microforme]Chapitre 8 sur 29 · ER · texte numérisé non relu

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Eminence le cardinal de Richelieu; puis des gardes, il . avañt passé aux mousquetaires du ro., dans lesquels il avait servi deux ans. Un jour enfin, il s’était démis de sa charge de brigadier et avait disparu de‘la cour pendant plusieurs années. | À partir de cette époque, une existence mystérieuse avait commencé pour Jui. Il avait voyagé, couru l’Italie et Allemagne, seul, selon les uns, selon d’autres en ? ‘compagnie d’une jeune femme que nul ne connaissait au Palais-Royal ni même à Paris.

Puis il était revenu, et s’était pris à mener cette existence solitaire dont nous parlions tout à l’heure. Fi Le vicomte était riche, il passait pour un homme triste, original, bizarre. On ne lui connaissait qu’un seul ‘ami, le chevalier du Vernais; encore le voyait-il fort peu, et l’on prétendait même que s’il était son ami, le:

chevalier n’était pas le sien. -Quelques personnes, pré- Je

tendues bien informées, juraient-en outre, qu’un lien | es d'amitié se fût brisée depuis longtemps. le ; | Mais tout cela n’était que vagues rumeurs; au de- 8 ; | meurant, on ne savait nulle p: rt, au juste, quelle était *

1 la façon de vivre du comte, quelle cause attribuer à sa f À tristesse, et par quel-bizarre caprice d'humeur il fer | À mait impitoyablement sa porte à tout le monde. | Ce-fut donc dans le petit hôtel de la rue St-Jaeques, au bord de l’eau, que M. de Mailly conduisit Fleur-de- Mai. Il était près de cinq heures lorsqu'ils arrivèrent. Le valet qui vint ouvrir à son maître témoigna quélque étonnement de le voir suivi d’un gentilhomme, 7 - le vicomte rentrait toujours seul; mais Fleur-de-Mai, : qui ne savait absolument rien des habitndés de son nou- | vel ami, ne put y prendie garde. SN D I fallait que le jeune Blaisois eût insp 6 une sym- er) + pathie bien vive aù vicomte pour qu’il l’introduisit | + chèz lui, mais il avait parlé de Blois, et ce nom avai. ane un bia magique sur M. de Mailly. |

Le

. Ce dernier conduisit Fleur-de-Mai dans une petite salle située au rez-de-chaussée de l’hôtel, et ajourée sur : les jardins par trois grandes portes-fenêtres.

Le jardin était ombreux, embaumé, silencieux; la salle, au contraire était triste, sombre, tendue d’une étoffe brune qui amortissait la clarté venant du dehors, et ornée de cet ameublement gothique en vieux chêne, qui est Si froid à l'oeil et au coeur.

Le vicomte passait sa vie dans cette salle et ne la quittait que pour entrer dans sa chambre à coucher, qui lui étais attenante. (C’était là qu’il prenait ses repas

+ d'ordinaire. La tristesse froide de ce lieu, en opposi-

tion avec la gaieté calme du jardin, serra douloureusement le coeur de Fleur-de-Mai, et, malgré son peu d'expérience, il devina que le vicomte devait avoir un * grand chagrin dans sa vie, tant il était pâle et soucieux

* depuis qu’il avait pénétré dans cette salle.

—Mon jeune am dit M. de Maïlly, j'ai adopté la mode anglaise ; je dine à six heures, il en est cinq; nous avons done une heure à attendre, et, si vous le voulez bien, nous nous accorderons l’un à Pautre pleine et entière liberté.

J’ai quelques lettres à écrire, x pie pour faire un tour de promenade dans le jardin. Vous y ramarquerez plusieurs arbustes rares que j'ai rapportés d’Ital'e.

—Vous êtes dônc allé en Italie, monsieur ?

+ SM, répondit le vicomte avec tristesse.

Fleur-de-Mai reprit son chapeau qu’il avait jeté sur un siège et, obéissant à l’invitation du vicomte, il gagna les allées sablées du jardin. |

-Ce jardin nappela à Fleur-de-Maï, par ses” grands arbres et ses touffes de jasmin et de lilas, celui de la

LR Maison-Close où s'était écoulée son enfance, et soudain

ea soeur, sa Bluette chérie, lui revint en mémoire et remplit son coeur; mais en même temps, à côté de ce à

DT os

cher fantôme évoqué par le souvenir, une autre ombre se dressa. .

Celle-là était souriante et jeune autant que la première était triste et hâtivement mâûrie. Toutes deux étaient belles sans doute; mais la première rayonnait <onme une blonde matinée d'avril, tandis que lPautre,

avec son front pâli Æt sa lèvre sérieuse, semblait dire

qu’elle avait essuyé déjà les énervantes ardeurs de l'été.

A côté de Bluette, l’image de la chanoïnesse etait gravée dans le coeur de Fleur-de-Maï.

F#& lPadolescent s’en aila par les a'léee smbreuses et les verts sentiers, rêvant à ces deux femmes, à cetté soeur aimée comme une mère, à cette jeune fille à peine entrevue, adorée déjà; il oublia le vicomte et sa tristesse, et, cheminant toujours à travers les méandres

sans nombre du jardin, il arriva aïnsi jusqu’à un pe- :

tit pavillon entouré de grands ormes et aux murs duquel grimpaient les réseaux d’un lierre vivace.

Tout autour du pavillon, il régnait un désordre et un abandon qui contrastaient avec le reste du jardin, qui était soigné et bien entretenu. Les persiennes des

croisées étaient fermées, et, selon toute apparence, on.

n’y pénétrait que fort rarement.

Moitié curiosité, moitié distraction, Fleur-de-Maï s’approcha et, à travers les persiennes, plongea un oeil indiscret dans l’intérieur du pavillon.

Mais quel ne fut. pas son étonnement en apercevant, grâce au demi-jour qui y pénétrait, un joli petit appartement meublé avec un luxe et un goût exquis, tendu d’une étoffe de soie d’un bleu tendre!

Au milieu, sous des rideaux de même couleur que M

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tenture, on voyait un lit coquet et mignon, “et tel qu an:

amant épris en rêveraient un pour la femme qu’il aime; : puis, à l’entour, de petits meubles élégants, merveilleu-

sement travaillés à la mode des sculpteurs italiens; des

. emplies de fleurs, des sièges moelleux gar-

ie DB x

nis de clous d’or et recouverts d’un velours bleu comme Pétoffe des rideaux et des murs.

À coup sûr une femme avait habité ou habitait encore cette mystérieuse retraite. Mais ce qui frappa 1d’étonnement Fleur-de-Mai, ce fut un grand cadre en bois doré sur lequel on avait tendu un voile noir. Ce cadre . ébait évidemment un portrait, et sous le réseau transparent du voile, on devinait un portrait de femmé, bien qué les traits n’en pussent être distingués. Ensuits, bizarrerie nouvelle, les glaces de Venise, placées vis-àvis des croisées, étaient également recouvertes d’un Crêpe funèbre.

. Fleur-de-Mai oublia momentanément sa soeur et la chanoinesse, et se laissa aller à une. rêverie inexplicable.

Qui donc avait habité ce pavillon? et quel était ce portrait de femme? enfin d’ou provenait ce nuage de tristesse répandu sur le front ‘de son hôte ? Il cherchait à devirier tout cela, les yeux attachés sur les moindres objets que renformait de pavillon, lorsqu'il entendit un bruit de pas à l’extrémité opposée du jar- ‘din, et, comme un écolier ris en faute, il s'enfuit et se glissa dans une grande allée qui conduisait en droite ligne’ au perron de l’hôtel, sur lequel il aperçut le vicomte.

—À table! lui cria M. de Mailly d’une voix presque joyeuse, d’où venez-vous donc ?

—J’ai fait le tour du ne répondit Fleur-de-Mai qui se sentit rougir.

. Mais le vicomte m’y prit gande, et le fit entrer dans - la salle que nos lecteurs connaissent, et où le dîner était servi Dans ün coin, sur un guéridon, Fleur-de-Mai remarqua des plumes et plusieurs carrés de papier qui m’avaient nullement la forme d’une lettre, et que le vicomte venait de couvrir se une écriture menue et serrée.

eurent touché à quelques mets, et vidé deux ou trois flacons de vieux vin, vous êtes de Blois, m’avez-vous dit ?

—Oui, monsieur, j'y suis né.

—Oh ! la ravissante petite ville, murmura le vicontfe, et qu’on y pourrait vivre heureux, j'imagine...

Et le vicomte soupira.

Oui, dit Fleur-deMai devenu tout rêveur en songeant à Bluette.

——Figurez-vous, continua le vicomte, que j'ai passé quelques jours à Blois, les plus heureux de ma vie... Oh! il y a-bien longtemps... douze ans au moins.

—Ah! dit Fleur-de-Maï, et a vous n’y retournâbes ?

—Jamais.

Une légère altération s'était manifestée émis la voix du vicomte en prononçant ce dernier mot. On aurait dit qu’il mentait.

—Mais, se. hâta-t-il d'ajouter, je suis en axalité bien

étourdi et bien distrait, non jeune ami, car je ne vous ai point eñcare demandé voire nom.

+ Fleur-de-Mui se prit à sourire.

(est vrai, dit-il; je me nomme le chevalier Fleurde-Mai de Chast

Le vicomte étouta un cri, et Fleur-de-Mai étonné

lui demanda :

__Mon nom ne vous est danc pas inconnu ?

.. =Non, non, dit le vicomte, dont une pâleur nerveuse avait subitement couvert le visage, jai connu voire

père... de réputation; n’était-il pas capitaine de cava- \ derie ? es Ro .—Oui, monsieur.

s-—Te mien était son ami.

C’est singulier, dit Fleur-de-Mai, mon père m ns ps souvent de ses PO PAGE d'armes, et je ne me

souviens pas cependant lui avoir entendu prononcer le nom de Mailly.

—Oh! je le souhaïte de tout mon coeur, monsieur.

Fleur-de-Mai avait un peu bu; il n'avait plus tout son sang-froid, et il ne remarqua jpas le troublé croissant du vicomte à mesure que celui-ci le regardait. En même temps M. de Mailly devint plus affectueux, plus expansif, il-traitait naguère FKleur-de-Mai en ami; ileut pour lui, à partir de ce moment, une sorte de ten-, dresse paternelle.

—Eccutez lui dit-il, je vais vous faire une proposition bizarre.

Fleur le-Mai le regarda.

—Nos pères étaient amis, continua le vicomte, pourquoi ne nous souviendrions-nous pas de cette amitié en la resserrant entre nous Je plus possible? Je vis seul ‘x je n’ennuie; voulez-vous accepter un logis en mon hôtel ?

—Mais, balbutia Fleur-de-Mai, ce serait par trop indiscret.

—Non, vous me rendrez service. Ainsi, wilà qui èst bien convenu, dès demain, à moin, que le roi ne vous loge au Palais-Royal, vous viend ez habiter ici.

Fleur-de-Mai acquiesça d’un signe de tête. Puis les gentilshommes causèrent comme de vieux amis: le vicomte initiant son convive aux mystères de la cour, Fleur-de-Mai l’écoutant avec attention.

Maintenant, mon jeune ami, dit le vicomte en sortant de table, si vous voulez re joindre votre écuyer avant d'aller au Palais-Royal, je ne vous retiens plus ;

je vais continuer ma correspondance.

5 Fille est assez volumineuse, obsérva le Blaisoïis 2 avec un sourire.

—0h! dit le vicomte tristement, et elle demeure sans

S . qui donc écrivez-vous ?

—AÀ une morte, murmura M. de Mailly d’une voix .

brisée.

évitant ainsi toute explication.

Et il éerra la main de Fleur-de-Mai et le congédia, “ |.

FLEUR-DE-MAI SE SOUVIENT D'UN AXIOME DE FEU SON PERE, ET LE MIT . EN PRATIQUE

Fleur-de-Mai quitta l’hôtel du vicomte à huit heu res. Il ne devait se rendre au Palais-Royal qu’à dix,

+ et, par conséquent, il avait deux heures devant lui.

I] soñgea à passer par son logis de la rue de l'Arbre- Sec, et y prendre Coquelicot; un seigneur de bonne mine ne pouvait se présenter décemment sans son laquais ou son écuyer.

Par conséquent, il traversa la Cité, décidé à prendre le pont. St-Michel, et à gagner la rue de l’Arbre-Sec par la berge de la rive droite; mais dans la Cité fort calme et presque déserte quelques heures aup:ravert, le jeune Blaïisois rencontra un flot de populaire s’a!longeant et se déroulant en tous sens. Les fem:mics criaient, les hommes murmuraïent; çà et là un oralenr improvisé montait sur une borne et haranguaït la foul2,

Le bruit de la mort prochaïne du camdinal s’était ré pandu dans Paris, et les vieux frondeurs relevaient “la tête insensiblement, cherchant à ameuter le peuple con-

2 tre M. Fouquet, le surintendant des finances, lequel,

“disait-on succéderait inévitablement au Mairie.

Pleur-de-Maiï était pressé; il jour des coudes et se

F fi jour. D'ailleurs, il a to au côté une lungue hr at

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les gens du peupie n’en avaient pas, on lui fit place et la foule s’écarta.

Fleur-de-Mai traversa le pont St-Michel et atteignit la place du Châtelet ; là, même’rumeur que dans la Cité, mêmes cris de joie provoqués par l’agonie du cardinal, mêmes jmprécations contre le surintendant. 1% jeune Blaisois suivit le quai, et le remonta jusqu’au Pont- Neuf, sans se soucier davantage de l’agitation du populaire. Cependant, à Ventrée du Pont-Neuf, et à la hauteur de la rue de la Monnaie, la foule était gi pressé, et trépignait d’une si furieuse façon, que Fleur-de- Mai comprit qu’il devait se passer là quelque chose de plus extraordinaire que dans la Cité sur la place du Châtelet. | Et, en effet, la foule entourait une litière du fond de Eu laquelle une fémme poussait de grands cris, et appelait LR au Secours.

La litière avait été déposée à terre; le peuple colletait les porteurs, et criait :

—À l’eau, la mazarine! A l’eau, la surintendante ! —Oh! oh! se dit Fleur-de-Mai, c’est une femme, et une femme de dualité bien certainement ;. Fleur-de-Mai, mon ami, il faut jouer’ de la rapière et la dégager. Et notre héros, mettant flamberge au vent, cria de toute la force de ses poumons :

—Place, marauds! place! place!

Le ton d’autorité de Fleur-de-Mai, et plus encore peut-être la lame nue de sa rapière contribuèrent puissamment à lui ouvrir un passage, et il put arriver ainsi .

jusqu’à la litière, par la portière de laquelle il vit sortir | la tête effamée d’une vieille dame qui joignait les mains de désespoir et disait: or ae Mes bons amis, vous vous trompez, je ne connais mi M. de Mazarin, ni M. le surintendant; je suis da “imaïuise de Pré-Gilbert, et je demeure place Royale + avec ma nièce, la chanoïnesse de Mailly. ie

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À ce nom qui vint mourir à son oreille, Fleur-de-Mai poussa un cri, et, d’un bond, il atteignit la litière, renversant les deux hommes du peuple qui retenaient les porteurs captifs.

C'était la tante de la chanoïinesse, il fallait la sauver. —Ampière! marauds, imbéciles! cria-t-il de nouveau ; que parlez-vous de Mazarin et de surintendant; ne re- . Connaissez-vous pas cette dame ?

L'arrivée subite de Fleur-de-Mai avait une peu ébranle la résolution des plus forcenés. Pammi la foule, nul navait des armes, et le jeune lhomme tenait au poing une épée avec le plat de laquelle il distribuait force horions de droite et de gauche.

—Sauvez-moi, monsieur! sauvez-moi! disait la marquise éperdue. - Je viens de Chaïllot où je vais chaque soir faire mes dévotions au couvent des Umsulines pendant tout le mois de mai, et rentrais paisiblement chez moi, Quand ces gens-là ont arrêté mes porteurs, et ont prétendu que j'étais des amis du cardinal.

—<Eh bien, dit fièrement Fleur-de-Mai, dont loeil lançait des éclairs, et autour duquel le cercle s'était refermé à distance, car la pointe æ sa rapière intimidait fort, quand cela serait ?

ER bas de Mazarin! répondit la foule.

. —M. le cardinal, continua Fleur-de-Mai, n'est-il pas J’ami du roi?

—A bas le Mazarin! vociféra une voix derrière lui. Le chevalier se retourna et vit une sorte de reître en guenilles, d’aventurier mal accoutré, et, comme lui, portant üne épée.

= Le reitre alla droit à lui, et la foule, comprenant qu’il lui venait un auxiliaire, jugea prudent de lui confier sa supole, et 8 PAU petit à petif, comme si elle, eût

— der ai lon jetterait à nue oui ou non, la mess < de LS

is OÙ die Fleur-dé-Mai lattendit de pied ferme, la id de 4 l'épée au visage et lui dit froidement :

—Que voulez. vous ?

—Je veux, dit le reitre, savoir de quel droit vous vous à mêlez des affaires du peuple ?

; | Pardon, interrompit Fleur-de-Mai, à qhi ai-je : à | l’honneur de parler d’abord ?

—Je me nomme Aventurino; j’ai été brigadier dans un corps de cavalerie franche, et le cardinal m’a licen- | cié. (C’est pour cela que j'en veux au cardinal et à ses Rois L amis.

—Moi, dit Fleur-de-Mai, je suis le :'hevalier de Chas- - tenay, page du roi, et, au nom du roi, je vous ordonne de vous retirer.

Le prestige de la royauté était à cette époque dans FL toute sa force et dans tout son éclat. Le mot de roi Lu avait un pouvoir magique, et cette foule qui vociférait | contre le premier ministre, se découvrit respectueuse, eria : Vive le roi! et se tut.

| : —Place! dit Fleur-de-Mai.

La foule continua à s’écarter, mais le reitre ne bou-

f | gea | \ ——Eh bien, moi, dit-il, je vous jure Je ni VOUS ni | cette litière ne passerez. . pris À | | E Et il dégaîna et fondit sur Fieur-dé MEL... 4 . : . —Je suis perdue, s’éeria la vieille marquise en ée res ÿ jetant épouvanté au fond de la litière, lorsqu'elle eut = vu le reitre et Fleur-de-Mai croiser le fer. ; | Le combat fut court et terrible. Le reitre était un. î spadessin consommé; mais Fleur-de-Mai défendait la | tante de celle qu'il aimait, et Dieu est pour les : amopde 1 00 D -rœeux.

| L'épée du reitre effleura l’épaule du chevalier, celle a - de chevalier creva la poitrine du reitre, et le coucha ue 8e son long auprès dde la ses

. Alors la foule, qui était pour le reitre, se rangea du parti du vainqueur, et cria: “ Vive le roi!” une fois encore; puis on prit la litière et on la porta triomphalenent jusqu’à la place Royale, escorbée par Fleur-de-Mai D à qui la marquise avait tendu ka main avec effusion. + : Quelques bourgeois plus obstinés étaient “ demeurés : - seuls à l’entour du reitre agonisant et blasphérmant,

Les uns soutenaient que sa blessure était mortelle ; les autres voulaient le transporter dans la maison la plus voisine et appeler un chirurgien, quant tout à coup un homme accournt, et. bousculant tout le monde, se pencha précipitamment sur re blessé moribond.

Cet homme était vêtu à peu près de même façon qu'Aventurino, comme lui, il avait un accent italien fort prononcé, et lui ressemblait assez pour qu’on jurêt qu’ils étaient frères.

—Compo di Bacco ! s’écria le nouveau venu, mon frère

— est mort! Oh! vendetta! vendetta !

Et il se pencha, V’oeil en feu, écumamt de rage, collant son oreille à l4 bouche du moribond, et murmurant : |

—Qui ta frappé? quel est ton meurtrier? 4 Ro page du roi! réwondit Aventurino d’une voix |

mr

4 à is ar relie. .. de... de... essaya d’articuler le

“reitre en vomi seat une gorgée de sang. ”

Et il expira. Le nom du chevalier »n avait pu jaïllir

.de ses lèvres.

L/talien se redressa farouche, silencieux, l’oeil sau- : -vage et brillant d’un feu sombre; il n’adressa pas une Male’ parole aux rssistants, mais il posa la main sur le coeur Gui mort, et dit ientement :

Dors e.1 paix, frère, ;a seres vengé!

- Puis il chargea le radavre sur ses dépose, s'éloigne

AE

et se pérdit dans une de ce: petites lle sombres qui avoisinaïent l’église St-Germain-lAuxerrois. y”

Pendant ce temps-là, Fleur-de-Mai, escortant ‘toujours la litière de la marquise, était arrivé à la place Royale et s’était arrêté sur le seuil de cette maison où que: ….s heures auparavant on avait transporté le chevêlier du Vernais.

Ce dernier venait d’en sortir lorsque la marquise y

arriva. Les gens du peuple s'étaient retirés en saluant avec respect, et Fleur-de-Mai était demeuré auprès de la

marquise, ne sachant trop s’il devait également se retirer, quelque envie qu’il eût de pénétrer dans la maison et d'y revoir la belle chanoïinesse.

Ah! monsieur, s'écria la marquise, sortant de sa litière et lui prenant les mains avec tendress*, je n'oublierai jamais le service que vous m'avez ren in Sans vous j'étais perdue. ur

—Ma conduite est font simple, madame, répondit modestement Fleur-de-Mai; et quant a la reconnaissance dont vous parlez, vous ne m’en devez aucune, 1nadame, car je suis moi-même l’obligé dd: vicomte de

Mailly.

Mon neveu ? s'écria la marquis ; vous le c conne issez?

En ce moment la chanoïnesse arriv x et valua Fleurde-Mai d’un sourire :

—Nest-ce point vous, monsieur, dit-elle à qui mon frère a servi de second ce matin, et qui avrz blessé le chevalier de. Vernais ?

—Oui, madame, répondit Fleur-de-Mai en rotgus- à

sant.

—Comment ! exclama la marquise, vous connaissiez

m.ynsieur ?

Je lai vu cinq minutes ce matin, auprès du lit dn blessé.

Fit la chunoinesse rougit légènement de ce mensonge. Mais soudain elle poussa un eri et pâlit. Elle avait

ae

aperçu quelques gouttes de sang qui mouchetaient le . pourpoint de Fleur-de-Mai à la naissance de l'épaule. . . —Cied! murmura-t-lle, vous êtes blessé!

—Oh! si peu... ce n’est rien... une égratignure, répondit l’adolescent, que la pâleur subite de la chanoinesse rendait le plus heureux des hommes.

La marquise s’empressa de donner des ordres. On alla quérir le chirurgien, et la chanoïnesse conduisit Fleur-de-Mai dans son propre oratoire, l’aidant ellemême à quitter son pourpqint, et déchirant sa chemise d’une main frémissante pour juger de la gravité de sa blessure. Fleur-de-Mai était fou de bonheur, et il oublia sa douleur pour ne voir que la fée charmante qu lui prodiguait ses soins.

Le chirurgien, le même qui avait pansé du Vends quelques heures plus tôt, déclara que la blessure était une simple égratignure, et qui n’empêcherait nullement Fleur-de-Mai de se servir de son bras.

: Cependant, dit la marquise avec une tendre insistance, le repos ne saurait nuire au chevalier. Nous allons vous faire préparer un logis.

—-Impossible! Madame, répondit Fileur-de-Maï en souriant.

Et il raconta en quelques mots l’histoire de sa joar- - née, c’est-à-dire son entrevue avec Mazarin mourant, la façon dont il avait été accueilli par le roi, et le ren-. dez-vous que Sa Majesté lui avait assigné à dix heures “du soir au Palaïs-Royal, enfin sa querelle avec le chevalier du Vernais, son duel, et sa liaison presque spon- - fauée avec le vicomte.

= —Je le vois, dit la chanoïnesse, qui dissimulait son trouble sous un sourire, vous êtes presque déjà de la famille. Mon frère est votre ami, ma tante eb moi nous vous devons la vie...

Mais, interrompit Fleur-de-Mai mû par un sentiment de jalousie secrète, si j'ai quelques droits à votre

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bienveillance, j’en ai aussi, ce me semble, à votre xigueur.

=-Et en quoi, bon Dieu? exclama la chanoiïnesse.

—N'ai-je point blessé le chevalier ?

—Peuh! fit Mme de Maïilly avec une adorable petite moue remplie de dédain. Pourquoi vous dherchait-il querelle ? Huurs)

—Mais il est votre... ami... poursuivit Fleur-de- Mai toujours jaloux... ou piutôt il est celui du vicomte... Fleur-de-Mai n’osait pas, en présence de la marquise, faire une allusion à la rencontre de Palaiseau.

Un sourire moqueur glissa sur les lèvres de la chanoinesse.

—C’est vrai, dit-elle, je ne sais réellement pas quel

est le prétexte de cette amitié. Car, ajouta-t-elle, le

chevalier est un fat, il est querelleur, acariâtre, et je ne connais pas un regard plus hypocrite et plus faux que le sien... :

Mme de Maïlly accompagna ces mots d’un regard: qui semblait dire à Fleur-de-Mai : -

Etes-vous satisfait ? et serez-vous envore jaloux ?

Fileur-de-Mai comprit ce regard et frissona de joie.

La chanoïnesse se tourna alors vers sa tante.

—T1 est certain, reprit-elle, que mon frère, qui déjà a bien ‘les choses bizarres dans son existence, n’en pouvait avc r une plus excentrique et extraordinaire que son amit : pour le chevalier.

Peut-être, hasards timidement Fleur-de-Mai, estce une liaison d'enfance ?

——Détrompez-vous, elle remonte à quelques-.années | seulement ; mon frère a rencontré le chevalier en Julie, ils se sont retrouvés à Paris peu après, et le chevalier, prétend que mon frère, lui a rendu un éminent service.

Fleur-de-Mai était ravi du ton légèrement imperti-. nent dont se servait la chanoïnesse en parlant du che-

valier. Malheureusement l’heure s’écoulait et de m9ment d'aller au Palais-Royal était venu.

Fleur-de-Mai endossa son pourpoint et prit congé. non sans avoir demandé, en rougissant, la permission de faire, à quelques jours de là, une visite de remerciement à la marquise. Au moment où il quittait le boudoir de la chanoïnesse, la jeune femme dit avec an certain trouble :—Peut-être ignorez-vous, monsieur, un

usage de la cour de France ?

Meur-de-Mai linterrogeait du regard.

Quand on entre aux pages ou dans un régiment, c’est la coutume que votre soeur, votre inère, ou, à défaut, une amie vous fasse cadeau d’üne dragonne pour la nouer au pommeau de votre épée.

Fleur-de-Mai tressaillit; la chanoïnesse continua :

—Vous arrivez seul à Paris, et certainement vous ignorez cet usage. Ma tante me permettra donc de réparer Poubli, et de vous offrir, pour votre épée une dragonne que je destinais à mon frère, hier encore, mais qui vous appartient de plein droit, après le service que vous nous avez rendu.

Et la chanoïnesse ouvrit le tiroir d’une chiffonnière, en retira un beau cordon soie et or à,deux glands, et le noua de ses belles mains à la garde de l'épée du jeune Blaisois frémissant d'enthousiasme.

Or, si l'amour pousse quelquefois au mutisme les plus hardis, il délie en revanche la langue des plus timides,

+ … et Fleur-de-Mai, loin de balbutier un remerciement em- Di es 7 di 25 fort nettement et avec un air déli--

Eat fait, “M te en souriant ; et elle mon- “ra au jeune homme, d’un regard, da vicille- marquise 7 . qui s'était assoupie dans son fauteuil, et du un

un he

fin mouchoir de batiste tout constellé de petites taches de sang.

Ce mouchoir, la jeune chanoinesse en avait étanché goutte à goutte le sang qui avait jailli de la blessure de Feur-de-Mai, tanlis qu’on préparait le premier ajppa: reil,

Le jeune homme se sentit prêt à défaillir, et, tandis que Ja chanoïnesse serrait précieusement ia souvenir, il s’enfuit.

Mais l’un et l’autre avaient échangé un suprême ef.

dernier regard, et avec ce regard, les deux jeunes gens

avaient en même temps échangé leurs coeurs.

Fleur-de-Mai s’en alla à travers les rues, ‘jusqu’à

l’hôtellerie de la Croix du Trahoir, d’abord chancelant

et abasourdi, ainsi qu’un homme que-sa raisor aban- ; q

donne; puis il se remit insensiblement, et prit alors cette attitude conquérante des hommes à qui tout se sit. .

En une heure, le timide et naïf Fleur-de-Mai se trouvait métamorphosé ; il était redevenu le hardi damoiseau ide la ville de Blois, le page fanfaron et spirituel, le pourfendeur de dix-huit ans qui ne doute absolument de rien et marche résolument à la conquête du monde, assuré d’avance de la victoire.

—Par la mort de Dieu! se jura-t-il à lui-même avec l’outrecuidance d’un capitaine de lansquenets, je la reverrai, dussé-je escalader son balcon, et elle m’aimera, dussé-je prendre une ville d’assaut à moi tout seul.

Ce fut dans ces belles dispositions qu’il rejoignit Coquelicot.

L’honnête écuyer était philosophiquement et mélan-

pt assis à la porte de l'hôtellerie, fumant dans

une grande pipe flamande, suivant l’usage de la solda- “8 qui avait contracté cette habitude dans les guer-

rut vers lui et lui serra expansivement les deux mains:

et æ

a mutant

res des Pays-Bas. A la vue de Fleur-de-Mai, il accou-

pes Fri = = œ =

EuRN, DRE

—Ah! mon cher maître, murmura-t-il, permettez- - moi, maintenant que nous voilà seuls, de vous compli-

menter sur ce beau coup d'épée de tout à Pheure. —Lequel? demanda Fleur-de-Mai avec une fatuité adorable.

—Comment, lequel ?

—Sans doute, il y en a deux.

Deux! exclama Coquelicot.

—Et même trois, acheva Fleur-de-Mai, montrant ‘avec un sang-froid superbe quelques gouttes de sang , qui maculaient encore son pourpoint.

—Vous vous êtes battus, et je n’étais pas là!

—Ma foi! reprit Fleur-de-Mai, feu mon père qui

avait été capitaine et qui s’y connaissait, prétendait que, tant qu’on n'avait pas tué un homme en duel, on était un pur blanc-bec.

—Et... fit Coquelicot anxieux:

—J avais blessé le chevalier, c'était insuffisant, et j'étais encore un blanc-bec trois quarts. J’ai voulu être un homme. -

—Mais enfin... qu’avez-vous?

—J’ai tué, d’un très beau coup de quarte, un ancien brigadier de reitres, qui me barraïit le passage et se permettait d’être insolent avec un page du roi.

—Son nom ?

—Attends donc... il se noïnmiait Aventurino.

—Bon! je le connaissais.

Ah! mon Dieu. . peut-être était-il ton ami?

—Peuh ! il y a dix ans que je ne lai vu... d’ailleurs

c'était un mauvais drôle.

= Mans, insista Coquelicot, qui jugea cette oraison fu-

mèbre plus que suffisante pour le reitre Aventurino, comment cela est-il donc arrivé?

Fleur-de-Mai lui raconta succinctement tout ce qui … Jui était advenu, et puis, comme tout amoureux a be-

soin d’un confident, il lui dépeignit avec enthousiasme sa flamme naissante pour la dhanoinesse.

Coquelicot l’écoutait gravement ; lorsqu’il eut fini, le vieux soldat aspira coup sur coup deux énormes bouffées de fumée qu’il rejeta ensuite en spirales, puis il dit avec un sourire triste :

—Récapitulons un peu: à dix heures du matin, vous pénétrez, malgré vents et marées, forçant toutes les consignes, chez Mgr le cardinal; à midi, vous donnez un premier coup d’épée; à deux heures vous admirez une femme; à cinq heures vous avez un ami; à huit heures vous tuez un homme; à neuf heures vous êtes éperdûment amoureux. Si le diable s'en fût mêlé, il n’eût pas mieux réglé l’emploi de votre journée.

—Eh bien? demanda Fleur-de-Muï.

Eh bien? monsieur le chevalier, acheva Coquelt-

cot, je trouve que vous débutez à ravir sur le terrain de la cour et des aveniures, et si cela continue, dans deux ans vous sere mort ou maréchal de France; un mari jaloux vous aura faït assussiner, ou toutes les du-

chesses du Palais-Royal se mourront d'amour pour .

vous.

—La prophétie me plaît, murmura Fleur-de-Mai.

—{Mais, en «attendant, continua (Coquelivot, il ne feut pas oublier, monsieur le. page du roï, que Sa Majesté vous attend au Pelais-Royal vers dix heures, et qu’il en est neuf trois uarts. Or, voas le savez, le roi ne saurait attendre.

C’est juste, dit Fleur-de-Mai; allons au Palais- Royal.

Et il rajusta son manteau, inclina d’un air fanfaron son feutre sur l’oreille gauche, et prit le chemin du Palais-Royal, qui n’était qu’à deux enjambées de la True 4e l’Arbre-Sec.

Le noble édifice avait à cette époque-ià un guicuet . apécial pour les gentilshommes de service, et qui dor-

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